SCÈNE VI
Les Mêmes, FAUST. ( Faust s'avance.) méphisto, <i part.
Je crois que je peux te laisser aux prises avec ta Marguerite. (Haut.) Hé bien! Faust! Es-tu heureux? remontes-tu sur ta bète, ma vieille?
FAUST
Non! tu sais bien qu'il n’y a qu’une chose qui me remonterait.
MEPHISTO.
Quoi ?
FAUST
C’est... Tu ne pourras pas...
. MKPHISTO.
Dis. (Il échange un signe arec Marguerite.)
FAUST
Non, c’est trop difficile.
MÉPHISTO
Dis toujours.
FAUST
lié bien, je voudrais... non... c’est impossible.
MÉPHISTO
Va donc!
FAUST
Je voudrais une femme à moi tout seul. ( Mouvement de Méphisto.) Oli ! je sais bien que je te demande le nec plus ultra des choses possibles... Je sais bien que, si tu pouvais faire cela, tu enfoncerais tous tes confrères ; mais c’est un tic, une manie... malgré moi je tombe dans le lyrisme... Oh! avoir une femme à soi tout seul... toujours la même... s’éloigner de ce proverbe normand qui dit que changement d’herbage réjouit les bœufs... vivre à deux... toujours à deux !...
MKPHISTO.
Triple fou! mon bon maître. Tu crois donc que ces amours-là dureraient longtemps?
FAUST
Longtemps?... mais toujours... ce serait l’éternité...
MÉPHISTO
L’éternité! (Haussant les épaules.) Quatre saisons...
Quatre saisons...
MÉPHISTO
Écoute :
Dans l’ombre d’un rêve On la voit un jour,
Soleil qui se lève,
— Printemps de l’amour.
Le rêve se change En réalité.
Dans vos bras un ange S’endort. — C’est l’été !
On craint, on soupçonne...
Si vous me trompiez!...
— Les feuilles d’automne Tombent à vos pieds.
On cherche une trace Sur le gazon vert...
La neige l’efface...
Plus rien! — C’est l’hiver!...
Tais-toi... démon... tu ne me feras pas douter d’elle... Je la veux ! je la veux ! je la veux !...
MEPHISTO.
(A part.) Naturellement! (Haut.) C’est la dernière chose que tu me demanderas ?...
FAUST
Oui...
MEPHISTO.
La voici... (Il se tourne du côté de Marguerite.)
FAUST
Cette jeune fille!
MÉPHISTO
Oui, cette jeune fille.