‹ Le petit Robinson de ParisChapitre 36 sur 50 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

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Ce que Camille avait prévu arriva : Fox, qui s'était déjà échappé une fois de chez sa maîtresse ne tarda pas à braver tous les obstacles ; dès qu'il eut reconnu le sifflement de Camille, il accourut hors d'haleine.

— Te voilà donc enfin I — lui dit Camille ; — viens, mon Fox !

Et tous deux, chacun à sa manière, se témoignèrent leur tendresse et s'éloignèrent en toute hâte.

Quand le vieux correcteur vit reparaître Camille accompagné de son chien ; il hocha la tête.

— Tu n'as donc pu te décider à rendre Fox ? — dit-iL Ça n'est pas bien, ce que tu fais là, Camille.

— Mais l'enfant raconta ce qui s'était passé, et s'excusa le mieux qu'il put. H aurait fallu entendre les réflexions de chacun des ouvriers.

— Moi, je ferais ceci.

— Et moi cela.

— Moi je garderais le chien.

— Et moi, j'aurais pris les cent francs pour régaler les camarades.

— Non, moi je n'aurais pas pris les cent francs, mais je lui aurais dit son fait, à cette dame.

— Oui, — dit Camille, — vous croyez, vous autres, que c'est si facile de parler à une dame qui a de grands airs... et une voix sèche qui ne permet pas la réplique ! Je n'ai pu que pleurer et la supplier de me laisser mon Fox.

— Et qu'a-t-elle répondu ?

— Elle a doublé la récompense promise, prétendant que cent francs devaient me dédommager de la perte de mon chien.

— Il fallait les lui offrir, toi, les cent francs I ^^ répliqua un compositeur.

— C'est ce que j'ai fait : elle m'a ri au nez.

— Elle aura pensé que tu ne les avais pas, tandis que, si tu les lui eusses montrés . . .

— Je ne le pouvais pas, vous le savez bien, mais je lui ai dit que je les gagnerais, que j'en prenais l'engagement. >ç

— Ce n'est pas ça, ce n'est pas ça! — crièrent plusieurs des ouvriers. Promettre l'argent ce n'est pas le montrer; on ne résiste pas à la vue de vingt beaux écus de cinq francs.

Et les yeux de tous ces hommes disaient assez qu'ils ne soutiendraient pas cette épreuve.

— Pour vous, Gaspard, c'est possible, — reprit tristement Camille, — mais pour les gens riches, c'est différent.

— Je maintiens mon opinion, — dit Gaspard, frappant du poing sur sa casse, — je maintiens mon opinion.

— Moi aussi, moi aussi I — cria-t-on de tous côtés.

— H fkut en faire l'expérience... ça va-t-il?... Oui... ça va . . .

— Mais je ne les ai pas Jes cent francs ! — répondit Camille d'un air désolé, — je n'en ai que quinze.

— Les donnes-tu de bon cœur pour ravoir ton chien ? demanda Gaspard.

— Je donne mes quinze francs et ma banque a de la semaine prochaine, et celle de l'autre, et de l'autre... répondit Camille.

— Eh bien, faisons le reste, camarades ! ajouta Gaspard. Montant aussitôt sur un marbre » pour commander

l'attention de tous les ouvriers, il dit â haute voix :

— Un camarade est menacé de perdre son chien, non, je me trompe, son ami;., le seul bien qu'il possède. Il faut cent francs â ce camarade. Lès amis sont^ils bons pour faire cette somme ?

— Oui I oui ! ■ • Gaspard, posant gravement sa casquette â ses pieds :

— D'abord, dit-il, — moi qui suis habitué à cette pauvre bête, je vais donner l'exemple.

*" lie salaire d'une semaine.

^ Espèce de table de pierre ou de fonte sur laquelle on pofie les formes pour y exécuter les corrections indiquées sur les épreares.

Et il jeta une pièce blanche dans sa casquette.

— J'en suis, — dit M. Germain en déposant une pièce de cinq francs

* Chaque ouvrier s'avança à son tour en fouillant dans sa poche : aucun ne fit défaut.

— Mon pauvre Fox, — dit Camille en pleurant. — Oh mes amis, que vous êtes bons ! Comment pourrais-je bien vous remercier ?

— Eh I n'es-tu pas le meilleur de nous tous quoique le plus petit I — lui disait chaque ouvrier en apportant son ofirande.

Bien que Camille n'eût pas grand espoir, il n'en fut pas moins touché jusqu'aux larmes de se voir l'objet d'un si grand attachement.

Dès que la somme fut complète, Gaspard la roula dans un papier, demanda l'adresse de madame MarbœuÇ et ôtant sa blouse, il sortit.

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