‹ Le Petit-Trianon (volume 2)Chapitre 24 sur 362 · Il était titulaire de la Monnaie de Troyes · texte numérisé non relu

Il était titulaire de la Monnaie de Troyes

vante, peu avant la moisson, le roi alla « examiner les différents états des blés. S. M. , » dit la Gazette^ « daigna entrer dans des détails qui sont une suite de ces expériences, et elle écouta avec satisfaction le compte que le sieur Tillet lui en rendit. » Ces résultats furent portés à la connaissance du public par une lettre du sieur Le Roi, lieutenant des chasses du parc de Versailles, à Diderot, lettre que celui-ci fit insérer dans le Mercure d'octobre 1736. Tillet, de son côté, les exposa plus amplement dans une brochure publiée à la fin de la même année \

Trois ans après, en 1759, Louis XV faisait commencer au Petit-Trianon une autre expérience, plus intéressante encore, et qui allait exercer sur la constitution de la science botanique une influence décisive*.

1. Précis des expériences faites à Trianon sur la cause qui corrompt les blés; Troyes, 1756, in-4o. Ce travail a eu une seconde édition en i785.

2. Avant de passer à une époque postérieure, notons, afin de ne rien oublier de ce qui regarde Trianon, que c'est en montant en carrosse pour se rendre à ce château que Louis XV fut frappé par Damiens, le 5 janvier 4757.

17!)9-mi

Brrnard do Jussicii. — Classification botanique. — Linné vi Trianon.

Plantes exotiques.

Antoine Richard. — Emplacement du jardin botanique.

Depuis le commencement du siècle, la botanique avait fait do p^rands progrès : on avait décrit des milliers de plantes, déterminé les genres, fixé la nomenclature. Mais il restait h établir une classification générale des espèces sur des bases véritablement scientifiques. Tous les savants à Icnvi cherchaient (jnels étaient les caractères constants dont les diverses combinaisons dans les plantes pouvaient être regardées comme des lois de la nature. Linné s'était flatté de les trouver dans les étamines et les pistils; mais on n'avait pas tardé h reconnaître que ce système, loin d'être l'expression des rapports réels entre les espèces, « dilacérait, » suivant l'expression d'un naturaliste contemporain', « les genres les plus naturels » et que, dans la pratique, il était la cause de fréquentes erreurs.

Il y avait alors au Jardin des Plantes, à Paris, un botaniste

I. Le chevalier de La Marck. Encyclopédie méthodique, in-4**. Botanique, J, discours préléminaire.

dont rautorité était de beaucoup supérieure à sa situation officielle. Chargé de diriger la plantation du droguier*, avec le modeste titre de sous-démonstrateur, Bernard de Jussieu avait acquis une grande réputation par l'étendue de ses connaissances et la sûreté de sa méthode. Il n'avait publié qu'un petit nombre de mémoires, mais ses leçons et ses conversations l'avaient mis en haute estime parmi les naturalistes ; « l'Europe était pleine de ses disciples*, » et sa renommée était parvenue jusqu'à Louis XV.

En 1759, ce prince, à l'instigation sans doute de son jardinierfleuriste, qui, nous l'avons vu, s'était peu à peu élevé de la pratique à la science, se proposa de joindre à ses potagers un jardin botanique, et il chargea Bernard de Jussieu.de présider à l'arrangement de celte collection. Le botaniste vint s'établir dans la maison de Richard'. Il avait beaucoup réfléchi jusque-là au problème de la classification des plantes, et il pensait qu'il fallait en chercher le principe dans la structure de l'embryon et l'insertion de l'étamine et de la corolle. C'est d'après ces idées, absolument nouvelles, qu'il disposa dans le jardin de Trianon les ordres de végétaux, en suivant la nomenclature de Linné. Il ne publia cependant aucun mémoire sur sa découverte, parce qu'il se réservait de la perfectionner par des observations ultérieures. Mais on peut dire que la méthode naturelle était dès lors fondée. Aussi Adanson, qui avait suivi de près ses travaux à Trianon, l'appelle-t-il, dans le grand ouvrage qu'il fit paraître, en 1763, sur les Familles des plantes\ le Newton de la botanique. Bernard de Jussieu, qui eût pu facilement obtenir la direction de ce nouveau jardin, ne songea même point à la demander. Cependant, s'il n'eut pas le titre et les appointements d'un directeur, il en exerça

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