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CHAPITRE II LE SOL, LES ENGRAIS, L'EAU

Art. I. — Sol, amendements, engrais, paillis.

La composition du sol a la plus grande influence sur le développement des plantes ; aussi les personnes qui veulent créer un jardin doivent-elles faire des sondages profonds dans le terrain qu'elles se proposent de mettre en culture afin d'arriver à connaître la nature de la terre végétale, ses qua-

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lités physiques, sa richesse en éléments minéraux et. en humus, son épaisseur et la constitution du sous-sol.

Si le sol est peu profond, si le sous-sol est crayeux, argileux ou formé de roches, il sera tout à fait impropre à la culture des arbres.

Dans la pratique, on divise généralement les terres en quatre catégories principales :

Les terres argileuses, qui contiennent au moins 2u à 40 p. 100 d'argile; elles sont imperméables, ont l'inconvénient de retenir l'humidité, de se durcir et de se fendiller par la sécheresse.

Elles sont froides, très difficiles à travailler et peu favorables à la culture. La décomposition des fumiers s'y opère lentement et d'une manière irrégulière. On les améliore en les drainant et en leur donnant de copieuses fumures, dis marnages et des chaulages.

Les terres siliceuses (sableuses), qui sont faciles à travailler, mais qui redoutent la sécheresse; les engrais que l'on y met se trouvent rapidement entraînés par les eaux pluviales ou d'arrosages, qu'elles laissent trop facilement écouler. Elles sont brûlantes l'été, froides l'hiver ; elles sont généralement peu fertiles et doivent être améliorées par d'abondantes fumures. La chaux est l'élément minéral qu'il convient généralement de leur ajouter.

Les terres calcaires, qui ont pour base la chaux (carbonate de chaux). Les terrains où la chaux domine ne conviennent qu'à un très petit nombre de plantes, que, pour cette raison, on qualifie de calcicoles; on appelle, au contraire, plantes calcifuges celles qui ne peuvent croître ou qui se développent mal dans ces sortes de sols : il importe donc de ne planter dans les terrains calcaires que des plantes qui puissent y prospérer. Froides et boueuses en hiver, elles sont brûlantes et sèches en élé. Mélangée dans des proportions suffisantes avec du sable et de l'argile, la chaux forme un sol qui convient parfaitement à -la culture; elle est très soluble et contribue puissamment à activer la végétation, si on la mêle à une terre plus forte. Les

terres calcaires ne renferment en général qu'une proportion

insuffisante d'azote et de potasse.

Comme on vient de le voir, ces diverses sortes de terres ont

chacune leurs qualités et leurs défauts. Pour un jardin, le

sol le plus convenable devrait être formé de leur mélange, de

manière que ces qualités et ces défauts se compensent

réciproquement (amendements).

La terre franche peut être considérée comme représentant

l'association la plus parfaite.

Après avoir été convenablement travaillée, amendée et

fumée, la terre de jardin devient moins compacte; on lui

donne alors le nom de terre meuble ; sa fertilité est très

grande.

Terrains humiféres. — L'humus naturel constitue la partie

organique du sol; c'est une matière brune qui résulte de la décomposition spontanée des êtres organisés qui, après leur mort, rendent à la terre des matériaux que s'assimilent les plantes. La composition de l'humus est variable, car, sous l'influence des agents atmosphériques et de l'eau, il va se décomposant de plus en plus, quand il ne se renouvelle pas par l'adjonction de nouvelles matières organiques; c'est un mélange de composés hydrocarbonés à divers états d'oxydation et dans lequel les proportions de carbone, d'hydrogène, d'oxygène et d'azote sont variables. Il est peu abondant dans la nature à l'état pur, mais la terre végétale en contient toujours une certaine quantité : le terreau de nos jardins n'est pas autre chose que de l'humus mélangé avec des matières argileuses, calcaires, siliceuses, etc. Son rôle est des plus importants, car il est le principal agent actif de la végétation. C'est lui qui constitue la base de la terre de bruyère, de la terre tourbeuse et du terreau de feuilles, où il se trouve, sous forme d'une sorte de terreau résultant de la décomposition des détritus de plantes à la surface du sol.

La terre de bruyère a des emplois nombreux en jardinage ; elle se décompose lentement et laisse facilement écouler l'eau : aussi convient-elle à un grand nombre de plantes. La

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terre de bruyère siliceuse, dans laquelle le sable domine, est, au point de vue horticole, supérieure aux terres de bruyères silico-argileuses ou tourbeuses.

La terre tourbeuse a pour principaux inconvénients d'être compacte et peu perméable. On l'améliore par l'addition de sable; elle peut alors remplacer la terre de bruyère dans les régions où celle-ci est rare ou d'un prix trop élevé.

Le terreau de feuilles se forme dans les bois; il est constitué par le produit de la décomposition des feuilles des arbres associé à d'autres débris organiques et a la courbe superfi- , cielle du sol. Sa composition chimique varie selon la nature d p s feuilles qui le produisent; il est riche en humus, très perméable et de plus en plus recherché par les horticulteurs à cause de ses propriétés physiques et chimiques.

Engrais organiques. — Les engrais organiques sont formés de débris de toutes sortes, d'origine animale ou végétale, qui, par leur décomposition, donnent naissance à des principes fertilisants assimilables par les plantes, dont les principaux sont l'azote, l'acide phosphorique el la potasse.

Le fumier de ferme est un mélange des déjections, des litières des animaux et des résidus d'une exploitation ; sa richesse en éléments fertilisants est très grande, mais elle varie avec le genre d'animaux qui le produit. D'après MM. Mùntz et Girard, sa composition moyenne serait la suivante :

Azote o,47 p. 100.

Aride phosphorique 30 —

Potasse Q 52

Le fumier frais de cheval et d'âne convient parfaitement pour les terres fortes et froides qu'il divise et échauffe; lorsqu'il commence à se décomposer et qu'il devient plus onctueux, plus gras, il est préférable pour les terres légères. C'est le fumier de cheval qui sert à faire les couches dont il sera question dans un autre chapitre et que les horticulteurs utilisent comme source de chaleur. Ce fumier, mis en las, entre eu

fermentation et produit une élévation de température considérable.

Le terreau est le produit résiduaire de cette fermentation; il a toutes les propriétés physiques de l'humus et est d'une richesse extrême en éléments fertilisants.

Le fumier de vache, froid et gras, convient surtout aux terres légères, auxquelles il donne la compacité qui leur manque.

Le fumier de mouton a les qualités physiques du fumier de cheval, mais il est plus riche en éléments fertilisants.

Le fumier de porc est froid comme le fumier de vache, mais est beaucoup plus riche en principes fertilisants.

Le fumier de volailles et de lapins est très chaud.

On emploie encore comme engrais : les excréments humains, qui entrent dans la fabrication de beaucoup d'engrais commerciaux, notamment de la poudrette et du noir animalisé ; le guano ou matières fécales d'oiseaux, dont l'action est puissante, mais qui est souvent sophistiqué, etc.

Il est nécessaire de ne rien laisser perdre de ce qui peut concourir à former du fumier; pour cela, on accumulera dans une fosse à fumier, disposée à cet effet, et masquée par une rangée d'arbrisseaux, tous les détritus de maison, os, chiffons, cendres, etc., ainsi que les feuilles d'arbres, les herbes qui ne portent pas de graines, etc. Il faut éviter d'y mettre des plantes atteintes par des maladies dues à des champignons parasites, dont les spores se trouveraient par ce fait répandues dans toutes les parties du jardin qu'elles contamineraient.

Engrais chimiques. — On désigne sous le nom d'engrais les substances qui fournissent les principes fertilisants les plus nécessaires aux récoltes et qui se trouvent en quantité insuffisante dans le sol. Les principaux sont : Y azote, Y 'acide phos})horique, la potasse et la chaux.

Les engrais artificiels formés de ces substances sont désignés sous le nom d'engrais chimiques et employés comme complément du sol et adjuvants du fumier, lorsque la composition chimique des plantes mises en culture en indique la nécessité.

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L'emploi des engrais chimiques en horticulture est encore exceptionnel ; mais il y a tout lieu d'espérer qu'une connaissance plus étendue des besoins des plantes et l'emploi judicieux des substances fertilisantes produiront des résultats aussi remarquables que ceux qui ont été obtenus en agriculture. Faillis. — Le paillis est un fumier pailleux à demi décomposé, que l'on étend sur le sol, en couche peu épaisse, afin de maintenir sa fraîcheur en mettant obstacle à l'évaporation de l'eau qu'il contient, et à empêcher le tassement de la terre par l'eau des arrosages. On se sert également du paillis pour préserver certains fruits, Fraises, .Melons, etc., du contact du sol.

Art. II. — Eau. arrosements.

L'eau est nécessaire aux plantes : elle leur fournit leur eau de végétation et sert de véhicule aux éléments nutritifs dont elles ont besoin pour se développer. Sa composition chimique est variable. Sans elle, pas de culture possible; aussi est-il indispensable qu'on puisse se la procurer facilement.

La meilleure eau pour les arrosements est Veau de pluie, h cause des principes dont elle se salure en traversant l'atmosphère. Elle est très peu chargée de sels minéraux et doit être par conséquent préférée à toute autre pour arroser les plantes qui ne peuvent tolérer le calcaire : Bruyères, plantes épiphytes, etc. On devra l'employer lorsqu'on pourra en recueillir en assez grande abondance dans des réservoirs placés à cet effet sous les toits.

Les eaux courantes, de ruisseaux ou de rivières sont généralements bonnes; elles contiennent des matières organiques en proportion avec la quantité d'immondices qu'elles reçoivent, et des matières minérales en rapport avec la nature du lit dans lequel elles coulent.

Les eaux de mares, corrompues par la décomposition des animaux et des plantes qui les peuplent, conviennent également pour les arrosages.

i6 LA CRÉATION ET L'ENTRETIEN DU PETIT JARDIN.

Les eaux de puits sont les plus mauvaises, quoique les plus employées; elles sont généralement froides, plus ou moins chargées de sels minéraux nuisibles aux plantes ; enfin elles ne sont pas assez aérées ou oxygénées. Lorsqu'on n'aura pas d'autre eau à sa disposition, on pourra remédier à ce dernier inconvénient en la laissant exposée à l'air quelque temps avant de s'en servir.

Lorsque les pluies font défaut, les plantes doivent être, non seulement arrosées, mais bassinées.

Le bassinage consiste à projeter sur les plantes, à l'aide de pulvérisateurs ou d'arrosoirs à pomme fine, de l'eau qui, non seulement lave les feuilles et facilite les fonctions respiratoires et transpiraloires en désobstruant les stomates (petites ouvertures ménagées dans les parties aériennes et par lesquelles se font les échanges de gaz entre l'atmosphère et les plantes), mais leur restitue en outre l'humidité qui leur est indispensable après une transpiration excessive.

11 importe d'arroser les plantes proportionnellement à leur degré d'activité végétative. Pendant la période du repos de la végétation, qui est surtout très accentuée pour ' les plantes bulbeuses ou tubéreuses, les arrosements doivent être, sinon complètement suspendus, du moins très modérés.

En été, on arrosera de préférence le soir, car l'eau répandue dans la journée s'évaporerait avant d'avoir pénétré dans le

sol.

En hiver, il esl préférable d'arroser le matin ou dans le milieu de la journée, l'humidité excessive pendant les nuits froides de cette saison étant des plus préjudiciables aux plantes.

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