‹ Le Petit-Trianon (volume 2)Chapitre 236 sur 362 · Souvenirs d'un 'page · texte numérisé non relu

Souvenirs d'un 'page

de porcelaine décorée : terrines à lait, plateaux à fromage, tasses et soucoupes, beurriers, brocs, assiettes, bat-beurre, qui coûtèrent 6,372 livres. Elles furent toutes fabriquées à la manufacture de la reine, sous la direction d'André-Marie Lebeuf qui fit briser les moules*. Il existe au musée de Sèvres un seau en porcelaine dure, inscrit sur les registres de cette manufacture sous deux appellations : 1° seau du Petit-Trianon ; 2* seau de Rambouillet. C'est la dernière qui me parait exacte. Une note postérieure au mois d'août i789, conservée dans les dossiers des dépenses de la reine aux archives nationales, dit en propres termes : « Tout ce que Sa Majesté a de porcelaine à son château do Trianon et dans ses petits appartements des Tuileries a été fabriqué à sa manufacture. » Il faut conclure de celte indication que c'est à tort que le catalogue de l'exposition de 1867 a attribué (n'' 34) à la laiterie du Petit-Trianon des « bols-seins en forme de mamelle, en porcelaine teintée couleur chair, posés sur trépieds à têtes de bélier. » MM. de Concourt en publient un très joli dessin colorié dans l'édition illustrée de leur Histoire de Marie-Antoineite (i878, in-4"); mais c'est sans la moindre preuve qu'ils ajoutent que le modèle de ces bols, fabriqués à la manufacture de Sèvres pour la laiterie de Rambouillet, fut adopté pour le Petit-Trianon.

La reine continuait à s'intéresser aux travaux de son jardinier. Le vieux botaniste de Louis XV, Claude Richard, père d'Antoine, était mort en 1784. Il avait pris sa retraite en 1782, et depuis cette époque son fils dirigeait seul le jardin*. Pendant ce

K 11 y avail : 12 terrines à loO livres pièce, 24 à 120, 24 à 72 ; 6 plateaux à 72 livres pièce; 6 tasses à tO livres pièce; 2 beurriers à 24 livres pièce; 8 brocs à 24 livres pièce ; 6 assiettes à 10 livres pièce ; 2 bat-beurre à 120 livres pièce. On y ajouta plus tard un sucrier dont le prix n'est pas indiqué. — A Chantilly, « les princesses s*amusent à faire la cuisine après s'être revêtues de déshabillés de villageoises ; elles aiment aussi à faire du beurre, ainsi que la reine en fait à Trianon, » La vie parisienne sous Louis XVI, 1 10.

2. Cette fabrique était située rue Thiroux, à Paris. Elle avait pour marque un A surmonté d'une couronne fermée, ou simplement un A. OH 880.

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voyage de la reino, il put lui offrir la primeur de fleurs incounues jusque-là en France. Les Mémoires secrets, à la date du 4 juillet 1786, annoncent ainsi cet événement botanique : « Le public connaît peu les jardins de Trianon, parce que, ce lieu étant destiné aux plaisirs intérieurs de Sa Majesté, il n*est pas beaucoup de profanes qui aient la liberté d'y entrer. Il s y voit surtout un jardin botanique très curieux et très nombreux en plantes étrangères. »(Le nouvelliste était lui-même assez mal informé, puisque le jardin botanique était détruit et qu*il ne restait plus que quelques collections conservées par Antoine Richard dans des serres). « Parmi les plus rares, il vient do s'y trouver un nouveau genre do plantes qui a fleuri pour la première fois et qui approche beaucoup du rudbeck, M. Buchoz, docteur en médecine, qui s'applique à ces matières, a fait une dissertation sur cotte plante qu'il a, dit-il, appelée breteuillia en l'honneur de M. le baron de Broteuil, ministre et secrétaire d'État, protecteur des sciences et dos arts. Comme on suppose que M. Buchoz n'a point fait ce baptême sans l'agrément de la souveraine du lieu, on en infère de là avec plaisir que M. le baron de Broteuil est toujours bien dans la cour do Sa Majesté, qui ne se serait pas souciée de répéter ou d'entendre répéter à ses oreilles ce nom de breteuillia^ s'il lui en oùt rappelé un désagréable. »

Une serre nouvelle pour les fleurs fut adossée à la maison de Richard en i786. On acheta aussi, cette année, un grand nombre de fleurs : myrtes, grenadiers, géraniums, chèvrefeuilles, tubéreuses, jasmins d'Espagne et d'Arabie, narcisses, œillets d'Espagne, juliennes, mignardises, campanules, basilics, amarantes, giroflées, quarantaines*, etc. Les voyageurs pour les pays d'outre-mer furent de nouveau sollicités de rapporter ou d'envoyer des végétaux exotiques. M. de Châteaufort, qui partît pour l'Amérique on 1786, reçut la commission de procurer des semences. Il en expédia de New-Yerk trois caisses, en février 1787*,

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