‹ Le père Lefebvre et l'Acadie [microforme]Chapitre 3 sur 77 · PE X PRÉFACE · texte numérisé non relu

PE X PRÉFACE

nominal de tous ceux, —de suints missionnaires pour | plupart, — qui ont préparé le relèvement de notre rac de passer en revue les forces vives de lAcadie. Si jen suis étendu longuement sur les choses d'éducation, c'e d’abord, parce que le P. Lefebvre a été un grand édueater et, ensuite, parce que l'étude comparative de cette questir synonyme de civilisation et de progrès, a été, jusqu’à jour, à peu près mise à l’index au Canada.

Je reconnais d'avance le bien-fondé de la critique quir reprochera d’avoir abusé des digressions.

La fondation du collège de Memramcook a été pour Acadiens un recommencement de vie nationale; vo pourquoi j’ai fait la chronique de cette institution. Qua au P. Lefebvre, il est pour tout le monde le plus gra

bienfaiteur de sa patrie d'adoption, et, pour ses élèr

; Be Mont:

un saint. Philipp L’esquisse de sa vie a été pour moi une œuvre de rec Non pt : ns : . Anglais naissance et de piété filiale.

Plusieurs personnes m'ont aidé à réunir les pièces do}, 4e VC

je me suis servi. Je désire offrir tout particulièrement n min de remerciements à la vénérable Sœur Léonie, fondatri les Hi avec le P. Lefebvre, de la communauté de la Sainte-Famil lâges pl

au Canada, et au R. P. Girard, D. D., professeur don ol hil hie au collège Saint-Joseph he ilosophie ol int-Joseph.

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Mais les appréciations des événements et des faits, M Saint. jugements sur les personnes, sont de moi seul. Je porte s hit cent l'Acadie au mois village q chétif, où

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. Philippe. - Etymologie du nom et origines de la famille du P. Lefebvre, - Son père coureur-des-bois, — Les trappeurs canadiens, — Histoire de deux uvre de rec Son pére PP $

Anglais et d'un seau d’eau.

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angage inintellivible

U Où naquit, le quatorze février mil ‘mille Lefebvre, le futur sauveur de l'Acadie: et c'est le cœur gros d'émotions que &u mois de juin dernier, en quête de re Village qui m: faisait songer à un autre chétif, où naquit, il y à dix-neuf cents ans, devait être le Sauveur de tous les hommes.

Je descendais, nseignements, À ce village, non moins un enfant qui, lui,

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Plein de ces pensées, et tout bouleversé par les souvenirs qui inassaillaient en foule, j'aborde un paysan que le passa du convoi semblait plonger dans une profonde stupeur :

— Avez-vous connu le père Camille Lefebvre / lui deman. dai-je, en m'excusant de la liberté que je prenais.

— Le P. Camille Lefebvre ? Vous voulez peut-être dir Hubert ? Ah! c'était un grand préchenr, allez!

—- Pouvez-vous m'indiquer quelque personne capable de mn renseigner à son sujet V'a-t-il quelqu'un de sa famille qu demeure encore dans cette paroisse /

Ah! bien oui, il va Médard Demers, son beau-frère, qu l'a élevé; et puis il y a monsieur le curé que vous pourrie bien aller voir. Pauvre Hubert, c'est donc vrai au'il est mort On dit qu'il a fait beaucoup de bien, là-bas, dans la vieil Cadie des Cayens = Tenez, je lai connu quand il n'était pa plus grand que ça. On l'appelait aussi Minis. I venait fair la lecture chez nous. C'était un brave enfant, allez !

Vous aussi, vous me paraissez un brave homme, lui dis je: puis-je vous demander quel est votre nom /

— Moi, je m'appelle... Dupuis, et mon grand-grand-per venait de la Cadie.

Un quart d'heure ne s'était pas passé, que nous étions dev nus de vieux amis, nous accablant l'un l'autre de question lui sur la vieille Cadie et les Cayens, moi sur celui qui faisu l'objet de mon voyage à Saint-Philippe de Laprairie. Je si par quels chemins son aïeul à lui, né à Port-Royal, était vent à travers les bois, de Boston à Saint-Jacques-le-Mineur : con bien d’Acadiens étaient morts en route de faim et de misèr le nom des premiers habitants de la paroisse : mais je ne pi gucre tirer de renseignements sur Camille Lefebvre, Aube, comme il l'appelait toujours. Il semblait tout boulevers d'avoir rencontré quelqu'un qui arrivait tout droit de | vieille Acadie : et il n'était pas bien sûr que les Anglais 1

préparaient pas quelque autre mauvais coup contre ses frer des provinces d'en bas.

1—L'Acadie est formée de deux mots, la Cadie, d'où Acadie,

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Vous pourriez bien aller voir monsieur le curé, m'avait dit mon compatriote Dupuis. Le conseil me parut bon. Au reste, l'église n'est distante que d'un petit quart de mille de la gare, Bâtie d'un calcaire gris, sans prétention d'architecture, et datant d'assez loin, elle domine gravement le modeste village dont elle occupe l’une des rares élévations de terrain. Tout auprès, je découvris la maison curiale, qui me sembla n'avoir aueune ambition d'éclipser l'église : ce qui me parut d'excellent augure, le bon Dieu étant ici mieux logé que son vicaire.

Celui-ci, M. Laporte, me fournit, avec une amabilité parfaite, mêlée à beaucoup d'esprit, les renseignements qu'il possédait : mais comme il n'avait la cure de la paroisse que depuis 1878, 11 me renvoya aux archives. J'y trouvai l'acte de baptéme que j'étais venu chercher, et le transcrivis avec l'émotion d'un antiquuire découvrant une médaille du plus grand prix.

* Le quinze février mil huit cent trente-un, par nous prêtre soussiwné, à été baptisé sous condition Camille, né hier au soir, du lévitime mariage de Louis Lefebvre, laboureur, et de Véronique Bouthillier de cette paroisse.

Louis Paillant, la marraine Louise

Le parrain à été 3outhillier, qui. avec le pere, présent, n'ont su signer.

“KR. FF Lagus, Ptre.”

Ce M. Lajus était vicaire de Saint-Philippe, en 1831 : M. François-Xavier Pigeon en était le curé.

La maison de M. Médard Demers, où le P. Lefebvre a passé une partie de son enfance, et que, sur les indications de mon ami Dupuis, il s'agissait maintenant de trouver, est à quatre milles de l’église de Saint-Philippe, sur le chemin de

Saint-Jean. Les habitations sont clairsemées sur la route : mais

le sol, gris, lourd, à toute la fécondité des autres terrains aalluvion qui entourent l’île de Montréal.

A votre droite et à votre gauche s'étendent, tranchant sur l'horizon, des lisières de forêts qui otfrent des trouées à travers lesquelles vous apercevez des habitations. Ce sont les

“rangs.” Les rangs de Saint-Philippe sont non moins riches et non moins bien bâtis que la paroisse elle-même,

D'espace en espace, l'œil se repose sur de beaux grands arbres isolés, et parfois sur de véritables bosquets, dont les cultivateurs des environs de Montréal émaillent avec tant de goût leurs terres et ombragent leurs champêtres habitations.

Saint-Philippe est une des anciennes paroisses du comte. Il confine, au nord, à la paroisse de Laprairie dont il faisait autrefois partie: à l'est, à la paroisse de l'Acadie : au sud-est, à Saint-Jacques-le-Mineur, et à Naint-Constant par l'ouest. De la maison où est né le P. Lefebvre à l'église de lAcadie, il y à quatre milles environ, à vol d'oiseau, et six milles par le “chemin du roy.”

Les premiers actes consignés aux archives paroissiales remontent à 1752. Aujourd'hui la population de la paroisse s'élève à 1600 âmes.

[1 faisait nuit noire quand j'arrivai chez M. Médard Demers. Connaissance fut bientôt faite de part et d'autre, et je pus recueillir de la bouche de cet excellent homme et de sa diene épouse l'histoire des premières ai.nées du P. Lefebvre.

Mais il ne sera peut-être pas sans intérêt de connaitre d'abord les origines de son nom et de sa famille.

À défaut d'un croisé, de la cuisse de Jupiter, ou des trentedeux quartiers de noblesse que les wénéalogistes d'antan. soucieux de leurs intérêts, offraient à ceux dont ils voulaient célébrer la gloire, le héros de ce livre se contentera d'une racine grecque où latine pour premier aïeul connu. Faure, ælorieusement régnant sur lx République française, n'en eut pas d'autre, faber, c'est-à-dire ouvrier!

Son premier ancôtre canadien fut Pierre Lefebvre, né à Boy-Guillaume, dans le diocèse de Ronen, en Normandie, en

1652, et qui vint S'établir, tout jeune homme, à Laprairie, où

1—Plutarque dit dans une de ses Vies : ** Il proposa le bouclier à tous les fève: qui pour lors estoyent à Rome; et,en note, « n traducteur francais, Jacques

\myot,ajoute: Fèvre (faber), ouvrier en métal, d'où Lefebvre.

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il épousa, en 1673, Marguerite Gagné, veuve de Martial Sauton !.

['engendra, — pour suivre la méthode de généalogie biblique, — François, qui engendra Louis, qui à son tour engendra Louis, de qui est né un autre Louis qui fut le père de Camille Febvre.

Louis se maria trois fois. Il eut de ses deux premières femines une nombreuse postérité. De sa troisième, née Marie- Véronique Bouthillier*, et veuve de Jean-Baptiste Moquin, il neut qu'un seul enfant, C'est dont essayons d'esquisser la vie,

Avant de s'établir à Saint-Philippe, Louis Lefebvre fit l'école buissonnière, chère encore aux Canadiens du commen-

Camille. celui nous

cement de ce siècle, et qui consistait à parcourir en trappeurs les immenses étendues qui constituent aujourd'hui le nord et l'ouest cantdien.

Elle est étonnante, cette race des trappeurs canadiens. Fenimore Cooper, le capitaine Mayne Reid et les plus extravagants romanciers de cape et d'épée n'ont pas imaginé d'aventures plus invraisemblables que les vraies aventures vécues par les coureurs-des-bois canadiens. C’est une famille à part, dont les demi-dieux des temps fabuleux de la Grèce, dont les chevaliers errants du moyen âge sont les aïeux. Ils en descendent en ligne droite. Nemrod, de biblique mémoire, était leur ancêtre à tous, mais non pas leur maître. Le trap-

peur canadien n'a pas connu de maîtres: personne ne ln

jamais surpassé en folle témérité, en courage froid et calculé, en finesse, en extravagances, en générosité, en dissipations, en héroisme, en endurance.

Les Anglais, dix fois plus nombreux que les Canadiens, n'avaient pas perdu de vue les rivages de l'Atlantique, par la

1 Dictionnaire généalogique de Mgr Tanguuy.

2—En France, les de Bouthiliers, famille de grands chrétiens, dont Denys Bouthiliers, seigneur de Feuillecourte et du Petit-Thouars,commença l'illustration, au 16e siècle, se divise en deux branches, les Chavigny et les Rancé. Peut-être se rattachent-ils originairement aux Bouthiliers du Canada, mais il m'a été impossible d'en établir la preuve.

crainte des sauvages et du grand inconnu, que déjà nos cou reurs-des-bois avaient exploré, fureté tout le continent. Les réwions polaires de la baie d'Hudson, les grands laes, les montagnes Rocheuses, tout le parcours du Mississipi, la Louisiane, étaient le champ de course de ces hommes in croyables. Un canot d'écorce, l'été: des raquettes, hiver: un fusil sur l'épaule, et, à ln ceinture, avee le sac-à feu, le couteau-croche propre également à accommoder une truite saumonée et à éventrer un ours gris : quelques provisions pour partir: une larme en voyant pleurer la mère, où en regardant la croix du clocher disparaitre derrière la colline puis ces héros, ces fous, partaient gaiment pour la conquete

de l'Amérique du Nord.

Le voyez-vous là-bas, debout comme un prophète, Le regard rayonnant d'audace satisfaite,

Ba main tendue au loin vers l'Occident bronzé, Prendre possession de ee domaine immense,

Au nom du Dieu vivant, au nom du roi de France

Et du monde civilisé ?!

C'est de Jolliet prenant possession du Mississipi que parl ici le pocte.

Joseph Tassé à fait deux gros volumes avec Les Conadieins de l'Ouest. UN reste à écrire cinquante romans et autant di poèmes épiques. Mais, depuis /« Henriade, on n'écrit plus d poëmes épiques,

Quelques-uns s'en revenaient au village natal: mais, la plu part du temps, pour retourner bientôt, pris par la nostalui des grandes forêts et des prairies immenses.

Un certain nombre, trouvant qu'il n'est pas bon d'être sen surtout quand de nombreuses et faciles sauvagesses s'offrent pour remplir le précepte de la Genèse, prenaient femme plu où moins réguliérement.

De cés unions dans le goût de Jean-Jacques Rousseau son

nés, entre autres, les métis du Manitoba.

1—La Découverte du Mississipi, par Louis Fréchette — 1886.

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Quelques-uns, plus esthétiques, revenaient au Canada cher cher une payse, puis s'en retournaient faire souche de blancs à Windsor et dans maints autres postes de la compagnie du Nord-Ouest : d'autres, comme Faribault, Vital Guérin, Jean- Baptiste Benubien, Joseph Robidou, Salomon Juneau, Julien Dubuque, s'attardaient à fonder de grandes villes futures dans l'Ouest américain : Saint: Paulau Minnésota, Chicago dans l'linois, Saint-Joseph au Missouri, Milwaukee Pau Wiscon sin, Dubuque à l'owa, Les citoyens de ces villes leur dressent aujourd'hui des monuments

La descente des rapides, une fièvre maligne, des bagarres homériques, la Hèche dun sauvage, en emportaient un cer tin nombre: et, sur la tombe de ceux-ci, nul prêtre en surplis blanc ne vint prier, aucune femme vêtue de noir ne vint pleurer.

“A bien des endroits”, écrit Mer Taché dans la relation de Son premier voyage à Saint-Boniface, © pendant tout le long de la route nous avons vu des croix plantées sur les tombes des personnes noyées où mortes en voyage.”

Ce sont les fosses des voyageurs canadiens tombes sur a grande route de l’ouest,

Ÿ Louis Lefebvre arrivait directement de “ Michel-Makibah”, me dit mon hôte, quand il vint s'etablir définitiveent, en 1794, à Saint-Philippe de Laprairie; dans tous les

Cas, “c'était dans les langues.”

® I'avait amassé quelque argent, et il commença par s'acheter une belle grande terre sur laquelle il se construisit Tui- Môme une maison. C'est dans cette maison, dont l'esquisse est ici reproduite, qu'est né le P. Lefebvre.

Sans style aucun, tenant le milieu entre les anciennes nai- Sons normandes, à toiture se projetant en corniche relevée à ses rebords, et les maisons acadiennes d'un cachet plus

1—Milwaukee signitie Ferrebonne, Juneau, qui venait de ce dernier endroit, donna à son campement le nom de son village natal,traduit en algonquin. Durces reminiscitur Argos.

#2-Michillimakinae, dans l'Etat de Michigan.

ÿ LE P. LEFERVRE ET L'ACADIE

anglais: ayant un corps de logis en pierres mal assorties," salle à recouvertes d'un crépi blanc: construite en bois depuis l1ù dunn sablière jusqu'au faîte : avec deux grosses cheminées écrasées ( et qui s'ouvraient en foyers à leur base, avant l'introduction la mani des poêles en fonte, cette maison me parut plus auguste que Quua

le palais du Louvre. J'y pénétrai plein du respect qui saisit & Mais Grâce

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Maison où est né le P. Lefebvre. “__] le catholique en entrant dans une église où Dieu réside vous pt Musulman, j'eusse enlevé ma chaussure, comme au seuil d'une “ En mosquée. “banc «

Même simplicité à l'intérieur qu'au dehors. Du confort abreuvi mais de luxe point. La maison d'un Acadien de Memrameook + 7" —: \ . . . . \

assez à l'aise. Une cloison la divise en deux dans le sens de li #Mmon pe: longueur. A l'arrière, la cuisine, servant en même temps de #7 — E

LE P, LEFÉEBVRE ET L'ACADIE 9) 1 assorties, salle à manger. Sur le devant, à droite, une pièce tenant lieu s depuis la d'un modeste salon : à gauche, deux chambres à coucher. es écrasées - C'est là qu'est né le P, Lefebvre, me dit la maîtresse de itroduction la maison, en in'introduisant dans la chambre du fond ... uguste que Quand on a été voyageur, et qu'on revient de Michel-

t qui saisit Makinuh avec des économies, on ne s'arrête pas à mi-chemin. Grâce à son esprit d'ordre, Louis Lefebvre fit de la culture de son champ une industrie payante. Après sa première terre, il en acheta une deuxième, puis une troisième; bref, il eut

autant de fermes que d'épouse: : et il devint l'un des habitants

* les plus à l'aise de la paroisse e Saint-Philippe. C'était un homme solidentent charpenté et d'une force peu “ordinaire, Le P. Lefebvre, qui ne parlait jamais de sa fanille, se laissa pourtant aller à raconter à quelques-uns de ses écoliers en vacances l'épisode suivant, datant de sa plus tendre enfance. [Il avait gardé pour son père un respect profond, mêlé d'une admiration où perçait une teinte d'orgueil tilial

“Comme la plupart des hommes forts, nous disait-il, mon pere était doux : mais il ne fallait pas réveiller le lion, je veux dire, le coureur-des-bois, qui dort,

“Deux Anglais en goguette l'apprirent un jour à leurs dépens. Ils urrivaient en voiture de Montréal ou d'ailleurs. C'était pendant les guerres de Papineau. Les “ patriotes ” venaient d'être écrasés à Saint-Eustache, et mon père, ce

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