‹ Le Petit-Trianon (volume 2)Chapitre 185 sur 362 · Soulavie, Mémoires^ VI · texte numérisé non relu

Soulavie, Mémoires^ VI

253 LR HAMEAU.

(le soie ruinait le commerce de Lyon, et le bruit se répandit que cette révolution de la mode était le résultat d un profond calcul concerté entre Joseph II et sa sœur pour faire prospérer les fabiiques de linon de Bruxelles. Le tableau de madame Lebrun fut Tobjet de critiques tellement vives qu'on dut le retirer du salon. Notons bien ce portrait'; nous en retrouverons le costume dans l'affaire du collier. « Je fus mise, » dit, dans son mémoire, la fille Oliva*, « en robe blanche de linon moucheté; c'était, autant que je puis m'en souvenir, une robe à l'enfant ou une gauUe, espèce de vêtement qu'on désigne plus souvent sous le nom de chemise. »

Cet habit de « simple particulière, » suivant l'expression du comte de Vaublanc, marque le moment où la reine, que ne retiennent plus les observations de sa mère, s'est débarrassée de toutes les gênes et vit enfin à sa guise. Elle a renoncé aux dissipations bruyantes d'autrefois. Maintenant, elle est engouée de vie intime et de mœurs bourgeoises. L'éducation des enfants par les parents est devcmue à la mode; les éditions du livre de Berquin, l'Aiyii des enfantSy se multiplient'. La reine veut élever elle-même sa fille. « On la lui amène tous les matins, à dix heures, » disent les Mémoires secrets*, « et on lui donne ses le- (,^)ns devant elle jusqu'à midi. Elle est très sévère et ne lui passe jamais rien. » L'étiquette est entièrement abolie, au grand scandale des survivants de l'ancienne cour. « Louis XIV serait un peu étonné, » dit le marquis de Mirabeau, « s'il voyait la femme de son arrière-successeur, en habit de paysanne et tablier, sans suite ni page, courant le palais et les terrasses, demandant au premier polisson de lui donner la main que celui-ci lui prête

1. Madame Lebrun dit, dans ses Souvenirs, en avoir fait trois copies. Sicardi a peint la reine dans le même costume. Liwc-journal de mtuhmr Etoffe, t. I.

2. Premiei* mémoire pour la demoiselle d'Oliva; Paris, n86, in-4«. Dans son second mémoire, elle dit que la robe blanche avait « un dessous rose »•

Page 1