DU SUJET ADSTUAIT DE LA PHYSIQUE
Le mérite de Boscovich comme physicien spéculatif ne fait en quelque sorte qu'un avec ses défauts comme philosophe. C'est en écartant de l'idée de la force, l'idée, le caractère de la force mentale, en dépit de leur unité profonde, que, en même temps qu'il s'est fermé le chemin et Tintelligence du monadisme idéaliste, il a le premier formulé le concept de la force au point de vue le plus rigoureusement scienli(i(jue, c'est-à-dire aussi abstrait que possible, géomélriijue et mécanique. Et c'est à cela (jue tient sa juste renommée, c'est pour cela que sa conception a toujours été remarcjuée, approuvée de plusieurs, sans que son sf/stème ait passé un seul instant pour viable. On a le sentiment que la physique et la chimie doivent trouver, au dernier fondement de leurs théories, des lois mécaniques, quoiqu'on se sache encore bien éloigné de les pénétrer dans ce qui constituerait leur parfaite unité, mais on se rend de mieux en mieux comf)te de ce qu'implique l'abandon, désormais accompli en physique, de la recherche (les causes. Aux causes, il faut ajouter ici les (jttd/ités, ou essences^ qui jouaient aussi le rôle de causes dans l'ancienne physique.
La science, qui substitue à l'étude des causes, celle des
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conditions des phénomènes et de leurs lois de coexistence et de succession, et qui renonce à rien envisager, dans les qualités sensibles, de ce qui dépasse Tobservation et la description des modes objectifs impli(jue, par opj)osition avec son domaine ainsi constitué, Texistenoe cfun domaine impossible à écarter, qui est celui de la psvcliologic [)ure et de la métapiiysique. I.a science positive n'a nullemeni à nous dire te (jff'rs/ la jun c, mais seulement ce tjue les forces produisent dans l'espace et dans le temps. Ce (jue les forces [)roduisent, c'est le mouvement, auquel tout ce qu'il y a d'effets au monde est subordonné, et les sujets du mouvement sont les êtres sensibles dont la science «''hidie les qualités, les relations et les modifications en fonction les unes des autres, et toutes dépendantes des lois (|ui l'éLiissent la répartition du mouvenent entre eux, ses duuclioii.^ et ^e^ vitesses, suivant cpi'il se compose et se décompose. Mais la nature intime de ces êtres, sujets du mouvement, ne peut être révélée j)ar le mouvement, j)aire (ju'elle ne saurait se définir [)ar des propF'iét(''s d'f'tencbie (livisil)l{^ et de fii^ure ; elle ne comporte pas 1 apj)licalion de la (piantité dans l'espace et de sa mesui'e, mais celle du nor]d)re seulement, (pioi(pie indéterminable, grâce à noire eoncept des unités individuelles qu'eml)rassent les eorps, les masses ^ et auxquelles appartient Texistence numérique discontinue.
La loi de continuité étant im[)osée à l'étude {\i?> êtres dans l'étendue et dans le temps à raison des modes possibles indéfinis de leurs déterminations sous ces deux catégories, et, d'un autre coté, la limitation, la définition formelle des sujets des phénomènes du mouvement étant indispensables pour constituer une matière d'aj)plicalion de ses lois générales à étudier, il faut, là même où la méthode infinitésimale est imposée par les pi-oblèmes, définir en dernière analyse le sujet proprement et oi'iginairement mù, et le lieu d'application de la force qui imprime
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le mouvement (c'est-à-dire la condition nécessaire, suffisante et imm(''diate du changement de lieu à son ])remier moment). Or il est impossible que le i)hysicien définisse ce sujet dans les limites de la science, car il faut, j)Our le définir, entrer dans les questions de la monade, ou de la substance et de la cause. La définition du lieu d'application exigerait elle-même, préalablement, celle du sujet. C'est jmurquoi on a recours, en mécanique, au jtoini nuilh'lvl^ être abstrait dont on fait le sujet d'une double j)ropriété : celle du jnùnt (ji''0)nrtri(ii(v^ indivisible, et que, aisément, on imagine mobile, et celle d'un siège de puissance : le pouvoir de communiquer le mouvement à d'autres points semblables, comme de le recevoir d'eux par telle ou telle voie de communication. Pour éviter d'attribuer à ce point la force intrinsèque, ou un mouvement spontané quelconque, on a créé la fiction appelée fnr( r (T inertie^ qui consiste en ce que de lui-même le sujet reste comme il est, mù s'il se meut, et alors sans variation dans sa vitesse ; en repos, s'il est en repos, et ne peutêtre défini en son état que par relation aux états donnés d'autres points, au moment où on le considère. C'est pour cela que Kant, se représentant certaine chose donnée sous le concei)t d'une force d'occupation d'un espace, et d'empêchement d'occupation de cet espace par quelque autre chose, définissait la matière : « le inoh'dv en tant qu'il remplit un rsj/dcc » ; ce qui réduit la substance inntêr'u'lle à toute l'abstraction mécani(|ue voulue ; et c'est pour cela que Boscovich, encore [)lus soucieux d'éviter la substantification de la force, la plaçait dans le point, agent mathématique d'attraction ou de répulsion, et ramenait entièrement cette double cause à la fonction des distances des points, qui n'est rien qu'une condition des phénomènes de rapprochement ou d'éloignement.
La chimie, science dont la tâche serait de définir, à la suite des merveilleuses découvertes de l'analyse, après
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ÉTUDE SUR LA PI-RGKPTION ET LA FORCE
l'œuvre de la synlhèse 0[)i'rant sur des éléments enipiiiques, les éléments ultimes des eomj)Ositions les j)lus profondes d'où naissent les propriétés spécifiijues des corps, la chimie ne peut dépasser la connaissance de la moh'cule, rpii ne dillère du corps sensible que pai* les (limeiisions, et en représente les qualitc's dislinctives ; elle ne saurait atteindre^ pai' tjuelque spi'culalion que cr .-^olt de son domaine, Witome, en attachant à ce mot une sig-uilication positive. Quand le chimislo a donni' ]<> nom (TalonK» à un élément (jui possède d(''jà une pesanteur sptH'ilicpic et des propriétés (\\\\ simuhMit. si ce n'est qu'elh^s expi'iment réellement des attractions tout autres (pic mccaintpic.^ entre des êtres de ditlV-rentes natures, exerçant, comme on dil, des allinifi's ('lectives, il ne peut pousseï* plus loin sa recherche sans abandonner la m(''lhode scientili(j(ie, ou prendre le j);u'îi de remplacer le concept piivsique de j'élre atomi(|ue par le concept abstrait de la force. Mais ce mot force d(''siL>"ne lui-même, pour le savanl. un(^ propri'''l(''. ou a cause d un <;"rouj)e de propriétés. Les li)rces douent se définir par \{'\\v^ edets, par iXa^ mouvements déterminés, et avoir des points (Tapplicalion (pii sont (\y}r^ |)oints o'éomé- Iriques. C'est donc la réduction de la chimie, connue auparavant de la |)iiysicpie. à la mécanifpie.
Sous Taspect de la réalif»', (pii se trouve ain>i délinitivenienf (injHisi' i\ Taspect de la scienc(\ mais nullement rr>//trairv^ il devient ti'ès \raisemblable ipu." les ultimes éléments (1(^ composilion (h' ces êtres complexes rpii soni les corpn ne >onl p.i^ lUx- mêmes des êtrivs d'une espèce définie par la (jiianlih' et la mesure, et (jui se puissent présentei* à Tima^'inalion 'ioii*^ Taspect des sujets d<' TiHendue de la fii»ure et du mouvement. L accord des melliodes se fait par la juste déterminalion dt^ la notion de foi'ce, (pii pass(^ de lune à Taiilre, en ses applications, mais cjui doit se prendre originaiiemeid, poui* lintcM-prétation de la nature, dans Tordre mental, et se rattacher au désir et à