‹ Le Petit-Trianon (volume 2)Chapitre 151 sur 362 · APPARTEMENTS, GARDE-MEUBLE, CUISINES ET DÉPENDANCUS · texte numérisé non relu

APPARTEMENTS, GARDE-MEUBLE, CUISINES ET DÉPENDANCUS

naicnt à une pièce où Marie- Antoinette avait rassemblé des souvenirs de sa famille et de son pays*. On le savait, et les auteurs et inventeurs tenaient à lui présenter pour ce palais ce qui pouvait lui rappeler T Allemagne. Il s'en trouve une preuve curieuse et inattendue dans une note laissée parmi les feuillets d'un livre de Tabbé Courtalon, « précepteur des pages de Madame et cidevant de ceux de madame la Dauphine, mère du Roi. » L'ouvrage en question est un Atlas élémentaire de l'empire d'A llemagne^. « L'abbé Courtalon, » dît la note, « a renfermé les trois parties de son ouvrage, collées sur toile, dans un cadre doré de trentequatre pouces de longueur sur vingt-six de bauteur, de manière que ce cadre, appuyé de ses chevalets, peut rester sur une table à portée d'un examen aisé, tout l'ouvrage passant comme en revue sous un verre, au moyen d'un mécanisme intérieur et d'une petite manivelle. L'auteur désirerait que ce tableau fut placé au Petit-Trianon et que S. M. daignât lui faire parvenir ses ordres, pour qu'il eût l'honneur de le présenter à la Reine, soit ici, soit au Petit-Trianon, au premier voyage qu'y ferait S. M. ». Je ne sais si la reine accepta la machine géographique de l'abbé Courtalon. Madame Campan, qui s'est proposé d'établir que, loin d'avoir jamais mérité le reproche de prodigalité, la reine était, au contraire, une personne fort économe', voudrait nous faire accroire qu'elle ne permit « aucun changement dans le mobilier devenu très mesquin, et qui existait encore, en 1789, tel qu'il était sous Louis XV. Tout fut conservé, » dit-elle, « sans exception, et la reine y couchait dans un lit très fané et qui avait même servi à la comtesse Du Barry. » D'abord, Louis XV n'avait rien laissé de mesquin au Petit-Trianon; tout y était magnifique, entièrement

1 . M"' Jubinal possède une petite vue de Vienne et une carte d'Autriche en miniature qui passent pour provenir de la chambre de Marie-Antoinette au Petit-Trianon.

2. Paris, 1774, i vol. in-f*. Le volume est à la réserve de la bibliothèque nationale. Voy. Quentin-Bauchart, Bibliothèque de Marie- Antoinette aux Tuileries.

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neuf et du meilleur goût. Le lit dont parle madame Campan était sans doute le lit du roi, et s'il paraissait fané, c'est que peutêtre Marie-Antoinette sç» servait de quelque courte-pointe envoyée d'Autriche en souvenir de sa mère. On admettra difficilement qu'ayant installé, à Trianon ni(>me, des ateliers pour la confection et la réparation de son ameublement, elle s'y soit laissée manquer de quelcjue chose à cet égard. Ce n'était pas d'ailleurs le mobilier qui faisait défaut. Dans les dernières années du règne de Louis XV et au commencenu^nt de celui de Louis XVr, les dépenses du garde-meuble s'élèvent h des sommes considérables: 2,433,226 livres, 2 sous, 2 deniers, en 4775,— 2, 471, 320 livres, en 1776,-1,876,377 livres, en 1777, — 2,011,270 livres, en 1778, etc. On y Irouve, en une fois, pour 279,430 livres d'ouvrages de broderie payés à Trémeau ; en deux fois, 163,417 livres à Ui(\sen(»r, « ébéniste, pour ouvrages de sa profession, etc. >» Que de tout cela il ne fut absolument rien venu h Trianon, voilà qui serait bien invraisemblable. Il est certain du moins que la reine n'a pas fait, comme Louis XV, des commandes & des artistes pour décorer sa résidence favorite. Nous savons par madame Campan qu'elle n'avait aucun goût pour la peinture. Elle possédait une petite collection de bibelots chinois et japonais, avec quelques objets en cristal de roche et en pierres dures, dont on peut voir une partie dans la galerie d'Apollon et dans les anciennes vitrines du musée des souverains*; mais on ne saurait dire si ces objets élai(»nl conservés à Trianon plutôt qu'à Versailles.

Dans les combles des communs du château, on disposa des chambres à coucher pour les femmes de la reine, ses coiffeurs.

1. Ih'pniscs (lu (jardc-mcut)le de la couronne, etc., rapport au roi, par Thierry, en décembre 1788 ; Pcaris, 1789, iii-4°.

2. Nolaminont un bassin généalogique de la maison d'Autriche, en argent é maillé, orné de 14,*) camées (n° .13 de la.Yo^Ve de gemmes et joyaux, par Barbet de Jouy),et un charmant tombeau de jaspe vert sur une monture de bronze doré, représentant des amoui-s posés sur des corjs, avec accompagnement de ieiiilles de myrte, dentelles, thyrses, chaînettes, qui nVsl pas porté au catalogue. Voyez aussi les n»" 102 et 134, 117 et 118; et à Fontainebleau, deux

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cochers, postillons, piqueurs et officiers divers, une lingerie près de l'appartement du concierge, et, à proximité du palais, une grande salle d'attente à l'usage des seigneurs et dames admis aux fêtes sans être invités aux repas.

Malgré ces agrandissements, les dépendances du Petit-ïrianon étaient encore insuffisantes pour le service de la reine. Un détail de ménage donnera une idée de la quantité des personnes présentes pendant les voyages : d'après une note de Bonnefoy, le nombre des pièces de linge sale s'élevait à 1,100 par jour, et, quand il y avait spectacle, à plus de 2,200*. Pour arriver à loger tout le monde sans élever de nouvelles constructions, on imagina d'établir un certain nombre de maisons en bois qu'on dressait entre les glacières et Trianon-sous-Bois, et qui se démolissaient après le départ de la reine. Elles apparaissent pour la première fois dans les comptes en 1781. Cette innovation parut si commode qu'on en généralisa l'emploi". Désormais, partout où la cour se transporta, elle fut suivie dans ses pérégrinations par un équipage de chariots portant la charpente de ces maisons mobiles, avec les glaces, les tentures, les tapis et tout le mobilier nécessaire. Il s'élevait ainsi comme par enchantement, autour des palais, de véritables villages qui s'évanouissaient h un coup de baguette. Dans les dernières années, nous verrons, à Versailles même, d'immenses baraquements entourer la démesure de Louis XIV, pour une saison, et disparaître sans laisser d'autre souvenir que la trace de la saignée faite au trésor royal.

vases de bois [)étrifié en forme d'œufs (Inventaire de la coUectvm de la reine Marie-Antoinetlej par Ch. Kphrussi, dans la Gazette des Beaux- ArtSy t. XX, 2« pér., n» du \" nov. IHIÎi, p. 389). Le goût du bibelot, si répandu aujourd'hui, commence à cette époque. VAlmanach historique do {111 mentionne les cabinets des amateurs les plus importants. Les marchands de curiosités pullulaient à Paris, en 1784, de telle sorte qu'on ne savait d'où ils avaient pu sortir en si peu de temps.

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