‹ Le père Martial de Brive. La muse séraphique au XVIIe siècleChapitre 6 sur 6 · NOTICE SUR GUILLAUME DUMAS · texte numérisé non relu

NOTICE SUR GUILLAUME DUMAS

Guillaume Dumas, sieur de la Ganterie, né dans les premières années du xvii^ siècle, fils puîné de François Dumas (premier du nom), embrassa Félat ecclésiastique comme son frère Martial. Leymonerie le nomme Dumas de la Hôtesse (1), par suite d'une mauvaise lecture du nom de La Ganterie, petit fief de la terre de Marcillac. L'abbé Vitrac lui a consacré une courte notice, dans laquelle il rapporte qu'après avoir étudié en Sorbonne et pris le grade de licencié en théologie, il devint successivement prieur de Saint- Sulpice au diocèse de Toulouse, chanoine théologal, puis doyen d'Alet, curé de Haut-Châtain (je pense que c'est Gros-Ghastang, près Laroche), de Neuville (près Argentat), de Marcillic (la-Groisille), de Saint-Martin la-Méanne, et confesseur des religieuses de Bonnesaigne au temps où M'"* de Montmorin était abbesse de ce couvent (1656). L'évèché d'Alet avait eu déjà plusieurs prélats limousins : Hélie de Pompadour et Louis d'Aubusson au xx" siècle, François de Lcstrange au xvi'. Depuis 1602. trois évéques originaires de Brive s'y étaient succédés. Christophe de Lestang n'avait fait qu'y passer pour être élevé au siège plus important de Carcassonne ; mais il avait assuré sa succession à Pierre Polverel, sou neveu, qui fut lui-même, après quatre ans de règne, remplacé par Etienne Polverel, son frère. Ce dernier gouverna l'église d'Alet ppndnnt frcnic ans, de

(1) Histoire de Brive, p. 193.

1607 à 1637. Il appela Guillaume Dumas auprès de lui, sans doute avec rintention de l'avoir pour successeur. Le doyen d'Alet était très digne de la mitre, tant par sa naissance que par ses talents. Licencié en théologie, docteur es droits, il possédait des connaissances fort étendues. C'était un savant et un lettré. Durant son séjour à Alet, il publia un ouvrage qui témoigne de ses qualités de latiniste et d'écrivain. C'est une traduction de Minutius Félix, célèbre orateur du commencement du m* siècle, vanté par les Pères de l'Église saint Cyprien, saint Jérôme, etc.: {L'Octavius de Minutius Félix, où il est traité de la vraye religion {avec un discours et remarques sur le dit livre). Traduit par messire Guillaume Du Mas, sieur de la Ganterie, docteur es droicts, chanoine et doyen de l'église cathédrale d'Alet] (1).

C'était, croyons-nous, la première traduction en français de ce livre remarquable, apologie du christianisme datant du iii^ siècle. Le discours préliminaire, qui tient 145 pages, est un savant commentaire de l'œuvre. Guillaume Dumas nous fait connaître qu'il avait gardé plus de neuf ans son ouvrage dans son cabinet, ne cessant 'de le corriger et hésitant, par timidité, à le donner au public.

Cette traduction fut bien accueillie. L'auteur l'avait dédiée au cardinal de Richelieu, dont il avait su gagner l'estime et l'affection. D'après ce que nous apprend le sieur Dupuys, le cardinal-duc avait de hautes visées sur le doyen d'Alet. Il le destinait aux hautes dignités de l'Église et l'avait même nommé à l'évêché d'Alet ; et si la vie ne lui eut pas manqué, son protégé « ne seroit pas demeuré doyen du chapitre dont il estoit destiné prélat. » Richelieu mourut en 1642. A cette époque le siège d'Alet était occupé par Nicolas Pavillon, qui fut un janséniste ardent. On connaît ses démêlés avec la Cour de Rome et le roi Louis XIV. Nous ignorons à quel moment Guillaume

(1) A Paris, cliez la veufve de Toussainct du Bray et Jean du Bray, MDGXXXVII. In-4».

Dumas délaissa le décanat d'Atet. Il est permis de présumer que ses opinions rigoureusement orthodoxes lui firent un devoir de se séparer de son évèque. Le protégé de Richelieu, qui était en même temps l'ami de saint Vincent-de-Paul, ne pouvait vivre longtemps en bonne harmonie avec l'ami des Arnauld. Quoiqu'il en soit, Guillaume Dumas quitta le Languedoc pour revenir dans sa province natale, et nous le trouvons, dès 1655, officiai du diocèse de Tulle et vicaire-général de l'évèque Louis de Rechigne voisin de Guron (1). Il est probable que ce prélat, nommé en 1652, lui avait confié ces fonctions après sa consécration, qui eut lieu le l*' novembre 1653. Les vicaires-généraux capitulaires, sede vacante, signent encore un acte d'administration le 20 mai 1653. La charge dofficial convenait particulièrement à ses capacités juridiques. Gomme vicaire-général, il dut plus d'une fois faire taire ses sentiments de confraternité envers les chanoines de Tulle. Les intérêts ou les privilèges du chapitre étaient fréquemment en conflit avec la mense épiscopale. et le vicaire-général avait pour obligation de faire respecter, même à l'aide de moyens rigoureux, les prérogatives de l'évèque. Situation délicate, car il devait juger comme officiai les démêlés qu'il avait à soulever comme vicaire-général. Un de ces litiges se produisit en 1656 à l'occasion de la conduite du chapitre dans les fêtes du Jubilé. L'évèque, conformément aux ordres du Pape et du Roi, avait proclamé par un mandement l'ouverture du Jubilé et ordonné, en même temps que les solennités d'usage, l'exposition à découvert du Saint-Sacrement dans l'église cathédrale et les églises paroissiales de Tulle. Les chanoines protestèrent contre l'ordonnance de l'évèque,

(1) Il se qualifiait, dans les actes de sa fona lion : Guillelmus du Mas. presbyter, jui'is utriusque doctor ac in sacra facultate Parisiensi theologiœ lirentialus, prior Sancti Sulpitii, vicarius generalis et offuialis illustrissinii ac reverendissimi domini episcopi Tulellensis

qui avait été rendue sans qu'ils eussent été consultés, et le temps du Jubilé s'écoula sans que le Saint-Sacrement fut exposé à la cathédrale, de sorte que les églises de Saint-Pierre et de Saint- Julien étaient animées, fréquentées par les fidèles, tandis que la cathédrale restait solitaire et muette. Ce scandale durait depuis trois mois; les prières et les efforts n'avaient pu vaincre la résistance du chapitre; mais le 5 avril 1656, trois jours avant la clôture du Jubilé, les chanoines furent traduits devant l'ofTicial à la requête du promoteur. Nous ignorons la décision qui fut rendue. En tout cas elle ne put avoir d'utilité que pour l'avenir. La requête du promoteur et l'ordonnance du vicaire-général traitent très vertement la conduite des chanoines (1).

Guillaume Dumas ne conserva pas longtemps la charge de vicaire-général. En 1660, il était remplacé par Claude Jolivet, docteur en théologie de la faculté de Paris, curé de Lagarde, auquel succéda bientôt Martin Darche, doyen de la cathédrale, qui céda lui-même la place, avant 1670, à Jacques Chappelle, prêtre du diocèse d'Angers, d'abord aumônier de l'évêque, curé de Darazac et prévôt de Naves. Nous manquons de détails sur les dernières années de la vie de Guillaume Dumas. Il dut mourir peu de temps après 1660.

;i) Armoii'cs de Baluze, 24'.J.

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Brive, imprimerie Marcel ROCHE, avenue de la Gare.

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