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salle à manger. Sur le devant, à droite, une pièce tenant lieu d'un modeste salon ; à gauche, deux chambres à coucher.
— C'est là qu'est né le P. Lefebvre, me dit la maîtresse de la maison, en n’introduisant dans la chambre du fond ...
Quand on a été voyageur, et qu'on revient de Michel- Mukinuh avec des économies, on ne s'arrête pas à mi-chemin. Grâce à son esprit d'ordre, Louis Lefebvre fit de la culture de son champ une industrie payante. Après sa première terre, il en acheta une deuxième, puis une troisième ; bref, il eut autant de fermes que d’épouses : et il devint l’un des habitants les plus à l'aise de la paroisse de Saint-Philippe.
C'était un homme solidement charpenté et d’üne force peu ordinaire. Le P. Lefebvre, qui ne parlait jamais de sa famille, se laissa pourtant aller à raconter à quelques-uns de ses écoliers en vacances l'épisode suivant, datant de sa plus tendre enfance. Il avait gardé pour son père un respect profond, mêlé d'une admiration où perçait une teinte d’orgueil filial.
“Comine la plupart des homimes forts, nous disait-1l, mon père était doux ; mais il ne fallait pas réveiller le lion, je veux dire, le coureur-des-bois, qui dort.
“Deux Anglais en goguette l'apprirent un jour à leurs dépens. Ils arrivaient en voiture de Montréal ou d'ailleurs. C'était pendant les guerres de Papineau. Les “ patriotes ” venaient d'être écrasés à Saint-Eustache, et mon père, ce jour-là, était de mauvaise humeur. J e crois qu'il n'avait jamais beaucoup aimé les Anglais. Ceux-ci entrent sans frapper, et lui enjoignent d’un ton rogue d'aller donner à boire à leur cheval.
“— Le puits est là, leur dit le vieillard, qui était devenu pâle, Vous pouvez aller vous servir vous-mêmes:
“En maugréant le plus capable des deux s’avance vers le “banc des seaux,” et en prend un dont il veut se servir pour abreuver sa monture,
“— Non pas celui-là qui est pour le monde, fait observer mon père ; il y a un vaisseau à la bringuebale pour les animaux.
“—Hell ! la bringuebale, murmura l’Anglais à son compa-
10 LE P. LEFEBVRE ET L'ACADIE gnon; mon cheval est xussi propre qu'un d..
Français. Et il continua de 8 seau demi d’euu,
“Un bond, un éclair, le qu'il arrachait des mains de en pleine figure.
“ Le compagnon se précipita sur lui. C'était un homme tout
petit. Dans tous les cas mon père le saisit, une main sur le
chignon du Cou, une autre plus bas, et vlan ! croisée !
.. Canadiene diriger vers lu porte, avec le
vieillard avait sauté sur le
seau, l'insulteur, lui lanc
ant le contenu
à travers la
“L'autre, les Jeux encore tout plein les deux poings en arrêt. C coup de poing qu'il reçut, parquet.
“Mon père, craignant qu'il ne fût mort, le ramassa ; puis, après l'avoir ranimé avec l’eau qui restait dans l’autre seau, l’aida à sortir de la maison et l’escorta Jusqu'à la voiture que le petit tenait toute prête, les dents Jui claquant dans la bouche,
“—Bonjour ! leur dit-il. Si vous buvez chez v mêmes vaisseaux que vos chevaux, que les Canadiens sont baptisés,
En nous racontant cela le bo Son grand rire franc, où il metta
Et nous qui, pour la plupart, avions assisté à des scènes bien autrement brutales, où les nôtres, hélas ! n'avaient pas toujours eu le dessus, nous trouvions héroïqu» ce vieillard qui faisait ainsi respecter sa maison des Anglais. Dans notre
enthousiasme nous lui aurions élevé des statues. Louis Lefebvre mourut le 7 février 1846, âgé de pr
quatre-vingts ans. :
s d’eau, s'avarice sur lui elui-là tomba Comme un plomb du Sa tête porta la première sur. le
ous dans les “ous saurez, mes gars, et qu'ils boivent à part.”
n P. Lefebvre riait, riuit
de it toute son âme.
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