LE PETIT S A A' 0 Y A R D
« Tandis qu'en vos palais tout flatte votre envie, A genoux sur le seuil, j'y pleure bien souvent. Donnez : peu me suflît; je ne suis qu'un enfant; Un petit sou me rend la vie.
(( On m'a dit qu'à Paris je trouverais du pain : Plusieurs ont raconté, dans nos forets lointaines, Qu'ici le riche aidait le pauvre dans ses peines ; Eh bien! moi, je suis pauvre, et je vous tends la main.
(( Faites-moi gagner mon salaire :
Oi^i me faut-il courir? dites, j'y volerai. Ma voix tremble de froid : eh bien! je chanterai.
Si mes chansons peuvent vous plaire.
(( Il ne m'écoute pas! il fuit, Il court dans une fcte (et j'en entends le bruit),
Finir son heureuse journée.
Et moi, je vais chercher, pour y passer la nuit.
Cette guérite abandonnée.
<( Au foyer paternel quand pourrai-je m'asseoir!
Rendez-moi ma pauvre chaumière.
Le laitage durci qu'on partageait le soir,
Et. quand la nuit tombait, l'heure de la prière, Qui ne s'achevait pas sans laisser quelque espoir. Ma mère, tu m'as dit. quand j'ai fui la demeure : (( Pars, grandis et prosj)ère, et reviens près de moi. » Hélas! et tout petit, faudra-t-il que je meure Sans avoir rien gagné pour toi !
« Non, l'on ne meurt point à mon ûge. Quelque chose me dit de reprendre courage... Eh ! que sert d'espérer.^. . . que puis-je attendre, enfin.»^ J'avais une marmotte : elle est morte de faim. »
Et faible, sur la terre il reposait sa tôle: Et la neige, en tombant, le couvrait à demi, Lorsqu'une douce voix, à travers la tempête. Vint réveiller l'enfant par le froid endormi :
« Qu'il vienne à nous celui qui pleure, Disait la voix mêlée au murmure des vents : L'heure du péril est notre heure:
Les orphehns sont nos enfants. »
Et deux femmes en deuil recueillaient sa misère. Lui, docile et confus, se levait à leur voix. Il s'étonnait d'abord; mais il vit dans leurs doigts Briller la croix d'argent au bout d'un long rosaire : Et l'enfant les suivit en se signant deux fois.