‹ Le pessimisme au XIXe siècle: Leopardi--Schopenhauer--HartmannChapitre 48 sur 161 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

M. de Hartmann*, décrivait ainsi les origines et la naissance de Técole du pessimisme en Allemagne : « Une des observations les plus justes de M. Cousin, disait-il, est que, dans la voie ouverte par Kant, la métaphysique allemand e * devait aboutir logiquement au nihilism e. Les \-sJ auleurs romantiques s'appuyant sur le système à demi mystique de Schelling, ne tardèrent pas, en effet, à soutenir qu'une sorte d'indolence quiétiste est le but le plus élevé qu'il soit donné à l'homme d'atteindre. Cela conduisit Schlegel, avec d'autres critiques de la même école, à envier pour l'homme c^ la paresse divine et la vie heureuse des plantes et des fleurs, » et dans son célèbre ouvrage sur le Langage et la Sagesse des Indiens (1808), il admirait la vie calme et apathique des ascètes orientaux. Homère, que le romantisme avait déjà sacrifié à Ossian, ne tarda pas à se voir détrôné par Bouddha. Les événements politiques de ce bas monde ne pouvaient plus émouvoir des âmes pénétrées d'une sagesse si indolente. Celait cependant le moment où les orages grondaient

1, Voir la Revue scientifique^ année 1872.

de toutes parts, où le vieil édifice germanique craquait et s'effondrait, où l'Autriche et la Prusse étaient menacées de se voir renverser Tune après l'autre, sous les coups de Napoléon ; mais peu importait à ces esprits mystiques qui continuaient à vivre dans un monde idéal, sans souci ni des baïonnettes françaises, ni de l'embargo, ni de la confédération du Rhin. Ils détournaient surtout leurs regards de ces hommes grossiers qui se remuaient sur la surface delà terre pour y gagner de quoi vivre, et ils proclamaient que ne rien faire est la consommation de la science de la vie. Il est vrai que ces belles théories étaient exposées dans un style fort emphatique, qui provoqua les railleries de Jean-Paul, et formaient la contradiction la plus frappante avec les thèses quiétistes qu'elles soutenaient. »

Faut-il rattacher à ce mouvement d'idées le grand ouvrage de Schopenhauer qui parut en 1819 sous le titre de : Le monde considéré comme représentai ion et volonté? Lui aussi, il avait profondément subi l'influence des études orientales qui commençaient à entrer par la

Page 1