‹ Le personnalisme suivi d'une étude sur la perception externe et sur la force [microform]Chapitre 38 sur 211 · L'IDEE DE LA SOCIETE PARFAITE SELON LE SOCIALISME G · texte numérisé non relu

L'IDEE DE LA SOCIETE PARFAITE SELON LE SOCIALISME G

quait le retard de l'histoire depuis l'époque de la civilisation hellénique, et l'éloignement, où il voyait la civilisation actuelle, de l'établissement de l'harmonie destinée à lui succéder. Un seizième seulement de la durée providentiellement assurée au cours de la vie humaine terrestre étant écoulé, un second seizième devait se placer à la fin de ce cours, afin de compléter la mesure accordée selon la loi d'exception du huitième aux périodes subversives de la création. L'intervalle, — TUOOO ans — était promis à l'ère de l'harmonie.

Si le premier de ces penseurs socialistes, Saint-Simon, avait corrigé son utopie autoritaii'e en y laissant pénétrer la liberté, et en se garantissant contre ses écarts par l'hypothèse d'un accord divinement préparé entre les passions individuelles et l'ordre social scientifique une fois établi; ou si le second, lourier, avait envisagé l'harmonie future, providentielle, dans le rapport exact des actes spontanés des harmoniens, non plus avec des [)assions impulsives sans règle, mais avec les lois de la raison, une fois le pfm/an^tf'rr orrjanisé , ils auraient, chacun de son côté, rencontré une conception analogue à celle d'une société créée parfaite en un monde parfait, à cela près que Saint- Simon, athée, croyait l'autorité indispensable, et que Fourier, théiste, créationiste, introduisait l'exception, c'est-àdire faisait une part au mal dans le plan de la création . Saint-Simon tombait dans un cercle vicieux manifeste, encore (jue commun dans les écoles sociahstes, en supposant l'autorité capable par elle-même d'instituer la société parfaite et d'en assurer le règne, — (juoique l'autorité ne puisse être exercée que par des hommes généralement semblables aux autres hommes parleurs idées, leurs vertus, leurs erreurs et leurs vices, — ou supposer les institutions douées en elles-mêmes d'un pouvoir de rendre justes et bons les hommes dont leur établissement et leur durée dépend nécessairement. Et Fourier calculait arbitrairement,

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d'après des lois numériques de son invention, les riip[)orls harmoniques ou désharmoniques de Tordre naturel des passions et des choses. Tous deux croyaient que le caractère humain, tel (jue nous le connaissons, constitué par les naissances et par Thisloire, oiîre une matière susceptible d^organisation pour le règne de la justice et de la paix.

« L\age dor, qu'une aveugle tradition a placé jusqu'ici dans le passé, est devant nous » ; c'est l'épigraphe que se donnait la première revue publiée par l'école saintsimonienne {Lr Productrnr, lSl>:; , et qui oiïraitle résumé, avec de naturelles inductions, de la doctrine du prof/rès indéliai de f/tiimanitc, propagée avec tant de succès par des penseurs du xvnr^ siècle, en renversement de la crovance à peu près universelle dt^ tous les temps à une ère antique de moralité et de bonheur antérieure aux civilisations. La doctrine du progrès fut d'un grand s(^cours au mouvement révolutionnaire de 1789-171^**); car c'est un effet réel des fortes espérancos de faciliter le succès des œuvres de réforme, jusqu'au point où se produisent les révoltes de la coutume et des intérêts contre les innovati(ms. Quand vint la fatale réaction de l'esprit monarchique et catholique, il se trouva des penseurs qui ne consentaient point à abandonner les plus hautes vues d'avenir humanitaire et d'institutions de justice sociale, mais cpii, répugnant aux scènes d'anarchie dont s'accompagne toujours le renversement de l'autorité, constatai(*nt l'impuissance de la liberté à créer des institutions stables. Ceuxlà furent à la fois des indifférents, pour ne rien dire de plus, aux efforts des partis qui entendaient continuer la lutte, au nom des principes révolutionnaires, et des novateurs tout autrement radicaux, à la recherche d'une doctrine qui permettrait la reconstruction sociale sur des fondements certains. C'est dans de telles dispositions d'esprit que Saint-Simon et Fourier se tinrcMit éloignés des écoles libérales : l'un n^prenant le principe d'autorit('' dans toute

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sa force, à condilion de lo transformer, en vertu de la loi du progrès, et conformément à une certaine théorie des phases historiques ; l'autre, au contraire, promettant la liberté sans limites, mais rendue possible seulement par une loi providentielle de l'histoire, formulée « /ymn, dont il annonçait la vérification prochaine.

Les projets d'organisation sociale apriorique de Saint- Simon subirent d'intéressantes variations. Ce fut d'abord l'idée, fort malsaine, d'une religion imposée au peuple, pour son bonheur, au nom de la Science, sous le titre de neli'jioii de Newton. La loi des trois élaU successifs de l'esprit humain, proposée par Turgot, ouvrait à l'imagifwn du réformateur la perspective d'un futur sacerdoce de savants à instituer, qu'on accompagnerait des autres chefs de la civilisation, à la tôte des autres groupes principaux de l'activité humaine. La loi de la gravitation devait ôtro le principe sous lequel se rangeraient, selon ce plan, toutes les connaissances humaines, une fois le travail scientifique mené à bonne fin.

Celte première phase de la doctrine saint-simonienne fut l'origine du positivisme d'August." Comte, et d'un plan de religion nouvelle et de société reconstruite, que le disciple et continuateur de Saint-Simon dans cette direction élabora, en s'inspirant de la politique de l'Église dont il rejetait au reste tous les mystères et les dogm(>s. L'ardent esprit <lc Saint-Simon ne s'était pas arrêté à cette conception. U était passé à d'autres tentatives de réforme sociale en prenant pour mobiles les intérêts industriels, ensuite le dévouement à la classe populaire, et avait trouvé de nombreu.x discipl.'s. N..us avons dit, en abrégé, à quel plan de société s'arrêtèrent ces derniers. Mais nous ne voulons ici considérer que les doctrines maîtresses, par opposition à notre hvpothèsc de l'humanité intégrale et parfaite, envisagée à l'origine du monde, ou à la fin des destinées historiques et de la vie humaine terrestre.

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