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Sainte Hostie, soit de réparer les irrévérences que j'ai commises autrefois à l’église, j'ai souvent léché le marche-pieds des autels et en y faisant avec ma langue des croix sur la poussière et même sur des malpropretés, je disois mentalement : « Et inimici ejus terram lingent. »
Quand étant à l'autel je fais l’offrande de l’hostie et que je récite ces paroles « Suscipe Sancte Pater » , je ressens une grande joie d’avoir en mon Jésus, que je vais immoler un immense trésor de satisfactions , pour expier tous mes péchés et pour rendre à mon Dieu par ce sacrifice beaucoup plus de gloire que moi pécheur et tous les autres pécheurs ne lui en avons ravi. Aux paroles qui suivent « pro omnibus circumstantibus » je me réjouis de pouvoir offrir à mon créateur les adorations et les hommages de son propre fils pour suppléer aux devoirs de reconnoissance et de culte que toutes les créatures ou ne peuvent ou ne veulent ou ne savent pas lui rendre. En prononçant ces mots, « ut mihi et illis proficiat ad salulem » je m’estime heureux de ce qu’en réitérant au Père Eternel le sacrifice du Sauveur je lui fournis une nouvelle occasion de reconnoitre les mérites et les travaux de son Fils en la personne de ses frères adoptifs , qu’il veut sauver en leur faisant part de sa gloire et de son bonheur pour l'amour de ce Fils — Fils , qui a tant aimé son Père , qu'il s’est non seule-
ment immolé une fois pour lui, mais qu’il s’immole encore tous les jours un million de fois pour sa gloire. Etant sur le point d'offrir l’hostie qui est sur la pa tène, je me souviendrai qu'elle est faite de plusieurs grains de blé qui tous ensemble ne composent qu’un pain, ce qui me représente l’unité de l’église, tous les fideles ne faisant qu'une famille et comme un corps dont toutes les parties sont unies par les liens d’une même foi, etc. Cette réflexion faite je puis encore considérer que l’hostie que je dois offrir à Dieu , est mise à la place de tous les chrétiens qui ont été, qui sont et qiü seront. Dans cette vue que j’ai de joie de présenter au Seigneur une si grande et si illustre assemblée qui luy rend ses justes hommages conduite par Jésus-Christ chef de tous les hommes. O que vous êtes dignes d’amour et de louanges , Divin Sauveur ! de sacrifier ainsi votre corps, votre sang et vos grandeurs pour acquérir à votre Père tant de prédestinés, que vous lui offrez avec vous-mêmes sur nos autels une infinité de fois tous les jours. Votre zèle pour 1a gloire de Dieu ne se contente pas de les lui offrir dans le Ciel en qualité de ses ‘idèles vassaux et de vrais adorateurs de ses infinies perfections. Que n’ai-je en mon pouvoir tous les cœurs de la terre! Je les obligerais d'employer tout l’amour et tout le respect dont ils sont capables, à vous congratuler des conquêtes
que vous avez faites sur tant d’âmes que vous rendez
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tributaires à votre Père, pour augmenter son royaume. € Magnificate Dominum meum » Glorifiez le Seigneur avec moi ! leur dites vous à tous momens. O qu’elles ont de joie de s’unir à vous pour s'acquitter d’un si juste devoir !
En prononçant les paroles de la Consécration , outre lintention que j'ai de changer la substance du pain et du vin en la substance du corps et du sang de Jésus Christ , je souhaite du meilleur du cœur de transformer en autant de Jésus et de Dieu même tous les fidèles avec moi, qui sommes mystiquement représentés par l’hostie. O que les prêtres n’opèrent-ils aussi efficacement sur le corps mystique ou moral du Sauveur, qu’ils opèrent sur le pain et sur le vin qui en sont les figures. Quel plaisir leur serait-ce, en proférant les paroles sacramentales , de ne produire pas seulement Jésus Christ sur nos autels mais de produire encore dans tout le monde une infinité d’enfans spirituels à ce Dieu d'amour ! Ils le rendroient d’autant plus grand Roi, qu’ils lui donneroient plus de sujets ou plutôt plus de Rois pour sujets et même de rois divinisés par la participation de son corps et de son Esprit Dieu. Ah ! que je serois ravi en voyant cet heureux changement, de dire à ces âmes d'élite : « Ego dixi : Der esiis vos et filii Excelsi omnes. »
J'avouerai ici que le cinq de Juin en 1687 je fus tout extraordinairement épris d’un très ardent désir
d'aimer de mon mieux le Sauveur, parce qu’il me fournit dans le saint sacrement de quoi réparer tout l'honneur que j'ai manqué de rendre à mon Dieu. Durant ce grand sentiment je ne pouvois assez répéter ces paroles , « Suscipe, Sancte Pater, hanc immaculatam hostiam », tant j'avois de joie à les dire et à les redire, Après un long espace de temps me trouvant de plus en plus embrasé d’amour pour un si grand bienfait, je sentois d’incroyables empressemens de voir au plutôt mon cher Rédempteur pour l’en remercier. Dans ces désirs je m’adressois à la Bienheureuse Vierge et je ne puis dire combien de fois je lui répétai cette prière de l’Eglise : « Eia ergo aïvocata nostra illos tuos misericordes oculos ad nos converte, et Jesum benedictum, fructum ventris tui nobis post hoc exæilium ostende. »
Si j'étois fils d’un grand monarque qui m’aimast plus qu’un bon père n'aime ses enfans et que par mes désordres j’eusse été cause que ce roy eût perdu ses biens, de quel regret devrois-je être pénétré. Si ensuite’il étoit rétabli dans tous ses droits par un autre souverain, quel amovr ne devrois-je pas avoir pour celui-ci ! et quelles conjouissance ne devrois-je pas faire à celui-là ! En vérité la douleur que je devois avoir du tort que j'ai fait à mon Dieu devroit
encore être plus grande que mon regret d’avoir ruiné
ce monarque. De méme aussi ma reconnoissance en-
vers celui qui lauroit rétabli devoit être beaucoup moindre que celle qui est due à mon Sauveur lequel dans un million d’endroits, à toute heure et à tout moment honore infiniment plus son père et le mien que moi et tous les pécheurs ensemble l'avons déshonoré. |
Le même mois de juin de la même année j’eus une lumière, qui, en me découvrant les infinies amabilités de mon Dieu, me découvroit ma totale impuissance de l’aimer, de l’adorer, de le bénir, de le glorifier, autant que je leusse bien voulu et qu’il le mérite. Dans le désir que j’avois de sa gloire, je souhoitois de pouvoir augmenter à l’infinile nombre des Anges et des Saints, pour le louer par leurs bouches et pour l’aimer par leurs cœurs. Afin d'obtenir l'effet de mon désir, O que ne dis-je pas à l'Esprit Saint en le conjurant de sanctifier quantité de fidèles auxquels je
me pusse joindre pour aimer et pour honorer mon Dieu ! Ensuite faisant réflexion, que j'ai dans le Saint
Sacrement encore plus que je n’en demandois puisque leFils de Dieu se sacrifie pour son Père dans une infi-
nité d’églises, je fus extrémement consolé, de ce que
m'unissant à Jésus j'ai de quoi rendre à mon Dieu
tout l'honneur et tout l’amour qu’il mérite. Bien plus toutes les créatures ont le même moyen que moi dans le même mystère. « O quam suavis est, Domine, spirilus tuus qui 21 esurientes reples bonis » : O Sei-
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gneur, que votre esprit est charitable, de nous rem- p plir de vos biens, pauvres faméliques que nous som- #1 1 mes | Aussi nous distribuez-vous tout ce que vous | :5 nous en avez mérité : et vous nous donnez part à | na tout ce que vous avez fait à la gloire de Votre Père, afin HA que nous le lui offrions , comme un fruit produit de | EN notre fond, Ah ! si ce que St. Paul a dit est vrai, ainsi à x qu'il est, que qui s'unit à Dieu devient avec lui un | ke 4 ’ même esprit, que ne me tiens-je toujours uni ou réel- ‘1 & lement ou du moins de pensée et d'amour aux tabeï:- nt à à Le nacles, aux autels et aux hosties, où repose le parfait a 1- adorateur de mon Dieu, afin que mon esprit tou- | “1 es jours attaché au sier, nous louions conjointement et , es continuellement notre Divin Père. 4 [et Si un royaume étoit électif et que les ‘électeurs ne . en pouvant s’accorder , me donnassent le pouvoir de | Fe sje mettre la couronne sur la tête de celui que j’en juge- $ 4 on rois le plus digne, O que j’aurois de joie d’élever mon 4 int propre père à cet honneur, comme ayant en vérité ce î que mérite ! Que les prêtres sont donc heureux de pou- mi fi- voir tous les jours mettre sur la tête de Dieu même 4 que leur très-digne père, les couronnes de tous les vrais CA jeu rois du monde, qui sont les saints et de les y mettre + lus en lui représentant à la messe tous les hommages 14 î ans qui lui sont rendus sur terre, ete. De plus, si j’avois FA spi- élevé mon père à la royauté, je ferois mon possible ë LA Sei- soit pour lui rendre sa cour très nombreuse et très f à Fe) fi | |
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florissante, soit pour lui procurer les tributs de toutes les provinces de son royaume. Voilà ce que le prêtre fait à l’égard de son créateur, en lui offrant le saint sacrifice, auquel il fait assister tous les chœurs des Anges et tous les ordres des saints en qualité de tri-
butaires. O quelle gloire et quelle consolation pour
Dieu de les voir tous, à la sommation que ieur en fait le prêtre, p'osternés devant son trône avec son adorable Fils, qui s’immole encore en leur compagnie à la suprême Majesté de son Père.
C’est avec plaisir que tous les saints voient représenter par le prêtre , ce qu’à l’exemple et à la suite de leur Jésus , ils ont fait et souffert durant leur vie à la gloire de Dieu. Au contraire , s'ils étoient capables de chagrins, ils en auroient si le prêtre ne faisoit nulle mention d’eux , pendant le St. Sacrifice; puisqu'il empêécheroit par son silence qu’on ne leur applaudit dans une si auguste cérémonie d’avoir contribué à la gloire de notre Dieu.
Le prêtre devroit avoir une atiention toute particulière à cette prière du saint canon laquelle commence par ces paroles : « Communicantes et memoriam venerantes imprimis gloriosæ Virgins Mariæ »; — puisqu'il devroit se conjouir dans son cœur avec les saints et les saintes qu’il nomme de ce que durant leur vie, ils ont mérité d'accompagner après leur mort leur divin maitre , jusque dans ce divin
| mystère , qui est la plus noble embassade qui puisse
être.
L ; Jésus est appelé la couronne du Père Eternel et s cette couronne est comme étoffée ou enrichie de la gloire des Saints qu'on peut regarder comme autant r de rubis, de perles et de diamants. O quelle joie et it quel honneur pour tous ces justes de se voir aussi " unis à Jésus, soit au ciel, soit sur nos autels que le à sont les pierres précieuses à nn riche diadème. Le Sauveur apparaissant à St. Pierre d'Alexandrie é- r avec une robe toute déchirée, lui dit que cette robe de étoit son église, que l’hérésiarque Arius avoit mise la en si pauvre état. Le prêtre tout au cont raire remédie | 4 les à ce mal en offrant pour l’expiation des péchés et pour 1 ñ ille la conversion des pécheurs la sainte Hostie; puisque é À ail par les mérites de Jésus Christ les plus grands enne- | Fe he dit mis de son église peuvent y estre réunis, aussi bien f di Ja que St. Paul, devenu Apôtre, de persécuteurs qu’ils ne | estoient. Seroit-il possible que la divine miséricorde : 24 rti- n'eut pas pitié de quelques pauvres pécheurs et hé- ‘a pm- rétiques, à chaque messe qu'on lui présente les mé- FA mo- rites de son Fils, de sa Mère et même de tous ses Wa- saints , Tantus labor non sit cassus. O que ces illus- Nr eur tres bienheureux se tiennent encore obligés au prêtre NA que qui fait aussi valoir leurs satisfactions avec celles de 4 près | Jésus Christ pour la délivrance des âmes du purga- \ 4 ivin toire ! Ne serois-je pas coupable d’une lâcheté indigne HAE ne ‘1 :
si je n’y joignois quelques mortifications ou quelque action de charité ou quelque victoire remportée sur moi-même.
On nous écrit de France que notre grand Roi a des armées de trois ou de quatre cent mille hommes. Cela lui est bien glorieux : mais si lui-même pouvoit se multiplier autant de fois par une reproduction miraculeuse , il auroit l’avantage de pouvoir tout seul composser une si grosse armée et de pouvoir tout seul combattre tous ses ennemis. Voilà justement ce qui convient à Jésus Christ dans l’Eucharistie , où étant multiplié à infini il y est pour le dire ainsi une armée de seuls Jésus Christs : armée qui désarme la justice de Dieu, armée qui met les démons en fuite, armée qui triomphe même de nos cœurs. Et certes si l’on dit de l'Eglise qu’elle est comme une armée rangée en bataille , elle tient du Sauveur , son époux, un si glorieux avantage ; donc, puisqu'il le lui donne, il le possède tout autrement qu’elle. Les Italiens donnent le nom de gloire à l'appareil qu’on fait pour les Quarante Heures où l’on expose le très Saint Sacrement et lorsque cet appareil est très-beau, ils s’entredisent comme par admiration « O bella, bella gloria! » De même lorsque les anges voient ou un prêtre bien disposé à célébrer les divins mystères , ou un laïque qui s’est préparé de son mieux à recevoir son doux Sauveur ils s'écrient assurément : « O bella, 6 bella
gloria !»— « Que la gloire que ce sacrificateur, ou ce communiant donne à son Jésus est grande » !
Un ami nous sauroit bon gré d’avoir employé ce qu'il nous auroit confié de son bien à faire quelque chose qui seroit fort à son avantage. Au contraire, ilauroit sujet d’être fàäché, si ayant une occasion favorable de lui procurer un grand profit ou une haute gloire, nous l’avions négligée.
Le sacrifice et même la communion mettent les trésors de Jésus Christ et de ses saints en la disposition des fidèles. O que nous ferons donc un grand plaisir à Dieu de lui offrir ces immenses richesses pour la rédemption des âmes, soit de celles qui sont déjà en purgatoire, soit de celles qui sont encore sur terre. L’Evangile nous avertit que le serviteur qui ne fait pas profiter son talent est très-rigoureusement puni. Le prêtre le sera donc beaucoup plus, si,
ayant tant de biens à sa disposition , il n’en assiste pas ses pauvres frères.
Le prêtre doit se réjouir extrêmement lorsqu'il dit ces paroles du Canon « Supra quæ propitio ac sereno vultu respicere digneris, etc. » puisqu’à chaque messe qu’il dit, il a l'honneur de présenter à Dieu un si bon nombre de ses ancêtres, de ses amis, et de ses officiers, qui ont consumé leur vie et donné jus-
qu’à la dernière goutte de leur sang pour sa gloire. Ainsi il est bien juste que le prêtre ait intention non
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seulement de renouveler le plaisir que le Seigneur a reçu des sacrifices d’Abel, d'Abraham, de Melchisédec, et des autres saints de l’ancien testament, mais encore de lui offrir la vietime divine, dont toutes les autres n’ont été que la figure. Mais quel amour ne mérite point le Sauveur qui pour faire plus dignement l’oflice de médiateur de tous les hommes se multiplie à toute heure, une infinité de fois entre les mains des prêtres ! et qui à chaque multiplication de son corps et de son sang veut bien joindre à ses propres mérites les actions et les souffrances de ses membres mystiques.
En vérité quand Jésus n’auroit parlé que de ladoable Eucharistie, il auroit pu nous dire au sujet de ce mystère d'amour qu’il est venu apporter le feu en terre pour embraser nos cœurs. « Ignem veni mit- «tere, ete. »0 que le prêtre qui porte entre ses mains et qui reçoit dans son sein ce divin feu, n’en est-il tout brulant ! pour consumer à sa flamme tous les péchés du monde !
Un jour dans mon oraison du matin j’eus un sentiment de joie tonte extraordinaire. Il me fut causé par une forte pensée qui me fit connoitre qu’à chaque messe qui se dit, l'humanité sainte de Jésus reçoit de son Père une gloire nouvelle en reconnoissance des abaissements qu’il pratique dans le mystère de l’Eucharistie, Bien plus je fus assuré en même
tems que le Sauveur représentant dans ce sacrifice, ce que ses saints ont fait à la gloire de Dieu, ils en reçoivent une gloire accidentelle qui leur vient de l’agrément que le Père Céleste leur témoigne de leur fidélité et de leur ferveur à son service.
Quand le prêtre repète la même chose en plusieurs mots qui ont presque la même signification, comme lorsqu'il profère ces paroles, « Hæc dona, hæc munera, hœc sancta sacrificia —Hostiam puram, hostiam sanclam, hostiam immacuiatam, » il doit le faire avec un excès de joie, comme s’il déclaroit par là qu’il ne peut trouver assez de termes pour exprimer sa pensée. C’est ainsi que pour marquer à une personne, qu’on l'aime, on ne se contente pas de l'appeler son amour, on la nomrue encore son cœur, sa vie ec ses délices.
J'avoue pour moi que les expressions me manquent pour marquer les conjouissances que je voudrois faire à mon Créateur, de ce qu’il a trouvé un si beau moyen de se faire honorer par ses créatures. S'il a tant aimé le monde que de lui donner son Fils unique, le monde à son tour l'aime tant que de lui donner le même Fils. Pour moi je ne conçois point de plus grand honneur pour une créature quecelui de pouvoir rendre à son Créateur tous les hommages, tous les remercimens et toutes les satisfactions qui
sont dignes de lui. Voilà pourtant ce que nous lui M.
rendons er lui offrant son cher Fils sur nos autels. Toutes les créatures ont quelque part à cette offrande, puisque sans parler ni de l'humanité sainte qui est immolée, ni de la Vierge Mère dont le Fils est sacrifié, ni de ses anges qui se joignent au prêtre pour loffrir à Dieu, ni des ministres sacrés et du peuple fidèle qui appartiennent au royal sacerdoce de Jésus-Christ : le pain et le vin qui y sont changés au corps et au sang du Sauveur, l’eau qui y est mélée pour signifier l’union de Dieu avec son peuple, la pierre qui sert d’autel, les nappes blanches qui nous sont des symboles de la pureté avec laquelle nous devons communier, aussi bien que les cierges qui par leur lumière et leur feu nous marquent quelles doivent étre notre foi et notre ferveur. Ajoutez-y la terre, l'air, le soleil, les astres, les laboureurs, les vignerons, les moissonneurs, les bou-
langers, les vendangeurs, etc. Il n’y a jamais eu
d’ambassadeur qui ait porté à aucun monarque de si grands présens et de la part de tant de nations que
le prêtre en offre tous les jours à Dieu dans le mystère de nos autels. Si donc des ambassadeurs, par exemple ceux de Siam, ayant agréé au roi Louis le Grand ont été si honorés de lui et dans tant de villes de France, quelle gloire et quelle récompense ne recevra pas un bon prêtre qui se sera si souvent acquitté comme il faut de son ambassade au nom de
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Jésus-Christ!« Pro Christo enim legatione fungimur. » Y aura-t-il ou chœur des anges, ou ordre des saints, de qui il ne soit comme régalé même dès à présent | O que grande est la dignité d’un prêtre, etque je dois à Dieu de reconnoissance de m’y avoir élevé en me retirant de l'esclavage de Satan à qui je m'étuis engagé par mes péchés ! Je me confirme de plus en plus dans la pensée que notre Sauveur au saint sacrifice de la messe ne s'offre pas seul à Dieu son père en holocauste; mais qu’il nous y joint tous, qui sommes ses membres, et même toutes les créatures qui sont comme sanctifiées en lui. « Quoniam omnia coagmentata sunt in eo », dit un saint Père.
Quoi ! en se donnant lui-même qui est le grand tout, retrancheroit-il de son holocauste une chose qui vaudroit infiniment moins que lui-même? Et, étant notre chef voudroit-il nous détacher de sa personne après nous y avoir si parfaitement unis ?
Un homme magnifique qui auroit trouvé un immense trésor seroit heureux d’en enrichir tous ses parens et tous ses amis. Le prêtre à chaque fois qu’il dit la messe a un trésor infini dont des millions de mondes peuvent être enrichis. N’auroit--l donc pas grand tort, soit de n’en pas faire part à toutes les créatures, soit de ne les pas inviter à en témoigner à Dieu leur gratitude? Voilà le sentiment avec lequel au sortir de l'autel, je réciteray le « Bénédicite omnia
opera Domini Domino ». Quelle consolation d’avoir une infinité d’associés pour honorer, pour aimer, pour servir mon Dieu ! Oh ! que ne puis-je pour cela lui offrir à tout moment le sacrifice Eucharistique ! Si je ne le puis faire si souvent par moi même, je le ferai in voto, par désir, en m’unissant d'intention à tous les prêtres qui sont et qui seront jusqu’à la fin du monde. Jamais un prêtre ne devroit s'approcher de l'autel qu'auparavant il n’eût fait ou quelque mortification ou quelque acte de charité pour en grossir le sacrifice qu’il va offrir de tout ce que son Dieu a fait et a souflert pour lui.
Lorsque je considère l'honneur que Jésus Christ rend à son Père en s’immolant pour lui tant de fois tous les jours, je voudrois pouvoir m’unir à lui jusqu’à en être entièrement pénétré corps etâme, membres et facultés de moi-même : mais comme je m’en reconnois indigne, je prie le Père Eternel de le loger dans son sein, comme dans l’unique demeure parfaitement dignede lui. Je l’y remets donc à la fin de mon action de grâce, et au même moment je suis rempli de joie en pensant que ce Divin Père et ce Fils Divin s’aimant infiniment l’un pour l’autre se causent un contentement indicible. Un jour que je m'en conjouissois avec ces deux adorables personnes, il me fut dit intérieurement : « Entrez dans la joie de votre Seigneur » et certes, oh! que ce me fut un grand bien d'y être entré !
Autrefois la mort que Jésus souffrit pour obéir aux ordres de Dieu son Père fit dire au centenier : « En vérité cet homme étoit le Fils de Dieu ». De même la mort mystique que le Sauveur renouvelle si souvent sur nos autels par obéissance au prêtre nous devroit porter tous à nous écrier à chaque fois qu’on lève l’hostie : « Vere Filius Dei erat iste ». En eflet nous reconnoissons que de deux personnes, lune est le Père et l’autre le Fils, lorsque celui-ci rend à celui-là toutes sortes de déférence et de soumission.
Je ne crois pas qu’on puisse faire plus de plaisir à une personne reconnoissante et aflectüeuse que de lui fournir les moyens d’une juste gratitude envers un insigne bienfaiteur. C’est le plaisir que mon cher Jésus me fait tous les jours cu mettant entre mes mains tous les trésors, jusqu’à la plénitude de ses satisfactions, de ses grâces et de son esprit, afin que j'en gratifie pour ainsi dire mon Dieu. A mon lever, ;e voudrois que mon Sauveur me redit encore au fond du cœur : « Courage, mon enfant, voilà que je mets en ton pouvoir tout mon vaillant et ma propre personne, afin que tu en disposes à ta volonté, » O quelle fut lors ma joie ! quels furent mes remer cimens ! « Non nobis , Domine, non nobis, sed nomint tuo da gloriam ! »
On tient à grand honneur d’être admis avec de grands seigneurs à la table ou au conseil du Roi pour
y faire quelque fête extraordinaire ou pour traiter de quelque affaire importante. Le prêtre doit donc estimer tout autrement son bonheur d’assister à la table de son Dieu , et de traiter d’affaires avec lui, dans la compagnie des Saints et des anges même, O quel est leur souhoit pour la prospérité du royaume de Dieu ! Quels sont les désirs des âmes du Purgatoire pour leur liberté ! Quel est le zèle des justes sur la terre pour la conversion des pécheurs | La dignité d’un ambassadeur est d'autant plus glorieuse que le prince qui l'envoie est plus grand, que le souverain vers qui il est député est un plus puissant monarque, que l'affaire qu’il doit traiter est plus importante et que les présens qu’il offre sont plus riches, Mais où toutes ces conditions se retrouventelles plus advantageusement que dans le sacrifice de la messe ? « Pro Christo legatione fungimur. » Nous y sommes les ambassadeurs de Jésus Christ , envoyés à Dieu son Père, avec le plus divin de tous les présens et pour y traiter de la satisfaction dûe à Dieu par le pécheur et du salut de l’homme.
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