COMMUNIANT
Jeune communiant, où vas-tu? — Où vas-tu, tout de neuf habillé, avec ton brassard de satin blanc à franges d'or et ton cierge à la main, — ainsi que te représente l'affiche d'un magasin d'habillements? Où vas-tu, les cheveux frisés, la joue rose d'émotion? — Heureux communiant !
Tu me rappelles une époque et des sensations déjà lointaines. Je revois des bagues, des chapelets bénits, des images sur papier à dentelle représentant des anges, des vases, des cœurs percés, des brebis, des chemins bordés de lis. Le lis est la fleur favorite du catholicisme. — Et moi aussi, j'ai été semblable à toi, jeune commuxiiant! Qui sait? j'ai peut-être été plus rayonnant que toi, ce qui te semble difficile à croire. Tu xi'as qu'un joli gilet rond ou une redingote; moi, j'avais un habit. Entends-tu, un habit, à onze ^ns! Et quel habit! En lasting bleu! Le lasting, étoffe inconnue à la génération actuelle !
Un beau jour, certes, que le jour de la première communion ! Le premier jour de triomphe de l'enfant! Le jour où les cloches sonnent pour lui, où l'autel s'allume pour lui, où l'encens fume
pour lui, OÙ l'orgue chante pour lui! Un jo longuement et attentivement préparé par la fa mille et par Téglise, — l'église, cette premier»' poésie et cette première crainte !
Et moi aussi j'ai eu le sentiment de ma puret absolue! Moi aussi j'ai eu au front cette fiert souriante qui vient de l'âme sanctifiée. Comm toi — jeune communiant — j'ai cru, pendan vingt-quatre heures, que je n'appartenais plus à la terre.
Cette impression, qui guette et attend l'esprit à peine au sortir de l'enfance, comme dit la romance de Josephy — est une de celles auxquelles on ne se soustrait pas. Au fond, la vie ne se compose que de cinq ou six grandes dates, pas davantage. La première communion est une d ces dates.
Jeune communiant, où vas-tu?
ÏLÉGRAPHIE ÉLECTRIQ.UE
^^\as vivons dans un siècle pressé.
**^p! hop! Housch! housch! comme il est dit *^^^ la ballade de Lénore.
^^ rogne tout; on économise principalement ^^^ la parole. De là le succès de la télégraphie ^^^ctrique. C'est Tidéal du genre. Plus d'article, P*^s de pronom, plus d'adjectif; rien de ce qui est ^ chair et le sang de la phrase.
XDu monde des affaires, le style télégraphique .^t: destiné à passer dans la littérature. Je vois ^ci les romans de l'avenir, ^oici d'abord le roman d'aventures, ^elle matinée de printemps.
Oavalier enveloppé d'un manteau.
. X.ui, baiser fréquemment mèche de cheveux ^^nds.
-Avoir quitté jeune fille aimée. Promettre ma- "^^ge. Pas tenir parole.
"TTout à coup, autre cavalier, enveloppé dans ^^^tre manteau.
^Frère d'Edvsrige.
^Furieux I Pas entendre raison; vouloir se battre. Ipées reluire.
-Pif!
— Paf !
Maréchaussée accourir. Au nom du roi.
fermer eux dans prison d'État.
Passons maintenant au roman contempor intime et bourgeois.
Salon riche.
Minuit à la pendule.
Au dehors, voiture qui s'arrête.
M. G. Dubonte-Abba rentre du cercle.
Légèrement ému.
Cinquante-huit ans. Teint écarlate. Nez ép; Oreilles moussues.
Aflfreusement bête.
Gi Dubonte-Abba pousse cri.
Devant lui, sa femme, l'attendant.
— D'où venez- vous?
— Du...
— Ce n'est pas vrai ! Lettre mise sous les yeux Pincé, Dubonte-Abba.
— C'est de votre maîtresse !
— Non...
— Et signé.
— Comment?
— Tuyau'de-conduite.
Evanouissement de Dubonte-Abba.
. Le roman historique, avec des considérati sociales.