‹ Le pessimisme au XIXe siècle: Leopardi--Schopenhauer--HartmannChapitre 122 sur 161 · CHAPITRE Vn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vn

Celui qui a Finluition ne se sépare plus de rintuition elle-même; l'un et l'autre ne font plus qu'un. » L'objet n'existe plus, c'est l'idée qui existe, c'est la forme éternelle, et de même le sujet s'est élevé, s'est affranchi : il est libre du temps, libre de la volonté, libre de l'effort, libre du désir, libre de la douleur; il participe à l'absolu, à l'éternité de l'idée; il est mort à lui-même, il n'existe plus que dans l'idéal. Qu'importent alors les conditions et les formes de son individualité passagère ?

Qu'importe, dans cet état de désintéressement absolu, si c'est du fond d'une prison ou d'un palais que l'on contemple un coucher de soleil? Il n'y a plus de prisonnier, il n'y a plus de roi ; il n'y a plus qu'une intuition pure, une vision libre de l'idéal, une participation momentanée à Vidée de Platon, au noumène de Kant, dans l'oubli de la vie transitoire, du rôle qu'on y joue et du tourment quotidien un instant suspendu.

Ce serait le salut, si cet état pouvait durer; mais la durée d'un si délicieux repos est impossible. Ni pour le contemplateur de la

nature, ni pour l'artiste , cette conception objective du monde et des choses ne peut être que passagère. La tension d'esprit exigée pour cela est toute factice et en dehors des conditions de l'existence ; la nature même du vouloir s'oppose à ce qu'elle se prolonge.

Le train de la vie et le cours du monde, un instant oubliés, recommencent aussi bien pour Tariiste et le . savant perdu dans la contemplation des lois que pour le philosophe absorbé par la méditation de Fahsolu.

« Bientôt revient le moment où chacun devra agir avec ses semblables dans le grand jeu de marionnettes de la vie et où le contemplateur , rappelé brusquement à son rôle, sentira la ficelle par laquelle il est suspendu et mis en mouvement*. » Ce n'est donc qu'une libération momentanée que nous offrent la science et l'art. D'ailleurs, l'usage de tels moyens n'est pas à la portée de tous dans la rude bataille pour la vie que se livrent la plupart des hommes, pour qui le pain de

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