‹ Le Petit-Trianon (volume 2)Chapitre 183 sur 362 · LA ROBE BLANCHE DE LA REINE · texte numérisé non relu

LA ROBE BLANCHE DE LA REINE

Portrait de Marie -Antoinette en c chemise ou gaulle. » — Mœurs bourgeoises.

Suppression de l'étiquette. — Versiiilles désert.

Le salon des Poligoac. — Grâces nouvelles qui leur sont octroyées.

Fête en l'honneur du comte de Hago. — Un gala royal. ^ Illumination.

L'habit de Trianon.

Au salon de 1783 fut exposé, sous le n* HO, un portrait de Marie- Antoinette, qu'il ne faut pas oublier dans une histoire du Petit-Trianon. Il était do madame Vigéc-Lcbrun , récemment reçue à Tacadémie', grâce à Tinfluence de Vaudreuil et delà société Polignac, dont elle de\dnt le peintre attitré. Elle n'a pas fait moins do huit portraits do la duchesse de Polignac, quatre de la duchesse de Guiche, un du duc de Polignac, un du vicomte son père, six du comte de Vaudreuil, etc. Elle avait un salon qui réunissait la plus brillante société. MM. de Polignac, de Vaudreuil et leurs amis s y amusaient mieux qu'à Versailles; ils y rencontraient M. de Galonné. G'est à ces hautes amitiés que madame Lebrun dut l'honneur de peindre la reine. Elle la représenta coiffée d'un chapeau de paille et vêtue d'une « chemise, costume, » disent les Mémoires secrets, « imaginé depuis peu par

\ . Sou admission avait présenté des difficultés, à raison du commerce de son mari qui brocantait des tableaux. Mém, sec. Lettre sur le Salon de 1783.— Voyez, sur ce tableau, les Souvenirs de Madame Lebrun, 1, 46. La mémoire lui fait défaut pour la date, ce qui lui arrive assez souvent dans Ténumération de ses œuvres.

LÀ ROBB BLÀNGHB DE LÀ RBINE. S51

les femmes. )> La chemise ou gauUe était une robe blanche, longue, sans aucun ornement. « S. M., » continue le compte rendu du salon, « est très bien'; elle a cet air leste et délibéré, cette aisance qu'elle préfère à la gène de la représentation, et qui, chez elle, ne fait point tort à la noblesse de son rôle. Quelques critiques lui trouvent le cou trop élancé : ce serait une petite faute de dessin. Du reste, beaucoup de fraîcheur dans la figure, d'élégance dans le maintien, de naturel dans Tattitude font aimer ce portrait. » Cotte robe blanche sera désormais le costume ordinaire de la reine à son château. C'est ainsi que madame Campan' nous la dépeint : «Vêtue en blanc avec un simple chapeau de paille', une légère badine à la main, marchant à pied, suivie d'un seul valet, dans les allées qui conduisaient au Petit- Trianon. »

L'usage des vêtements d'été tout blancs venait des colonies. L'année précédente, une flotte de cent voiles, échappant aux croiseurs anglais, avait débarqué en France des femmes de Saint-Domingue portant un linge éclatant. La reine vit cet habillement, et, trouvant qu'il convenait à la saison d'été, l'adopta*. Ce fut un changement complet dans sa toilette qui, d'une magnificence excessive, passa tout k coup à la plus extrême simplicité. Le public, qui avait murmuré contre les plumes, les diamants, les broderies et les atours dispendieux, n'accueillit pas mieux la mousseline et la batiste. Il trouva indécent que la reine s'habillât « comme les femmes de chambre". » L'abandon des robes

1. Tous les écrits sur le salon de 1783 atleslenl la grande ressemblance du portrait : Changez-moi cette tête ou Lustucru au salon, in-12 ; Messieurs, amis de tout le monde, in-t2; Marlborough au salon, in-12, etc.

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