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Le lendemain matin, le premier du mois d'août, une belie flotte de pirogues de guerre, voguait gaîfment sous les canons du fort de Québec. Les Indiens, le corps peint, la tête ornée de plumes, se courbaient sur les rames et lançaient leurs embarcations légères et gracieuses au milieu du fleuve Saint-Laurent. Le soleil venait de s'élever au-dessus de l'horizon, et jetait, à travers le brouillard qui enveloppait la rivière, une lueur faible et rougeâtre. Cependant, avant que la dernière pirogue eût pris son rang dans la ligne, les brillants rayons de l’astre du jour avaient dissipé le brouillard qui, se condensant peu à peu en nuages légers, s'était élevé et courait vers le Sud, tandis que des torrents de lumière, perçant les espaces que ces nuages laissaient entre eux, inondaient la terre d'un vif éclat et revêtaient la rivière d'une robe d’or. À mesure que la brume se dissipait, la scène se révélait dans toute sa beauté et la cité naissante sémblait se réveiller à la vie et à l'activité. Une foule de citoyens réunis sur le quai contemplaient avec intérêt et affection la flotte qui s'éloignait comme si elle eût regardé, pour la dernière fois peut-être, un objet aimé,
Dans la première et la plus grande pirogue se trou-
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LË DÉPART.
vaient les seuls hommes blancs de l'expédition, le père Jean Laval et son jeune disciple, le novice René Bourdoise. Le chef Aliasistari conduisait la pirogue et paraissait considérer le bien-être des Pères comme l'objet de ses premiers soins.
Les bras vigoureux des rameurs Indiens poussèrent les pirogues vers l'Ouest du Saint-Laurent, et, au moment où les premières sur la ligne furent sur le point de disparaître à la vue des personnes assemblées sur le quai, le père Laval, debout dans sa ba rque en mouvement, leva ses mains vers les Cieux, invoquant pour le saint pèlerinage la bénédiction de Dieu : bénédiction qu'il avait invoquée déjà, avec tant de ferveur, en présence de ses frères et du peuple tout entier. Puis, après avoir d'un mouvement affectueux de la main envoyé un dernier adieu à ses amis éloignés, il reprit sa place dans la barque, inclina la tête et se mit en prières. Au même moment une colonne de fumée, accompagnée d'un éclair, s'éleva sur les hauteurs du Abram, et le bruit sourd du canon gronda sur l'eau tandis que le nuage de fumée montait en spirale vers le ciel. Le père Laval leva les yeux, contempla un instant l'étendard de la France qui flottait au-dessus de la forteresse imprenable, puis il se remit à prier et à méditer.
On n'entendait plus que le bruit des rames confiées à des mains légères, mais vigoureuses, et le bouillonnement des eaux qui se brisaient contre l'avant pointu des pirogues, à mesure qu'elles avançaient dans leur course rapide.
Le jeune novice regardait avec un plaisir contenu la brillante scène qu'il avait sous les yeux ; tantôt il
contemplait avec curiosité les formes légères et l'acti-
r vité des gracieux Indiens se pliant aux mouvements va des rames; tantôt ses regards se portaient vers le sa ! merveilleux paysage qui longeait le Saint-Laurent. A Bou peine ce jeune homme comptait-il vingt années, . et les déjà, cependant, il semblait que son ame fût pénétrée eut des leçons à la fois douces et sévères de l'école de la un | patience, de l’école des Jésuites. 11 ne témoignait se 1 aucun regret de quitter les hommes civilisés, aucune une crainte de parcourir sans armes et sans défense un sou chemin où se tenait embusqué un ennemi implacable ; ses en présence de scènes toutes nouvelles pour Jui et son d'une incomparable beauté, il ne se permettait pas tout
le moindre épanchement d’admiration. Il savait répri- blai mer ses transports et les convertir en une jouissance
vers
calme et paisible, et son recueillement et sa sérénité se |
excitaient la surprise et lui valaient le respect: des mac
Hurons, ces rudes guerriers qui l’entouraient. Dier
Enfin le père Laval lui dit en se tournant vers lui : C
— Notre difficile voyage commence heureusement, entr
mon fils René. Combien il est beau le pays que Dieu taier
nous a assigné pour lieu de pèlerinage! Que Dieu est qu'il
bon, mes enfants, combien il nous aime! s’il veille avec de I
tant de sollicitude sur notre bonheur en ce moude, ils ; que n'a-t-il pas préparé dans le ciel pour ses serviteurs dem | fidèles et dévoués? Méditons sur sa bonté infinie et à to | sur sn amour. C'est ainsi qu’il convient de commencer qu’il | n0S lravaux pour attirer sur eux sa bénédiction. A Les Indiens acquiescèrent à ces paroles par une et, s
| | exclamation courte et sourde qui leur était familière : qi et pendant quelque temps on n’entendit que le bruit
et l'actiivements vers le iurent, À nées, . et pénétrée ole de la moignait ; aucune fense un lacable ; r Jui et Lait pas it répriuissance sérénité pect- des
ers lui :
sement, 1e Dieu Dieu est Ille avec moude, rvileurs finie et imencer
ar une iilière :
e bruit
régulier des rames, tandis que la pirogue avançait sans ralentir sa course. Quand le bon Père eut fini sa méditation, il se mit à réciter son office, et René Bourdoise, les yeux fixés sur les tours de Québec, ne les en détourna que lorsque la bannière de saint Denis eut disparu à sa vue. À mesure que le paysage prenait un aspect plus sauvage, les scènes de son pays natal se retraçaient à son imagination et il se voyait encore une, fois dans les plaines fertiles de la France. Le souvenir de la maison paternelle, de ses parents, de ses amis ne pouvait manquer de remuer fortement son cœur et de donner une teinte sombre et triste à tout ce qui l'entourait. L'obsçurité, les dangers semblaient grandir autour de lui; mais élevant'son cœur vers le Ciel, il s'efforça de couper court à ses pensées, se plaça sous l'invocation de la sainte Vierge immaculée et se résigna sans réserve à la volonté de Dieu.
Ce fut dans ces dispositions que les hommes blancs entreprirent leur voyage. Quant aux Hurons, ils restaient indifférents à tout, excepté au bien-être de ceux qu'ils escortaient et conduisaient au centre des forêts de leur tribu; sauf le moment où pleins de ferveur ils s'absorbaient dans leurs exercices religieux, ils demeuraient impassibles. Bien qu'ils fussent préparés à tout événement, rien dans leur attitude ne dénotait qu’ils redoutassent le moindre danger.
Après quelque temps, le père Laval ferma son livre, et, se tournant vers le chef des Indiens :
— Mon fils, lui dit-il, croyez-vous que. projet de nous rendre par eau aux missions des Hurons offre
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