‹ Le pessimisme au XIXe siècle: Leopardi--Schopenhauer--HartmannChapitre 3 sur 161 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Le Pestimisme dans Thistoire»

Quand on dit que le pessimisme est un

mal tout moderne, il faut s'entendre : c'est

un mal moderne sous la forme systématique

et savante qu'il a prise de nos jours ; mais il

y a eu de tout temps des pessimistes, il y a

un pessimisme contemporain de l'humanité.

Dans toutes les races, dans toutes les civilisa

lions, des imaginations puissantes ont été frap-

pées de ce qu'il y a d'incomplet, de tragique dans la destinée humaine ; elles ont donné à ce sentiment l'expression la plus touchante et la plus pathétique. De grands cris de tristesse et de désespoir ont traversé les siècles, accusant la déception de la vie et la suprême ironie des choses. Ce désaccord de l'homme avec sa destinée, la mise en opposition de ses instincts et de ses facultés avec son milieu, la nature hostile ou malfaisante, les pièges et les surprises du sort, l'homme plein de doute et d'ignorance, souffrant par sa pensée et par ses passions, l'humanité livrée à des luttes sans trêve, l'histoire pleine des scandales de la force, la maladie enfin, la mort, la séparation violente par l'inconnu des êtres qui se sontle plus aimés, toutes ces souffrances et ces misères forment comme une clameur qui retentit du fond des consciences dans la philosophie, dans la religion, dans la poésie des peuples. Mais ces plaintes ou ces cris de révolte, quel qu'en soit l'accent profond et passionné, sont presque toujours, dans les races et les civilisations anciennes, des acci-

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