BOULEVARD DU TEMPLE
Autrefois, le boulevard du Temple était un centre inouï de vie et de tapage.
Tout change, tout périt, tout se transforme!
Si Ton remonte à deux siècles seulement, on trouve des moulins à vent sur l'emplacement du Château-d*Eau; des fossés, des glacis et des contrescarpes à l'endroit où s'élève la caserne. Ce n'est que sous le règne de Louis XV que s'accomplit la formation du boulevard du Temple.
Les salles de spectacle, les guinguettes, les cafés y poussèrent bientôt comme des champignons; la vogue s'en mêla; on abandonna le jardin des Tuileries, on déserta le Palais-Royal.
Tous les jeudis, particulièrement, deux longue files de voitures allant au pas sillonnaient le bou — levard du Temple et offraient au:^ regards le^ plus jolies femmes, faisant assaut de toilettes et^ de coquetterie. Les petits-maîtres, en habit da^ taffetas rayé de toutes les couleurs, se promenaient à pied entre ces équipages. — Le bon toi>
LE BOULEVARD DU TEMPLE. l8l
é'teiit alors de tenir à la main des pantins et de s *^ muser à les faire mouvoir; des gens de tous i^ ^ âges et de tous les rangs s'occupaient à ce jeu. On s'arrêtait du côté des théâtres, où les allées ^'tsi.ient couvertes de chaises; on prenait des raichissements, — on écoutait la vielleuse.
>ous la Révolution, sous l'Empire, sous la istauration, le boulevard du Temple continua ^'accroître. Il atteignit à son apogée pendant le xivemement de Louis-Philippe. Je l'ai vu pour IsL jDremière fois en 1846, et l'impression que j'en ^eçus est encore vivante comme alors. C'était ^Vi matin au soir une cohue, un bruit, un champ ^^ foire, une kermesse.
Ils étaient six théâtres, à côté les uns des
^u.-tres : le Cirque, la Gaîté, les Folies-Drama-
^iqvies, les Délassements-Comiques, les Funam-
^^les et le Petit-Lazari. Comme monuments, ils
'^^'si-vaient aucune apparence; quelques-uns même
^tetient ridicules. Vers six heures, les queues
^ Organisaient, allongeant et contournant leurs
"^^neaux sous le regard paternel d'un municipal.
En ce temps-là, on cite un billet charmant de
-^-^^turau à George Sand. L'illustre romancière
^"^eiit envoyé demander des nouvelles du célèbre
'^itne, tombé dans une trappe pendant une re-
P^^^sentation des Epreuves, Voici en quels termes
^^cjuis lui répondit Deburau :
«^ Je ne sais, madame, comment vous exprimer "^^ reconnaissance. Ma plume est comme ma
iSa LE PETIT PARIS.
voix sur la scène, mais mon cœur est comme n visage, et je vous prie d'en accepter l'express sincère. »
Marivaux n'aurait pas dit mieux.
ACADEMICIENS
-^^^Xandre Dumas n'aimait pas l'Académie franç^igg g|- ^ détestait cordialement les académici^xis — en masse.
" "ïi'a jamais manqué une occasion de leur prouver son antipathie, soit dans ses Mémoires, soit itiême à la scène, comme dans son drame de ^^^te-Cristo, où, au milieu des situations les ^^Us violentes et les plus pathétiques, il a trouvé P*^ce pour l'entretien suivant.
On est dans un salon du grand monde.
-Ce fils de la maison, Albert de Morcerf, désigne ^^ comte de Monte-Cristo la plupart des célé- ^^tés du jour.
MONTE-CRISTO
. ••... Et ce monsieur qui a eu la singulière idée ^ ^'affubler d'un habit bleu brodé de vert, quel '^Ut-ilêtre?
ALBERT
Oh! mon Dieu, le pauvre homme, ce n'est pas li^^ cjui a eu l'idée de s'affubler de cet habit-là!,., ^^t la République qui a prié David de dessiner ^^ costume pour les académiciens.
ld4 LE PETIT PARIS.
MONTE-CRISTO
Ah! vraiment! ce monsieur est académicien Laissez-moi voir, s'il vous plaît. Et quel est soi mérite, sa spécialité?
ALBERT
Sa spécialité? Je crois qu'il enfonce des épingle: dans la tête des lapins, et qu'il repousse avec de: baleines la moelle épinière des chiens.
MONTE-CRISTO
Et il est de l'Académie des sciences pour cela
ALBERT
Non pas, de l'Académie française.
MONTE-CRISTO
Mais qu'a donc à faire l'Académie française ) dedans?
' ALBERT. f
Je vais vous dire, il paraît... J
Que ses expériences ont fait faire un granf à la science, sans doute?
ALBERT
Non; mais il écrit en fort beau style. J
MONTE-CRISTO. i
Ah! ah! voilà qui doit flatter énorn
MONTE-CRISTO
ACADÉMICIENS. l85
Tamour-propre des lapins à qui il enfonce des épingles dans la tête, des chiens dont il repousse la moelle épinière...
Il se peut que le passage soit de M. Auguste Maquet, le collaborateur de Dumas dans Monte- Cristo,
Pourquoi M. Maquet n'aurait-il pas, lui aussi, des griefs contre l'Académie française?