CHAPITRE IX
désespérée. Je doute d'ailleurs que ce genre d'explication réussisse pour les populations innombrables de l'extrême Orient, qui pensent ou qui rêvent d'après le Bouddha ; il faudrait modifier beaucoup les formules pour les rendre applicables ici. Mais restons dans rOccident^ et tâchons de ne pas embrouiller une question déjà très-complexe. J'accorde l'attention que je dois aux observations de l'anatomiste Henle dans ses Leçons d'anthropologie^ quand il recherche les causes du tempérament mélancolique. Ce tempérament résulterait, selon lui, d'une disproportion entre la force des émotions et celle des mouvements volontaires, les inipressions étant très vives, très-nombreuses et s'amassant, se capitalisant pour ainsi dire dans le système nerveux, faute de pouvoir se traduire au de- ' hors et se dépenser dans une mesure convenable. — J'écoute auLjiavec curiosité M. Sully quand il nous dit que là où se rencontre un sentiment raffiné du mal de la vie avec une imagination ardente pour les biens idéaux, et en même temps une faiblesse relative des
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impulsions actives et du sens pratique, il y a de grandes probabilités pour que le défaut d'équilibre se traduise par une conception pessimiste de l'existence. — - Je m'intéresse également à la curieuse étude de Seidlitz sur Schopenhauer au point de vue médicaly et j'y vois fort bien comment Schopenhauer est devenu l'humoriste terrible que nous avons vu, misanthrope et misogyne.
Je fais mon profit de cette masse d'observations de détail jetées dans le courant de la science.
Je remarque seulement qu'on explique:
bien ainsi le pessimisme subjectif et individuel, mais non le pessimisme objectif et impersonnel, celui qui s'exprime par un système et se traduit par la popularité du système. Voilà le fait qu'il s'agit de comprendre dans son contraste saisissant avec les ins tincts les plus énergiques de la nature hu maine qui veut vivre, qui s'attache à la vie, qui s'y acharne au point de s'écrier, si elle n'écoutait qu'elle-même : « Prend tout, mais laissez-moi la vie !» — On i