LA REINE ACTRICE
Juillet-octobre 1780.
Passion de Marie- Antoinette pour le théâtre. — Comédie de société.
La troupe de Trianon. — Premier rapport de Mercy.
La Gageure imprévue. — Le Roi et le Fermier. — On ne s^avUe jamais de tout.
Les Fausses infidélités — V Anglais à Bordeaux. — Le Sorcier.
Rose et Colas. — Le Devin de village. — Merçy spectateur. — Rôles d^hommes.
Le Roi et le Fermier et le Devin de village joués une seconde fois.
Mécontentement de Joseph II. — Pique entre la reine et Madame.
Jalousie des courtisans. — Spectateurs.
Théâtres de la marquise de Montesson et de W^^ Guimard. — Opinion du public.
L'impératrice Marie-Thérèse, afin de former la future dauphine à la prononciation française, avait eu Tidée bizarre de lui donner pour maîtres de déclamation deux comédiens*. On doit peut-être attribuer aux premières impressions que Marie- Antoinette reçut de ces singuliers professeurs sa prédilection pour le théâtre. Madame Campan, dans des pages trop connues pour les rappeler ici*, nous a montré la dauphine jouant, à Taide de M. Campan, son beau-père, et de son mari, la comédie en cachette avec les comtes et comtesses de Provence et d'Artois devant le dauphin seul. La crainte de déplaire à Louis XV et de provoquer la censure de Mesdames
\ . Aufresne et Sainville. D'après les Mémoires apocryphes de Tacteur Fleury, ce ne fut pas Sainville, mais sa femme, Félicité Fleury, sœur du comédien. 1, 91. Voy. Campan, I, 41.
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tantes fit cesser ces amusements, et la jeune princesse dut se contenter du rôle de spectatrice aux représentations de la cour. En outre de la grande salle d'opéra achevée en 1770, où Ton ne jouait guère que dans les circonstances solennelles, il y avait alors, au château de Versailles, un théâtre plus petit, à Tendroit où est aujourd'hui le vestibule de la cour des princes*; et dans les appartements : le théâtre des petits cabinets du roi*, le théâtre du dauphin, le théâtre de la dauphine', sans parler de plusieurs petites scènes qui se démontaient à volonté*. Quand Marie- Antoinette devint reine, il y eut des théâtres partout. A Versailles, on en fit un dans la grande orangerie'; il servit pour la première fois le 11 juillet 1778. Lorsqu'elle dut garder la chambre pour ses premières couches, on dressa, en face de la porte de son appartement, un théâtre qu'elle pouvait voir de son lit*. Un autre était monté dans le salon de jeu de la reine". Elle avait aussi sa loge dans le théâtre de la Montansier, rue des Réservoirs', et elle allait le plus souvent qu'elle pouvait aux spectacles de Paris. A Choisy, il y eut jusqu'à deux représentations par jour'; à Marly, où il n'existait pas de théâtre, on en éleva un à la hâte dans le bosquet de Bacchus*'. A La Muette, la comédie se joua dans un bâtiment en planches". Nous avons vu
i, Dussieux. Le Château de Versailles; Versailles, 2 vol. in-8«, II.