CHAPITRE DIXIÈME
Traduction de la bible en langue an: et de son interprétation individuelle.
Jean-Baptiste: Avant de terminer cette longue veillée, vous ne trouverez pas mauvais, Mr le colporteur, que je vous soumette quelques considérations sur les traductions de la bible én langue vulgaire et sur le droit que s ’arrogent les protestants de l’interpréter par le à jets qu’en portera chaque individu.
1 par suite des émotions que vous avez du éprouver perdant notre discussion, votre somineil était troublé, vous y trouverez peut-être un sujet de réflexiOns qui vous rendra moins pénibles les heures d’insomnie.
Le colporteur : Qu ai-je besoin de vos réflexions sur ce sujet? Est-ce que la bible ne doit pas être mise entre les mains de tous les chrétiens ? Et, pour qu'on puisse la lire, ne faut-il pas qu'elle soit traduite dans le langage que chacun comprend ?
Jean-Baptiste : Vous ne devez pas oublier, Mr le colportenr, que nous sommes convenus que toutes les preuves de notre discussion devaient être tirées de la hible.
Je dois donc exiger de vous de me fournir un ou idee passages de la bible qui prouvent qu'étant
ropriété de tous, il faut la traduire dans toutes is angues pour la mettre à la portée de tous. Ce que je vous défie de prouver, par un seul texte clair et précis. Vous devez vous souvenir que, déjà, je vous ai porté ce défi. |
otre avancé d'ailleurs est parfaitement .Aux. de vais vous le démontrer et, si vous êtes sincère, vous allez en convenir. Veuillez répondre aux die suivantes :
PE vd VC À p Fe. .
Tous les biens temporels d’une famille lui appar- l. tiennent-ils ? | à
Le colporteur : Oui, sans aucun doute.
Jean-Baptiste: Vous avez bien répondu. Mais, du fait que tous les biens temporels d’une famille lui appartiennent, en conclurez-vous qu'ils doivent être placés entre les mains de chacun des membres de cette famille, à quelque âge qu’il puisse être ou quelque degré d'intelligence qu’il ait, ait la liberté d’administrer et de faire l’usage qu’il voudra de la portion des biens qui lui appartient ?
Le colporteur : Vous ne peuvez supposer que je sois assez peu raisonnable pour soutenir une telle frlie. | Jean-Baptiste: Je vous remercie de votre réponse. On voit que vous avez lu la parabole de l’enfant pro- 1 digue dont parle saint Luc. (chap. 16.) Vous allez voir
ce que je vais faire de votre réponse.
Admettons que, sous nn certain rapport, la bible soit la propriété de la grande famille humaine. Mais admettons aussi, nécessairement qu’une partie nolable de la famille humaine peut et doit même être comparée à desenfants en bas âge, sans instruction et sans intelligence et, par consequent, incapable d’administrer convenablement la partie des biens de la
artie des biens de la famille qui lui sont échus, ou ’en connaître le prix. Il y aurait donc imprudence et folie de confier l'administration de ces biens à cette partie notable de la grande famille humaine. Mais? entre tous les biens, il faut convenir qe la bible est , le plus précieux et, par conséquent, celui de tous qui
doit être administré avec le plus d'intelligence et de sagesse, d’où il faut conclure. 1° que la bible ne peut être mise entre les mains de tous les individus sans distinction; d’où il faut conclure, 2° que de même que les biens temyorels d’une famille ne doivent “être mis: entré les mains de. chacun des individus
e la famille, mais entre les mains des chefs qu
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pour les administrer et en faire part à chacun des mènbres de la famille selon ses besoins. De même aussi la bible, le bien de la grande famille humaine, ne-peut être mise entre les mains de chaque individu, auquel vous le livrez pour la lire, l’interpréter, la cominenter, selon qu'il le jugera convenable ou, plutôt, selon ses caprices, ses intérêts et le besoin de ses passions, mais entre les mains des chefs de cette grande famille humaine. Mais, comme il est ici question des biens religieux, il s'ensuit que la bible, qui renferme en général, les moyens d'obtenir ces biens doit être laissée entre les mains des chefs religieux de cette grande famille, parce que, seuls, ils ont mission de les expliquer, de les comprendre, et de distribuer les biens qu'ils renferment à chacun des membres de cette famille selon la mesure du don de Jésus- Christ. (Eph. chap. 4, v. 7.)
C'est évidemment ce que veut dire saint Paul, ( Ephés. chap. 4, v. 11-12, &c.) par ces paroles : « Lu. «même (Jésus-Christ) a donc donné à son Eglise, « quelques-uns pour être apôtres, d’autres pour être
« prophètes, d’autres pour être évangélistes, d’autres
« pour être pasteurs et docteurs, afin que les uns etles « autres travaillent à la perfection des saints, aux « fonctions de leur ministère, à l'édification du corps « de Jésus-Christ jusqu’à ce que nous parvenions tous « à l'unité d’une méme foi et d’une même conpaissance « du Fils de Dieu. Afin que nous ne soyons us COM- « mêdes enfants, comme des personnes flottantes, et « qui se laissent emporter à tous les vents des opinions « humaines... » |
Le colporteur : Est-ce qu’il ne nous serait pas permis de lire la bible traduite en notre langue ?
Jean-Baptiste : Je ne nie point qu’une traduction de la bible, en langue vulgaire, ne puisse être mise entre les mains de certaines personnes laïques. Nous avons un Nouveau Testament traduit par Monseigneur Baillargeon et qui est en vente chez les librai-
res. Mais ce que je nie c’est qu’il soit libre, à quiconque le voudra, de recevoir et de lire une traduction de la bible dépourvue de témoignages capables d’ôter tout doute sur l'intégrité, la fidélité et la parfaite orthodoxie du traducteur.
C'est la raison qui a déterminé Monseigneur Baillargeon à soumettre sa traduction du Nouveau Testament au tribunal de l'Eglise romaine. Ayant
reçu du Souverain Pontife le témoignage que sa-
traduction était conforme à l'original et accompagnée de notes explicatives, la conscience des Catholiques qui la liront est en sureté, moyennant toutefois certaines restrictions que l'on trouve dans l'index publié à la tête de ce volume.
Une comparaison, tirée des garanties qu’on exige pour ies titres qui servent de bâses aux jugements, dans les choses humaines, va vous faire toucher du doigt la fausseté de votre grand principe protestant sur la bible, sa propagation®et la manière de l’intérpréter. Suivez-moi.
Le colporteur : Auriez-vous la pensée de nous contester le droit d'entendre la bible selon notre jugement ?
Jean-Baptiste : Non seulement j'ai la pensée, mais crcore la volonté de vous prouver que vous n'avez pas ce droit.
Veuill@ime dire ce que c’est que la bible.
Le colporteur : La bible a deux parties, l’une que Feu appelle l'Ancien Testament, et l’autre, le Nouveau Testament. |
Jean-Baptiste: Veuillez maintenant me dire de qui viennent ces deux Testaments. |
Le colporteur : Vous le savez comme moi. Ils nous’
viennent de Dieu.
Jean-Bantiste : Puisque ce sont des Testaments, il
est essentiel de les ME A selon la règle que l'on : des testaments. De plus. vous me dites que ces Testaments viennent de Dieu, où
suit dans l’interprétatio
que c’est Dieu qui a fait consigner dans certains écrits ce qu'il voulait faire connaitre à ses créatures de-
. meurant en ce bas monde.
Suivant cette simple donnée, je dois être en droit de conclure que Dieu, la souveraine sagesse. n’a pas dû laisser l'interprétation de son Testament à la volonté de chaque individu. Les hommes, dont la sages est si courte, n’ont pas jugé à propos d’en agir
e la sorte, pour ce qui regarde l'interprétation d’un testament fait par l’un d’entre eux. "
‘| Pour le moment, ne jugeons donc la question que * nous traitons, que d’après la règle suivie pour l’interprétation des testaments faits par des hommes et regardant des intérêts humains. Il me semble que vous n'aurez point le droit de me trouver trop exigeant, si je ne demande pour interpréter le testament d’un Dieu, que les règles de sagesse et de prudence qu'on a établies pour interpréter et authentiquer les testaments faits par les hommes.
Pourlasureté des intérêts humains, tous les peuples. civilisés regardent comme sacrés, uon seulement le testament, mais encore et surtout les volontés et les intentions d’un testateur. Aussi, quel respect, quelle attention, quelle scrupuleuse réserve n’apporte-t-on pas quand il est question de savoir quel sens il faut donner à chaque parole et à chacune des clauses d’un testament.
S’élève-t-il quelque contestation entre les héritiers d’un testateur, que fait-on, Mr le colporteur ? Laisset-on les héritiers se disputer entre eux et juger par eux-mêmes du sens qu’il faut donner aux paroles du Testateur ? Jamais une telle idée n’est entrée dans la tête d'un homine de bon sens. Au contraire, toutes les nations civilisées ne sont-elles pas d’accord pour refuser aux individus le droit d'interpréter un testament? N'ont-elles pas réglé qu’un contrat de cette: importance devait être interprété par une autorité légalement établie et par des hommes placés en dehors
de ceux qui sont intéressés dans un testament ? N'y aurait-il donc que lé testament d'un Dieu qui serait laissé à l'interprétation des individus de tout âge, de tout sexe, de toute condition? [es hommes, préposés à la garde des intérêts de ce monde, exigeraient de ceux qui doivent juger des volontés d’un testateur humain, de longues et profondes études sur la juris- Ent éton laisserait lé testameut d'un Dieu à
interprétation d'hommes et de femmes qui non seulement n’ont pas étudié les sciences sacrées, mais dont un grand nombre n'entend même pas tous les mots de la langue qu'il parle. [es sociétés humaines auraient cru nécessaire d'établir dee hommes intelligents, instruits, probes, intègres, AA Ur | pour interprêter le testament d'une créature humaine, traitant d'intérêts purement humains, et Dieu,er donnant son testament à ses créatures, leur aurait laissé le droit d'en juger comme bon leur semblerait, et il n’aurait pas établi un tribunal religieux pour leur en donner l'interprétation ? Peut-on seulement supposer qu'il en peut tre ainsi, sans renier toutes les lois du bon sens ?
Le bon sens seul condamne donc sans appel le grand
principe protestant d'expliquer la bible ou le Testament d'un Dieu par la raison individuelle.
Dans son Encyclioue du 15 Aôut 1832, le Souverain Pontife, Grégoire XVI, rapporte ces paroles de saint Jérôme. « Ce que saint Jérôme déplorait déjà de son «temps, on livre l'interprétation des Ecritures au « babil de la bonne femme, au radotage du vieillard « décrépit, à la verbosité du sophiste, à tous, ajoute Gré- « goire XVI,de toutes conditions, pourvu qu'ils sachent « lire, et ce qui est encore plus absurde, et A « inouï, on lie refuse pas cette commune ‘intelligence « aux peuples infidèles ! » a
Mais ce n'est pas tout. Que dire des traductions de la bible en langue française, allemande, anglaise, &e., faites par les sociétés bibliques? Sur ce sujet de la plus haute importance pour le salut des hommes, peut-on rien imaginer de plus téméraire ?
Quelle garantie avez-vous, Mr le rolporteur, que le traducteur de la bible que vous lisez a fidèlement rendu le sens de l'original? N'est-il pas à craindre qu'@ait fait comme Luther, qui n’a pas cherché le véritable sens de la bible, mais l’a accommodé à sa doctrine, comme l'a démontré Dollenger, dans son livre: La réforme? Vos bibles, traduites par quiconque veut s’en donner la peine, sont-elles collationnées sur l'original ? Sontelles approuvées, comme celle de Monseigneur Bail- ‘ Jargeon, par untribunal établi pour en juger avec
autorité ?
Le colporteur : Luther nous a affranchis de toutes ces rubriques qui gènent la diffusion de la sainte parole de Dieu.
Joseph Lami: Vous devriez dire: dont l’omission fait connaître que vous ne mettez aucune importance dans une chose d’où dépenuent le salut ou la perte des âmes. Puisque un mot mal traduit peut contenir une erreur, ou un faux principe, qui jetterait votre liseur qe bible en dehors de la voie du salut. |
Jean-Baptiste: Une traduction de la bible est donc une chose de la plus grande importance, puisque le sens d’un seul mot de l'original ou de la véritable bible, mal rendu est un attentat contre Dieu à qui on fait dire une chose qu’il n’a point dite,ou le contraire de ce qu’il a dit. Delà le soin tout particulier qu'a toujours eu la sainte Eglise catholique de ne jamais permettre à ses enfants la lecture d'une traduction de la bible qui n’était pas revêtue de l'approbation de quelqu'un de ceux dont elle connaît la science, et la parfaite ortodoxie. Delà encore, cette règle qu'elle a constamment mise en pratique, de condamner toute traduction qui ne portait pas cette garantie, et d'en interdire la lecture à ses enfants. |
Quel est l’homme qui sait juger des choses et osera lui faire un reproche, du soin qu'elle preud pour conserver l'intégrité de la sainte parole de Dieu? Qui l’accusera d’intolérance, parce qu’elle défend à ses
enfants de lire une bible qui n’est pas revêtue d’un émoignage recevable et garantissant que la traduction est parfaitement fidèle ? Car, n'est-il pas évident que da@ aucune cour de justice on ne recevrait un testament ou un contrat quelconque, dont une coie serait présentée, sans être revêlue du certificat
‘un homme spécialement chargé de ve soin ? Par le fait qu'une telle copie ue porte point cette garantie, n'est-elle pas rejetée comme fausse et indigne de faire foi dans les jugements humains ? Quel est le juge qui ne se trouverait pas offensé si on lui présentait une telle copie ? Quelle foi ajouterait-il à ce que contiendrait un tel document ? Et puis, on voudrait faire accepter à des catholiques, comme étant la parole de Dieu, des traductions ou copies de la bible qui ne porteraient pas les garantiês qu’on exige pour un écrit quelconque. quand il. est question d'intérêts humains ?
Tout homme sensé, qui aura lu et compris ce que je viens de dire, ne devra-t-il pas en conclure, 1° que e Testament d'un Dieu ne peut être livré à l’interprétation du premier venu sans manquer gravemeit au respect qui est dû au divin testateur; 2° que c’est tromper indignement ceux à qui on vend ou donne une bible protestante, toutes les fois que cette bible n'est point traduite dans son intégrité; 3° que c'est s’exposer volontairement à commettre un attentat contre la parole de Dieu quand on cherche à propager une traduction de la bible qui n’a pas été approuvée ar une autorité qui a mission pour juger que le sens e la véritable bible y est parfaitement rendu ; 4 Enfin la Bible étant un livre divin, contenant des principes divins, une doctrine divine, les règles d’une morale divine, c'est-à-dire au dessus de la raison et de l'intetligence humaine, sa traduction ou son inter-
prétation ne peut appartenir qu’à une autorité divinement établie, de la même manière que l’interprétation d’un testament fait par l’homme est du ressort d'une autorité humaine, légitimement établie. .