CHAPITRE VII
la dignité du travail. — Deux illustres portefaix
Ce ne fut pas tout encore, et un troisième métier ^ supplémentaire ne tarda pas à s'adjoindre aux deux pre-
miers.
En allant un jour faire un tour sur le quai, Stephenson y avait rencontré un jeune ouvrier, presque un enfant, carrure solide, air franc, œil vif, qui, sans manquer à sa tâche régulière, s'en allait, quand il en avait le temps, aider au déchargement des bateaux qu'il fallait débarrasser de leur lest avant de les charger de houille. On avait fait connaissance, on s'était lié; et plus d'une fois, quand l'ouvrage ne pressait pas trop à la mine, on put voir ces deux robustes jeunes hommes porter sur leurs épaules les pierres qu'ils retiraient des embarcations. Le soir, on se retrouvait dans la demeure de Stephenson, et là, pendant que la houille brillait dans l'âlre, et que la jeune ménagère mettait tout en ordre autour d'elle, on causait sciences, mécanique, chimie , physique, que sais-je?
Et l'on n'en causait pas trop mal, ma foi !
Sait-on, en effet, ce que c'était que ce nouveau personnage, aux mains noires et calleuses?
C'était William Fairbairn, tout simplement; c'est-à-
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dire l'homme qui, quelques années plus tard, devai renouveler Tari des constructions industrielles et devenir le président de la Société des ingénieurs de la Grande-Bretagne*. Ainsi ces deux hommes, deux des plus grands noms de l'Angleterre contemporaine, ont pendant quelque temps, côte à côte, déchargé les bateaux sur le quai y comme de simples portefaix qu'ils étaient.
En ont-ils été moins grands? Tout au contraire.
En souffraient-ils, eux qui sans doute avaient déjà quelque conscience de leur valeur; et se sentaient-ils humiliés d'avoir à porter sur leurs épaules ces lourdes charges ? Pas davantage.
Ils faisaient leur devoir, et, en accomplissant cette rude besogne, ils cherchaient le moyen d'élever leur intelligence en même temps que d'améliorer leur situation matérielle.
Le travail qui humilie, c'est le travail que l'on fait à contre-cœur, le travail que l'on subit comme un abaissement, comme une dégradation, comme un châtiment ; celui-là, oui certes, il écrase comme le fardeau sous lequel on plie et l'on s'affaisse. Mais le travail volontairement accepté, le travail fait avec énergie, avec cœur, avec conscience ; le travail qu'on ennoblit par le but qu'on lui donne et par le sentiment qu'on y met; le trovail qui est la sauvegarde de l'indépendance
1. William Fairbairn était né le 19 février 1787, à Kelso. Il avait par conséquent près de cinq ans et demi de moins que Stephcnson. Hais son enfance avait été moins négligfée et il avait été déjà à môme d'acquénr de sérieuses connaissances techniques. Comme Stephenson, et comme la plupart de ces hommes énergiques et supérieurs, Fairbairn était un ouvrier rangé. Il se maria jeune à une jeune fille dign« de lui, qu*il avait rencontrée à fiediington pendant son tour d'Angleterre, miss Mary, et qui attendit cinq ans qu'il fût en état de s'établir. Son flls, sir Andrew Faîrbairn , est* membre du Parlement.