‹ Le pessimisme au XIXe siècle: Leopardi--Schopenhauer--HartmannChapitre 126 sur 161 · CHAPITRE Vn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vn

la vie. « La vraie sagesse consiste à comprendre le néant de toutes choses, à désirer s'anéantir, s'éteindre, entrer dans le nirvana». La libération s'obtient par l'extinction complète. « Si l'existence fait le malheur, la nonexistence fait le bonheur » ; tous ces termes équivalent entre eux. Quelles que soient les opinions différentes qui aient été soutenues sur l'interprétation du nirvana, il paraît bien que c'est là l'interprétation véritable, au moins dans la pensée de Çakya-Mounî, avant qu'elle n'ait été adaptée et abaissée au niveau des croyances populaires*. L'expression la plus précise de cette doctrine se trouve dans la doctrine des Svâbhâvikas , traduite pour la première fois par M. Eugène Burnouf : « Sûnyatâ (l'anéantissement) est un bien (on pourrait dire le plus grand bien), quoiqu'il ne soit rien; car hors de là l'homme est condamné à passer éternellement à travers toutes les formes de la nature, condition à laquelle le néant même est préférable », Il semble établi par l'éty-

!• Max Millier, ouvrage cité*.

mologie même du mot que l'âme humaine, dans le nirvana, n'est pas absorbée, ainsi que s'expriment les brahmanes, comme une goutte dans l'Océan, mais qu'arrivée à sa perfection elle s'éteint comme une lampe, suivant l'expression consacrée des bouddhistes dans la stance célèbre qui a gardé la tradition de la mort de Çakya-Mouni : « Avec un esprit qui ne faiblissait pas, il a souffert l'agonie de la mort; comme l'extinction d'une lampe, ainsi a eu lieu l'affranchissement de son intelligence ». L'affranchissement I c'est bien ici le néant : que reste- t-il de la flamme quand elle est éteinte ?

La préparation au nirvana, c'est l'ascétisme, c'est aussi la pratique de la sympathie universelle pour tout ce qui vit. L'individualité n'est qu'une illusion : « Tu es ceci, tu es cela, tu es toute chose », disait le Bouddha; de là sa prédication « de la grande mansuétude, de la commisération » ; il ajoutait : « de la grande indifférence ». En même temps qu'il recommandait d'être doux aux autres êtres, il recommandait d'être implacable pour soi-

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