Latour, Mémoires sur la vie de M. de Laval, p
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l’enceinte fortifiée, et assez éloigné des habitations, n’était guère propre à un établissement de religieux destiné au ministère des âmes ; l’expérience de Notre-Dame-des-Anges à Québec le démontrait. Pour ce motif, aussi à cause du danger des Iroquois — le massacre de Lachine, arrivé deux ans plus tôt, ne le rendait que trop réel — les Récollets voulurent s’établir dans la ville, à l’abri de la palissade et à proximité des habitants. Ils jetèrent les yeux et fixèrent leur choix sur un assez vaste terrain, à l’extrémité ouest de la rue Notre-Dame, en bordure des fortifications. Ce terrain appartenait à divers particuliers ; au mois d’avril commencèrent les acquisitions en faveur des Récollets par leur syndic, M. Bertrand Arnaud, marchand de Montréal. La copie des contrats passés à cet effet couvre vingt-deux pages in-folios ; nous n’en donnerons qu’un bref précis 8.
Le 17 avril, les Récollets acquirent du sieur Jean Martinet de Ponblanche, chirurgien, et de sa femme, un « clos » d’environ trois arpents de superficie « entouré de pieux plantés en terre
8. Le terrain concédé aux Kécollets en 1680 mesurait deux arpents en superficie. Leur syndic, Mr. Bertrand Arnaud, le vendit, le 22 mars 1696, au sieur Charles Gaspard Piot de Langloiserie, au prix de 600 livres, à charge, au lieu d’une
avec tons les arbres et plantes quy sont plantés dans ledit clos à la réserve des plantes scervant pour la médecine ». Le prix convenu était de quatre mille livres « argent courant de ce païs», payable en quatre versements, le dernier devant être fait en l’année 1694°. A ce contrat est jointe une importante déclaration de M. Dollier, que nous croyons devoir reproduire intégralement :
«Nous soussigné François Dollier de Casson supérieur du Séminaire de Ville-Marie, procureur de Messire Louis Tronson supérieur du Séminaire de Saint-Sulpice de Paris, Seigneurs et propriétaires de Prie de Montréal et autres lieux en dépendants, avons approuvé le contrat cy-dessus, suivant et conformément à ce que mondit sieur Tronson nous a escript de favoriser la réception des Révérends Pères Récollets en cette ville, ce que nous avons très-agréable et dont nous les assurons par avance, en atten-
messe, de quinze sols de cens. Plus tard ce terrain fut acquis au nom du roi et devint la “Canotterie Royale”, puis le magasin du roi. — Archives du Séminaire de Montréal, vieux terrier, p. 306, 2e feuillet.
9. Le dernier paiement n’eut lieu qu’en 1696. Le 17 mars de cette année, le notaire Adhémar rédige une quittance pour la totalité des 4000 livres, reçues “en plusieurs fois”. Montréal-, Arch. Judiciaires, Greffe d’ Adhémar.
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dant que mondit sieur Tronson à qui nous envoyons cette année copie collationnée dudit contrat et de notre présent consentement et approbation y puisse adjouter sa signature, ce qui n’empêchera dès à présent lesdits Révérends Pères de commencer d’y faire leur établissement de mesme que s’ils l’avaient déjà signé de lui, et en attendant les clauses et conditions les plus favorables que nous espérons qu’il leur accordera et dont nous le supplions. Cependant nous leur avons fait la remise du droit de lots et ventes dudit acliapt qui appartient ausdits seigneurs à condition toutefois que lesdits Pères Récollets seront tenus dans l’an et jour de la datte du présent contrat de vendre l’emplacement que nous leur avons accordé il y a dix à douze ans au proche de la chapelle de Bonsecours, attendu que nous ne leur avons fait cette concession que pour y fonder leur 'establissement, y bâtir leur couvent et leur esglise, ce qu’ils feront plus facilement et plus commodément en la terre par eux cy-dessus acquise. Et pour leur en faciliter la vente, nous consentons qu’elle soit faite à la condition des cens les plus modiques qu’on puisse mettre en ce païs, pourvu que ladite vente ne soit point mise à cens sur cens, et en outre suivant les au-
très clauses et conditions ordinaires portées par les autres contrats de concession de cette isle à présent.
« Fait en la présence et du consentement de Messire Léonard Chaigneau, prestre de ce Séminaire, esconome et secrétaire desdits Seigneurs, ce jourd’huy vingt unième jour du mois d’avril mil six cent quatre vingt douze » (signatures) 10.
Le terrain vendu par le sieur Fonblanche tenait « d’un bout aux terres de François Prud’- « homme, Jacques Cauchois et hoirs de Michel « Lecourt, d’autre bout aux terres du Sr Gau- « chois des deux costés Jean Baptistes Gadouas, «d’un costé à Michel Messier sieur de St. Mi- «chel et d’autre part aux terres de Pierre Ga- « douas. » Ces lots adjacents au clos du sieur Fonblanche vinrent l’un après l’autre, soit par achat, soit par échange, constituer le fonds des Récollets.
Le 28 avril, le sieur Gauchois et sa femme vendent leur terrain, mesurant environ un demi-arpent, au sieur Arnaud pour les Récollets, «en conséquence de l’acquisition qu’il fit hier « audit nom (des Récollets) et voulant servir