‹ Le pessimisme au XIXe siècle: Leopardi--Schopenhauer--HartmannChapitre 44 sur 161 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

guerre de tous contre tous ; une sorte d'histoire naturelle de la douleur qui se résume ainsi ; vouloir sans motif, toujours lutter, puis mourir, et ainsi de suite dans les siècles des siècles jusqu'à ce que la croûte de notre planète s'écaille en petits morceaux. » Avions-nous tort de dire que le pessimisme est moins encore une doctrine qu'une maladie du cerveau ? A ce degré, le système ne relève plus de la critique, il revient de droità la clinique: il faut l'y laisser. Sur deux points seulement, le pessimismei de Leopardi dîtiere de celui de ScEopenhauer,! et je n'hésite pas à dire que le poëte est le plus* philosophe des deux, parce qu'il reste dans une mesure relative de raison. Ces deux po inta.. so nt le principe du mal et le rem ède. Duprin- -cipe méta physique^ Leopardi ne salL rien et ne veut rien savoir. Le mal se sent et s'apprécie : c'est une somme de sensations très-réelles, pur ohjet d'expérience, non de raisonnement. Tous ceux qui ont prétendu déduire la nécessité du mal d'un principe, soit la Volonté^ comme Shopenhauer, soit V Inconscient y comme Hartmann, ont abouti à des théories absolument

arbitraires quand elles ne sont pas inintelligibles. LeoparJi se contente d'établir par l'observation lajoi universell e de la souffrance sans prétendre en faire la dialectique transcendante: il sent ce qui est, sans essayer de démontrer que cela doit être ainsi. Et de plus, ignorant le principe du mal, il se garde bien d'y opposer des remèdes imaginaires, comme les pessimistes allemands qui aspirent à combattre le mal de l'existence en essayant d'éclairer la Volonté suprême qui produit l'existence, en lui persuadant de renoncer à elle-même et de se retourner contre l'être vers le néant. ^ ^. Le seul cemède que l'âme stoïque de Leopardi\ ^^ — ^ oppose à l'éternelle et universelle souffrance, \ , c'est la résignation, c'est le silence, c'est le i 1 mépris. Triste remède sans doute, mais qui est j au moins à notre portée :

a Nostra vita a che val? solo a spregiarla. »

« Notre vie, à quoi est-elle bonne ? seule* \ ment à la mépriser * » .

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