SCÈNE IIL
«^ BOILEAU
Avec cette différence que je n'ai pas comme lui une femme qui pince l'entrechat pendant que moi je pince mon litre.
PIMPARÉ.
Et une femme !.. eh! eh !.. une femme charmante!..
BOILEAU
A qui une foule de particuliers serrent la main, la taille , le tout sur un motif de contredanse , pendant que de son coté le galant chef d'orchestre... Suffit... c'est clair!..
PIMPARÉ.
Comprends pas...
BOILEAU
Allons donc !.. ne faites pas de manières.
AiB de PApotliicaîre.
Mon gaillard d'un air insidieux
A la gentiir particulière ,
Encouliss' vous fait's certains yeux !..
PIMPARÉ.
Comme on les a , faut bien les faire.
Quand l'œil est naturel'ment doux, On n' peut pas le rendre farouche...
BOILEAD.
Si j'étais Trinqu'fort, entre nous, CetœiWà me semblerait louche.
PIMPARÉ.
Silence ! peintre en bâtimens, ou de mon côté, je dévoile votre petit manège.
BOILEAU
Quel manège, crincrin ?..
PIMPARÉ.
On sait pourquoi vous ne quittez pas l'am Trinque fort.
BOILEAU
C'est qu'apparemment il recherche ma société et que je ne fuis pas la sienne.
PIMPARÉ.
D'abord, c'est presque toujourslui qui régale.
BOILEAU
C'est son plaisir à c't' homme !
PIMPARÉ,
Ensuite, il est très bien avec les gros entrepreneurs , il connaît d'avance les bonnes affaires... (Confidentiellement.) Etsiun beau jour, sansavoir l'air, on pouvaitlui en souiller une... sous main... celle des grandes bâtisses d'à côté, par exemple. BOILEAU, à part et vexé.
Il a flairé la chose !
PIMPARÉ, haut.
A revoir, Boileau!
BOILEAU, le retenant.
Dites donc, vous, Paganini... c'est pas la peine de parler de ce que vous venez de dire... les bâtisses...
PIMPARÉ.
Bédame... il ne s'agirait que de s'entendre...
BOILEAU
Quant à moi... je ne sais rien de rien...
PIMPARÉ.
Et moi, même jeu...
BOILEAU
Parole sacrée?
LE PÈRE ÏRlNQUEFORÏ.
PIMPARE. *
J'en jure par le Styx !
BOILEAU
Qu'est-ce que c'est que ça ?
PIMPARÉ.
Une rivière du département des Pays-Bas.
UOII-EAU.
Chut !.. je crois que v'ià Trinquefort avec la belle Françoise... Soyons linauds.
aa9^g3sa9O'W^îas'S>î8ai>sa9a<?i)a9O939asa»a9<»aaa090C099»»»a
sci:NE IV.
Les Mêmes, TRINQUEFORT, FRANÇOISE,
OLVRltRS.
(Trinquefort donne le bras à sa femme. ) LES OUVRIERS.
Ah ! v'Ià le père Trinquefort.
(On se donne des poignées de mains. Toutes les femmes se mettent du côté de Françoise , tous les hommes du côté de Trinquefort.)
CHœUR.
Ai b (les Honiicure parla^éE.
Vive la barrière 1 C'est à la barrière Que le vrai populaire , En joyeux compère, D'un' semaine entière Fêt' le dernier jour, Et fait la i.oce avec amour.
FRANÇOISE , au-\ femmes.
Je laiss' mon homme , Pour qu'il consomme Tranquillement à ma sauté.
TRINQUEFORT, au» liomnus, en dansant.
La femme tricote Et r mari gob'lote , Faut des égards chacun de son côté.
J' bois un litre ou deux!
FRANÇOISE
Moi , j' dans' tant que j' veux.
ENSEMBLE
Et nous somm's tous deux Très heureux I Ah! ah! ah!
ENSEMBLE
Vive la barrière! etc.
CHŒin.
Vive la barrière! etc.
TRrNQDEFORT.
Quand minuit sonne , Bonsoir, pus personne.
Assez versé.
Assez dansé , Je m' sens toute gaillarde.
TRINQtEFOKT.
Mol , je ris , je bavarde. . .
Tendres époux, Alors, bras d'ssus brasd'ssous, Nous rentrons , c'est moral , Sous le toit conjugal, Et nous sommes tous deux , Très heureux.
Au ! ah ! ah !
REPRISE DE l'ensemble.
Vive la barrière! etc.
BOILEAU , frappant sur l'épaule de Trinquefort. Parlez-moi de ça... en v'ià un rossignol, un vrai bout-en-lrain.
PIMPARÉ.
Et Madame, donc?.. Elle a des yeux dont... un pied dont... une taille dont... dont...
FRANÇOISE
Comment! dondon?
PIMPARÉ.
Je ne trouve pas le mot...
TRl>QUEi"ORT, se carrant.
Faut convenir qu'à nous denv Françoise, nous formons un couple assez merveilleux et pas mal facétieux !
Regarde donc devant toi , mon homme , tu vas nous éclabousser.
TRINQUEFORT.
Chacun sa manière... Moi, j* m'égratigne pas... c'est malsain... Ah ça ! les amours, la vie n'a qu'un temps et le dimanche vingtquatre heures : je propose de passer à des exercices plus utiles... J'ai le gosier d'un sèche...
FRANÇOISE
Et , moi , je voudrais déjà être au galop ; j'ai des frémis dans les jambes. (A Trinquefort.) Va te rafraîchir, mon loulou , va te rafraîchir.
TRINQUEFORT.
Va tricoter, ma biche... (Avec gravité.) Sur tout du maintien, M°" Trinquefort ; inspirez à vos cavaliers successifs le respect qui vous est dil...
PIMPARÉ.
Très bien !
TRINQUEFORT, de même.
Tolérez un dialogue honnête et spirituel , s'il se peut... Dansez dans la crainte de l'autorité et de sa colère... cancanne gentiment... Et si quéque moderne s'avise de te manquer... ne le manque pas... Je suis là pour faire bis !..
FRANÇOISE
As pas peur... on est bonne pour se défendre... (Sérieusement.) De votre côté, M. Trinquefort , soyez sage.
Comme un image.
FRANÇOISE
Modeste sur le vin d'Àrgenteuil... Une petite pointe , je l'autorise ; mais si t'avais le malheur do te mettre dans les brindezingues , j' t' haïrais d'abord.
TRINQUEFORT, avec dignité.
«®j> Me crois-tu susceptible de me pocharder?
SChiNE
FRANÇOISE , bas. e®3
Et puis , tu sais , à huit heures , ce marché à
faire pour les peintures dans les grandes bâtisses.
TRINQUEFORT.
Sois paisible , on veillera au grain.
boiTeau, à part.
Et moi idem.
FRANÇOISE
Quant aux femmes , tu me connais...
TBINQUEFORT.
Jalouse!..
FRANÇOISE
Je la suis... j' m'en défends pas... Eh ben !.. ensuite?.. On aime son mari, pas vrai?
Ça se doit!..
FRANÇOISE
On est jalouse!
TRINQUEFORT.
C'est légal.
FRANÇOISE
Et, dans l'occasion, on chiffonnerait une rivale...
TRINQUEFORT.
Ça se lait ♦'u société.
FRANÇOISE, le menaçant du geste.
Sans compter que, toi... j't'aimo bien... voistu; mais si tu faisais le papillon... je ferais des bêtises , je t'en préviens... et je serais capable... (Elle élève ses deux mains et fait le geste de griffer.) TRINQUEFORT.
Connu... Arrêtez les frais.
PIMPARÉ, à part.
Voilà des sentimens féroces qui nie vont... mais qui me vont... comme mon chapeau.
FRANÇOISE
Tu m'as comprise. Fie-toi-z-y.
TRINQUEFORT.
C'est dit... Madame première, liberté, libertas... confiance réciproque dans nos vertus!.. Et, en tout lieu, comme toujours, amour, fidélité, constance! v'Iànot' caractère!.. Françoise, baisez c' maître !
T'es bête ! devant le monde...
(Elle lui donne un coup de poing en riant.) TRINQUEFORT.
Oh!., en v'ià de la pudeur.
TOUS
A la danse, à la danse!