CHAPITRE IV
BÊVEIL DB CAMILLB.
Le soleil commençait à b^ser lorsque le petit Camille se révema : la première chose qu'il entendit, ce fut l'hor loge du château.
*^'^— Sept heures I — s'écria-t-il en étendant ses bras, — j'ai bien dormi. "
Il ouvrit lentement les yeux, et les promena aveo surprise autour de lui
— Où suis-je ?
Et, se rappelant son voyage, son arrivée à Paris, il ajouta :
— Ah ! je suis à Paris.
Puis il appela Gustave. Ne l'apercevant pas à la place où il l'avait laissé, il se leva sur son séant pour le découvrir. ^^
— Eh bien, où est-il donc?.. • la bonne fairee ! il se sera caché ponr m'effrayer !
Et, avec l'heureuse insouciance de son âge, il se mit â regarder les objets qui l'environnaient.
Camille attendit encore un moment avec assez de patience; cependant sept heures et demie venaient de sonner, et Gustave ne paraissait pas. La petite tête de Camille commençait à trotter, sans pour cela concevoir le moindre soupçon.
— J'ai dormi douze heures, — pensa-t-il en comptant sur ses doigts, — Gustave s'est ennuyé, et il m'a laissé là, l'égoïste qu'il est! Qui sait? il aura peut-être été dîner sons moi ... Je le reconnais bien là. Quand il a faim il ne s'informe pas si les autres ont besoin, et, dès qu'il a le ventre plein, U croit que tout le monde a mangé... C'est que j'ai faim, tout de môme I — ajouta-il en parlant presque haut.
— Dans le fait, mon petit, il y a longtemps que je vous regarde dormir, — lui dit un gros monsieur vêtu d'une redingote bleue boutonnée, avec une épée au côté et un chapeau à trois cornes sur la tête. — Que ûiites-vous donc ici tout seul?
— J'attends mon cousin, — lui répondit Camille avec bonhomie.
— Et vous êtes sûr qu'il reviendra?
— Dame I monsieur, il ne peut faire autrement, il sait que je ne connais pas Paris.
— Le connaît-il, lui ?
— Oh I parfaitement ; il y est déjà venu l'année dernière avec son père, mon pauvre oncle I ... ils y sont restés trois mois entiers, trois grands mois !
— Et vous êtes disposé à attendre ici jusqu'à ce que
votre cousin r€ vienne ? — ajouta l'homme à la redingote bleue.
— Il le faut bien, monsieur ; où voulez-Tons que j'aille?
— Pourtant si votre cousin ne reparaissait pas avant la fermeture des grilles?... Quoiqu'il soit resté trois mois à Paris, il peut s'égarer.
— Alors, monsieur, je coucherai ici, — répondit Camille avec une tristesse pleine de résignation.
— C'est que cela ne se peut pas, mon ami ; quand vous entendrez les tambours battre la retraite, il vous faudra sortir da jardin.
— Oh ! monsieur vous m'y laisserez, n'est-il pas vrai ? si d'ici là mon cousin n'était pas revenu ?
— Je suis surveillant aux Tuileries, et mon devoir est de &ire sortir tout le monde; mus votre cousin doit connaître le règlement, il va sans doute venir vous chercher.
Dès que le surveillant se fut éloigné, Camille ne put se défendre d'une certaine inquiétude. 1
— Mon Dieu ! — se disait-il» l'œil morne, et sans s'apercevoir que les Tuileries commençaient à se remplir d'une foule brillante et parée, — si mon cousin n'allait pas revenir \,,, s'il s'était égaré, comme disait ce monsieur . . . que deviendrais-je tout seul ?. . . Où aller? . .. Et puis j'ai Êdm... je meurs de faim... mon Dieu!... Bast! — repritil un moment après, — Gustave reviendra ; s'il s'égare ; il demandera son chemin ; il sait que, sans lui, je serais perdu... Si ce n'était cette faim qui me creuse l'estomac, j'attendrais avec patience . . . Lisons, ça me fera paraître le temps moins long... Cest ça, lisons . . . Pourvu qu'il n'ait pas emporté mon livre, encore . . . Non le voici l ^
Camille poussa un gros soupir, et ramassa son livre ; à
son grand étonnement, il en tomba nne lettxe qni lui était adressée.
Il l'ouvrit, et lut ce qui suit.