CHAPITRE IX
rapproche plus d'une explication plausible quand on aborde le côté ethnologique et social du problème, les affinités et les tempéraments des races, les milieux dans lesquels elles se développent, les grands courants qui modifient la vie intellectuelle et morale des peuples.
Il y a aussi les causes morales de cette fortune du pessimisme : c'est d'abord l'effet naturel d'une réaction « contre l'optimisme vide du dernier siècle », puis la dépression qui se produit par l'effet d'une loi aussi vraie en histoire qu'en physiologie, après une période de tension extraordinaire dans les sentiments et de confiance exaltée dans les fins idéales dont plusieurs nous ont trompés. — Il s'est produit en Allemagne, comme le remarque M. J. Sully, dans ces vingt dernières années, une sorte d'affaissement dans les esprits, résultant de la banqueroute des grandes espérances intellectuelles, de la faillite d'un idéal social et politique, de l'écroulement des ambitions extravagantes de certaines écoles esthétiques et philosophiques.
290 LE PESSIMISME AU XIXe SIÈCLE.
L'idéal militaire qui a brillé aux yeux de l'Allemagne n'est pas à beaucoup près celui qu'elle avait rêvé : ce que lui promettait la philosophie de l'histoire, construite pour sa gloire et à son usage, c'était la conquête du monde par les idées plutôt que par les armes. Joignez à cela la destruction graduelle par la critique des traditions et des croyances religieuses qui, en se retirant, semblent emmener avec elles tout ce qui faisait la beauté et la valeur de la vie. La science, il est vrai, est en pleine floraison, et ses progrès devraient consoler l'homme; mais elle n'a pas encore fourni à la masse du genre humain une source nouvelle d'inspiration, de nouvelles formes qui puissent traduire ses émotions. L'absence de tout élan et de toute rénovation dans Fart, une sorte d'épuisement qui est probablement plus qu'un phénomène passager, laisse sans satisfaction aucune le besoin d'enthousiasme qui est en nous. Le seul art qui semble conserver une vitalité suffisante et quelque fécondité interne, c'est la musique, qui, dans les voies particulières où elle s'en-