‹ Le pessimisme au 19e siècle: Leopardi - Schopenhauer - HartmannChapitre 115 sur 167 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

suivante qu'un moyen, qu'il faut de toute nécessité qu'il y ait une fin dernière ou suprême, à laquelle soient suspendues toutes les fins intermédiaires. Acceptons l'axiome pour ce qu'il est et pour ce qu'il vaut. Si la série des fins est nécessairement finie, quelle est celle de toutes les fins proposées que l'on peut regarder comme l'explication dernière et le terme du mouvement de l'univers?

Est-ce le bonheur positif? Toute l'argumentation de la philosophie pessimiste a été dirigée d'avance contre une pareille solution. Qu'on se rappelle «les trois stades de l'illusion» parcourus instinctivement par l'expérience douloureuse de Leopardi, décrits scientifiquement par l'analyse réfléchie de Hartmann. — Le premier stade de l'illusion nous a conduits à cette vérité, que l'existence présente est mauvaise; on a reconnu dans le deuxième stade que la vie future est une illusion ; enfin, le troisième stade nous amène à renoncer au bonheur positif, même sous la forme du progrès. Aucune période de l'évolution ne nous montre le bonheur positif réalisé; tous les

âges s'accordent à nous découvrir que ses contraires, le malheur et la souffrance, se produisent seuls clans l'univers, et que le progrès du monde., en détruisant l'illusion et développant la conscience, ne fait qu'accroître le mal. D'autre part, peut-on croire, sans déraison, que l'évolution du monde soit sa propre fin et qu'elle ne poursuive pas autre chose, dans les vicissitudes laborieuses de l'être, que le jeu puéril d'un spectacle varié qu'elle se donne à elle-même? — Evidemment non. Cela serait contraire à la sagesse absolue que M. de Hartmann reconnaît à l'Inconscient. Il implique contradiction d'admettre que l'évolution sans un terme idéal ou réel et par ellemême constitue un bien absolu. Elle n'est que la somme des moments successifs qui la composent : si chacun de ces moments n'a aucun prix ou représente une quantité négative, l'évolution totale n'a pas de sens. — Serace la liberté, comme on le prétend quelquefois, qui sera le but du processus du monde? Mais de quelle liberté s'agit-il? De celle de l'individu? Comment l'isolement de la per-

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