LE PORTRAIT DB LA REINB
En quittant Saint-Cloud, la cour alla à Fontainebleau où les fêtes recommencèrent sur nouveaux frais. Il semble vraiment que cotte tète légère n'eut pas le moindre souci du formidable procès qu'elle avait engagé sans réflexion et qui s'instruisait en ce moment. Elle se faisait faire aussi dans cette résidence des appartements nouveaux « d'une magnificence extraordinaire », et notamment un cabinet, « beau dans tous les détails au-delà de tout ce qu'on peut imaginer*. » Les murs en étaient entièrement couverts de glaces, sur lesquelles le pinceau de Barthélémy fit courir de ravissantes arabesques*. Il y avait, au-dessus, un autre cabinet, « meublé dans le goût oriental et éclairé le soir par des lampes placées dans une garde-robe, séparée par une grande glace doublée d'un taffetas dont on changeait la couleur à volonté*. » Il y eut pendant ce voyage des spectacles où l'on vit, raconte la Correspondance secrète \ « un genre de décoration que Ton ne connaissait pas encore. La Reine a voulu que les musiciens fussent vêtus en habits rouges galonnés d'or. On a envoyé prendre aux magasins de l'opéra et des Menus tous les habits qui pouvaient servir, et le nombre n'en étant pas suffisant, on en a fait faire avec la plus grande célérité. »
L'hiver, les spectacles et les bals continuèrent à Versailles. Fatiguée des splendeurs surannées des salons de Louis XIV, Marie-Antoinette les avait désertés pour faire camper la cour dans une immense maison de bois, bâtie sur la terrasse en prolongement du théâtre de la cour des princes. La salle de comédie avait été transformée en une sorte de temple orné de statues et entouré de bosquets artificiels. « Une glace sans tain, » placée dans l'ouverture centrale et « transparente au point qu'il fallait
\, Ils furent achevés en 1786. Lettre de madame de Staël à Gustave III. Geffroy, 1,403.
2. Ces peintures existent encore, mais les dispositions de la pièce ont été changées par Louis-Philippe.