‹ Le pessimisme au XIXe siècle: Leopardi--Schopenhauer--HartmannChapitre 16 sur 161 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

de quoi . frapper certaines imaginations et les incliner à une sorte de pessimisme. Cette manière de comprendre le christianisme est celle du jansénisme outré. La nature humaine étalée et raillée, la perversité radicale mise à \ nu, l'incapacité absolue de nos misérables facultés pour le vrai et le bien, le besoin de divertissement de ce pauvre cœur qui veut échapper à lui-même et à l'idée de la mort en s'agitant dans le vide, et surtout cette perpétuelle pensée du péché originel qui plane sur l'âme en détresse avec ses conséquences les plus extrêmes et les plus dures, la vision continue et presque sensible de l'enfer, le petit nombre des élus, l'impossibilité du salut sans la grâce, — (et quelle grâce! « non pas seulement la grâce suffisante, qui ne suffit pas, ») — enfin cet esprit de mortification sans pitié, ce mépris de la chair, cette terreur du monde, le renoncement à tout ce qui fait le prix de la vie, un pareil tableau, extrait des Provinciales et des Pensées^ était pour plaire au futur auteur du Bruto minore et deluGinestrtty dans ses méditations de Recanati. Mais

celte analogie de sentiments ne dure pas. Qui ne sent la différence entre les deux inspirations, dès que Ton entre dans une conversation familière avec Tâme de Pascal, si douloureuse et si tendre? Le pessimisme de Pascal a pour ^ fond une ardente et active charité ; il veut contraindre Thomme, il le consterne, il le terrasse. Mais quelle pitié profonde dans cette logique violente ! Il ferme toutes les issues à la raison, mais c'est pour la porter d'un élan droit au calvaire et transformer cette tristesse en éternelle joie. Il tourmente son génie à découvrir des démonstrations nouvelles de sa foi ; on dirait qu'il succombe sous la responsabilité des âmes qu'il n'aura pas convaincues, des esprits qu'il n'aura pas éclairés.

11 en est de même, à certains égards, bien que pour d'autres raisons, de ce qu'on pourrait appeler le terrorisme religieux de Joseph de Maistre. Certes, au premier aspect, il semble que ce soit un genre de pessimisme que cette apologie lugubre de l'Inquisition, ce dogme de l'expiation appliqué à la pénalité sociale, cette théorie m^^slique et farouche du

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