COUR D'ASSISES
Après la situation d'accusé, il n'en est cas d^ plus difficile que celle de témoin de cour d'as sises.
Tous les yeux sont fixés sur vous. Le présiden a Tair de vouloir vous manger.
Pas d'indifférents, comme au spectacle.
Tout le monde attend votre déposition ave anxiété; chacun est suspendu à vos lèvres.
Il se peut que vous n'ayez rien d'intéressant à révéler à la cour. Vous connaissez à peine Tac cusé. vovtô l'avez rencontré deux fois, il vous donné du feu pour allumer votre cigare. Voil tout.
Vous vous disposez à révéler ces faits le plu simplement du monde, d'un ton de voix mesuré vous ouvrez déjà la bouche...
— Prenez garde à ce que vous allez direîs'écri le président.
Le trouble vous saisit.
Vous regardez autour de vous ; la salle com-^ mence à emprunter des oscillations de chaloupé à la mer.
COUR d'assises. 177
C'est bien pis, si un avocat vient à proférer ces paroles :
— La déposition de ce témoin est de la dernière importance... Je prie MM. les jurés de vouloir bien lui prêter toute leur attention !
La dernière importance? Votre déposition!
Serait-il possible? Vous commencez à devenir lagard.
Vous balbutiez.
— Hein? dit le président en faisant de sa main "Un cornet à son oreille.
Vous vous embrouillez.
Un juré, placé sur les derniers bancs, interl'ompt avec une nuance d'impatience.
— Monsieur le président voudrait-il inviter le témoin à hausser un peu la voix? On n'entend absolument rien.
Vous recommencez.
Un autre avocat se lève :
— Ah çà! le témoin dit aujourd'hui tout le c^ontraire de ce qu'il a raconté devant le juge d'instruction !
Vous pâlissez.
De sourds murmures parcourent l'auditoire.
On vous regarde de travers.
— Il est acheté..., dit-on à d^mi-voix; acheté... Quelquefois on requiert votre arrestation.
Ne souhaitez jamais d'être témoin de cour d'assises !
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