AVANT-PROPOS XI
toute entreprise de ce genre nécessite des capitaux importants.
De Tananarive, le gouvernement général répond : « Les ouvriers d'art et les surveillants de travaux actuellement présents à Madagascar sont amplement suffisants pour assurer l'exécution des ouvrages en cours et ceux qui pourront éventuellement être entrepris. »
S'agit-il de la Nouvelle-Calédonie? Le gouverneur fait remarquer que les jeunes gens du pays trouvent eux-mêmes difficilement à s'employer, soit à Nouméa, soit dans l'intérieur oii le colon embauche, à vil prix, des libérés. Le gouverneur insiste également « sur la crise économique » que traverse la colonie.
Et au Cambodge ? Le résident supérieur engage le Comité Dupleix à se mettre en rapport avec l'Office colonial, « mais il est nécessaire, ajoute-t-il, de mettre les jeunes gens en question en garde contre l'acceptation de salaires trop faibles pour assurer dans de bonnes conditions l'existence de l'Européen. »
Passons à la Cochinchine ; le gouverneur fait répondre : « Les ouvriers français n'ont aucune chance de trouver du travail en Cochinchine. Il n'est fait usage, dans les diverses entreprises industrielles du pays, que de la main-d'œuvre asiatique, beaucoup moins chère que la main-d œuvre européenne. D'ailleurs, la rigueur du climat ne permettrait pas d'avoir recours à cette dernière. »
Enfin, la Chambre d'agriculture du Tonkin a le regret de constater que les ouvriers français ne pourraient entrer en concurrence avec la main-d'œuvre indigène :
« Le rôle de l'ouvrier français est limité à des travaux de surveillance ou de direction d'atelier et de chantier ; la colonie traverse une crise budgétaire profonde qui a une répercussion fâcheuse sur toutes les industries et les entreprises locales, etc. »
Devant ces perspectives peu souriantes, il est donc tout naturel que ces petits colons, ces commerçants, ces artisans, cherchent un autre point du globe où aller s'établir ; et c'est vers le nouveau monde qu'ils se dirigent le plus souvent, divers États de l'Amérique méridionale offrant aux énergiques et aux persévérants l'espérance d'acquérir par leur travail, et jjlus ou moins rapidement, sinon la fortune, du moins l'indépendance et une large aisance.