Mercy, III
LA SOGifoÉ DB LA RBINB. 163 !
suis établie à Trianon pour huit ou dix jours, afin de faire, le |
matin, des promenades à pied qui sont essentielles à ma santé; j
cela n'était pas possible à Versailles. Trianon n'est qu'à dix
minutes de chemin en voiture , et on peut aisément y venir à pied.
Le Roi paraît s'y plaire beaucoup; il y vient souper tous les
jours, et vient me voir le matin, comme dans mon appartement '
à Versailles. J'ai choisi ce moment-ci pour mon séjour ici, parce
que c'est le mois où le Roi-chasse presque tous les jours et où il
a le moins besoin de moi. » On voit avec quelle habileté Marie- Antoinette fait valoir toutes les raisons qui peuvent justifier sa
villégiature. L'impératrice en effet ne voyait pas de bon œil
ces retraites de sa fille loin de la cour : » je ne saurais
approuver, » dit-elle, « que la Reine y couche sans le Roi*. » « Le mardi 12, la Reine revint, le matin, à Versailles, pour que
les ambassadeurs et ministres étrangers fussent en même de lui
faire leur cour, après quoi Sa Majesté revint à Trianon* ». Le 17,
Madame royale fut atteinte d'une indisposition occasionnée par
la dentition. La douleur des dents prêtes à percer fut si violente
qu'elle en eut des convulsions. c< Au premier avis qui en parvint
à la Reine, elle se rendit auprès de son auguste fille et y vint
passer, deux fois le jour, quelques heures, jusqu'à ce que la
maladie se changeât en une petite fièvre intermittente qui n'annonçait ni durée ni le moindre danger. Pour peu que l'état de la
jeune princesse eût donné lieu à la plus petite inquiétude fondée,
la Reine était résolue de rester à Versailles et de contremander
le spectacle » du surlendemain ; « mais le Roi fut le premier à
désirer qu'il n'y eût rien de changé à l'arrangement projeté. »
La reine devait retourner à Versailles le mardi malin 19, pour la
réception des ambassadeurs; ce dérangement la gênant beaucoup, à cause des préparatifs de la représentation qui devait
avoir lieu le soir, elle fît demander à Mercy par l'abbé de Ver-
mond si elle ne pourrait pas s'en exempter. Son mentor s'émit m, 473.
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pressa de lui écrire qu'ayant daigné revenir, le mardi précédent, pour recevoir les hommages du corps diplomatique , elle « était dans le cas de se dispenser de répéter cette marque de bonté, et que, s'il en résultait quelques propos, il était bien sur qu'au moins ils ne seraient pas tenus par les ministres étrangers, qui avaient lieu d'être et étaient en effet très contents de la manière dont la Reine les traitait dans les occasions* ». Pendant ce séjour à Trianon, elle fit visiter* son château à un officier de la gardenoble hongroise qui avait apporté de Vienne les dépèches du mois et devait repartir le lendemain, afin qu'il pût le décrire de visu à sa mère.
Mercy nous a tracé un tableau de l'existence qu'on y menait. « Le Roi, » dit-il, « s'y rendait tous les jours, le matin, sans aucune suite, souvent en se promenant à pied, ou quelquefois dans une voiture légère qu'il conduisait lui-même. Toutes les matinées ne présentaient à Trianon que l'aspect d'une campagne habitée par des particuliers... Il n'y avait de gens de service en sous-ordre que le nombre strictement nécessaire, sans aucune des charges de la cour. Les après-dinées prenaient tout une autre face : les princesses et princes de la famille royale. Mesdames tantes, les personnes les plus distinguées de leur suite, les dames du palais' et quelques externes les plus favorisés se rendaient à Trianon et y passaient le reste de la journée et la soirée. Les jardins charmants de cette maison de plaisance y procuraient les promenades les plus vlariécs, et quelques jeux de commerce y remplissaient les intervalles de l'avant et de l'après-souper. »