Mf^moirrs de la durhesse de Polignar
perdait ; mais cela ne prit rien sur sa gaité qu*il conserva toujours avec la Reine et dans la société. »
Les choses n'allèrent pas si facilement avec le duc de Coigny. Le roi réunissant la petite écurie à la grande, la charge de premier écuyer devenait sans objet*. Cependant pour ménager la transition, on lui laissait les honneurs et les appointements et on lui donnait en dédommagement la pairie. « Il eut quelques notions de ce qui allait lui arriver, et voulut avoir un entretien particulier avec la Reine. Elle le refusa, quoique le duc de Coigny, alors à Trianon, dînât et soupât avec elle, et y passât toute la journée. » Enfin il reçut la lettre ministérielle qui lui annonçait la décision prise. « Sur cette nouvelle, o continue Besenval, « le duc do Coigny alla chez le Roi où il s'emporta fort ; le Roi se fâcha de son côté, l'entrevue fut extrêmement vive. Ce prince, en parlant de cette conversation à quelqu'un, lui dit en ma présence : « Nous nous sommes véritablement fâchés, le duc de « Coigny et moi ; mais je crois qu'il m'aurait battu, que je le lui « aurais passé... d La Reine voulut se plaindre à moi, » c'est toujours Besenval qui raconte, « de l'emportement du duc de Coigny et de ce qu'il n'avait pas été sensible à la manière pleine do bonté dont le Roi lui avait parlé : «Madame, lui dis-je, il perd « trop pour se contenter de compliments. Il est pourtant affreux, <c ajoutai-jo, de vivre dans un pays où l'on n'est pas sûr de pos- M séder le lendemain ce qu'on avait la veille. Cela ne se voyait « qu'en Turquie. » On peut juger par ces divers traits du degré d'insolence auquel les favoris de la reine étaient montés. « Quel bouleversement! » dit la marquise de Sabran, a et sur quoi peut-on compter dans ce monde*? »
Vaudreuil perdit la charge de grand fauconnier, sans compensation. Il avait aspiré à devenir le gouverneur du dauphin, mais ni le roi ni la reine n'avaient voulu de lui à cause de la violence
1. 11 perdait en in(>iiie temps le gouvernement de Gboisy dont on avait d()' oidé la vente.
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(le son caractère*. La chute de Galonné le ruinait. On trouva, lors du départ de ce dernier, pour 800,000 livres de billets souscrits par lui et non acquittés*. Les paya-t-il? Je Tignore. Quoi qu'il en soit, Gennevilliers fut vendu au duc d'Orléans, et il se défit de son mobilier. Le roi le lui acheta pour la somme de 48,000 livres*.
c( Dans ces circonstances, » dit encore le baron de Besenval, if la reine me prit sous le bras et m'emmena promener tète à tête dans ses jardins de Trianon, où elle me parla de la situation des affaires. » Il est inutile de rapporter ici celte longue conversation, rédigée sans doute après coup, où le baron « trop franc, j'ose dire o (c'est lui qui parle), « trop honnête pour s avilir au point de déguiser sa pensée », se donne le mérite d'avoir, dès le principe, percé à jour l'incapacité de l'archevêque et prédit les fâcheux résultats de son administration. « Je ne puis prendre sur moi, » dit-il en terminant à la reine, « de cacher à Votre Majesté qu'on ce lui fait le reproche de vouloir annuler le roi ; ce qui serait un « bien mauvais calcul; car soyez bien convaincue, Madame, « que la gloire ou le discrédit du roi rejaillit toujours sur vous. » Une telle conversation n'était pas faite pour plaire à la reine; aussi l'abrégea-t-elle le plus qu'elle put, en reprenant le chemin de la maison où la compagnie l'attendait; et, pendant tout le voyage, elle ne me parla plus de rien. »
A cette époque il vint à Trianon un envoyé de la reine de \aples, sœur de Marie- Antoinette, le chevalier de Bressac, « avec une mission secrète relative à un projet de mariage entre le prince héréditaire des Deux-Siciles et Madame royale. » Il avait Tair d'un aventurier et avait été choisi pour être au besoin désavoué, si la négociation ne réussissait point. Marie-Antoinette qui