‹ Le Petit-Trianon (volume 2)Chapitre 267 sur 362 · Dussieux. Histoire du Château de Versailles, II · texte numérisé non relu

Dussieux. Histoire du Château de Versailles, II

2. I) les avait achetés 1800 livres. Procès-verbal de vente, n« 11814.

APRÂS 1789. 359

théâtre, les étoffes des sièges et des appuis des galeries avaient été enlevées*. On lisait sur une pancarte accrochée aux torchères des groupes des avant-scènes : « En réquisition pour le Musée. »

Dans le jardin, continue Meyer, toutes les plantations étaient abandonnées et étouffées par les plantes sauvages qui embarrassaient le passage. « La nature, » dit-il, a s'y était abrutie. » Il reconnaît pourtant qu'avec très peu de travail il serait facile de rétablir tout dans son premier état. Dans le hameau, la plupart des fenêtres étaient brisées et les escaliers, à moitié rompus, étaient envahis par le lierre et la vigne sauvage. Quelques chaumières (sans doute la grange et la maison du jardinier, qui ont disparu) menaçaient ruine. On entrevoyait des hommes à mine suspecte se glissant derrière les maisons abandonnées pour aller abattre furtivement et voler des arbres dans le bois; et son guide lui fit à ce propos « des récits épouvantables sur les bandes de voleurs et d'assassins qui désolaient ce canton. »

En quittant le Petit-Trianon, le docteur Meyer s'en alla promenersarêverie dans les appartements déserts du palais de Versailles, où continuait à trôner en effigie le grand roi, coiffé du bonnet rouge, etsauvegardé par un écriteau qui le travestissait en Mars français^ protecteur de la liberté des peuples. « La soirée, » dit le docteur, « était obscure, des nuages roulants au-dessus du parc menaçaient d'une tempête. Cette solitude, ce silence me pesaient. Neuf heures sonnèrent. Dans l'instant, une musique en sourdine de flûtes et de harpes m'étonna; elle partait d'une horloge admirable que j'avais vue, douze ans auparavant, dans la chambre de la reine. C'était le tendre andante d'une sonate, précédant un adagio mélancolique. Il se terminait insensiblement par des tons qu'on entendait à peine. Alors se turent les flûtes, les harpes, et le silence de la mort régna de nouveau. »

Le docteur, on le voit, était doublé d'un poète ; mais, comme tous les poètes, il inclinait vers l'exagération. L'état du Petit-Trianon étaitloin d'être aussi déplorable qu'il le donne àentendre. La vérité

1. Ce détail est confirmé par le procès- verbal de vente du mobilier, n<> 10609.

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est que, à part la dégradation des deux chaumières, due sans doute à rintonipérie des saisons, il n'y avait aucune avarie sérieuse. Si Ton coupa en fraude quelques arbres, ce furent des troncs de peu de valeur, et Tabus ne dura pas longtemps. Une autre description, publiée avec de très remarquables gravures en couleur par un Anglais qui visita le Petil-Trianon en 1803*, c'est-à-dire avant toute restauration, nous a conservé Timage de trois fabriques du hameau dans le plus parfait étal de conservation*; les plantations aussi y paraissent florissantes.

Aucun établissement d'utilité nationale n'ayant été plac^, suivant le vœu exprimé par le conventionnel Couthon, dans le Petil- Trianon, Tadministration, lasse de conserver sans profit k le repaire des débauches d'Antoinette et de son exécrable cour', » prit le parti de le louer à un limonadier. On lisait encore, dans ces derniers temps, l'enseigne à demi effacée du café, sur le salon de jeu et de conversation. 11 y eut des danses publiques plusieurs fois par semaine dans le jardin. Garnerin y fît ses premières ascensions aérostatiques. M. Dussieux a relevé, sur ces bals, dans le Journal de Seine-et-Oise du 30 messidor an VU, un détail amusant. On était alors sur le pied de guerre avec l'Angleterre, et quelques militaires et patriotes très zélés « s'opposèrent, » dit la feuille départementale, « à ce que l'on exécutât la dcaise anglaise] mais ils ont cédé devant le bon esprit du reste de l'assemblée. «

Nous avons vu plus haut qu'il avait été question de transférer au Muséum d'histoire naturelle, à Paris, ce que Marie-Antoinette avait conservé, dans les serres du Petit-Trianon, des collections végétales formées par Louis XV. La création d'une école cen-

1 . L'ouvrage de Nattes, cité plus haut (p. 192), est sans date. Mais les gravures sont datées : la plus ancienne de 180o, la dernière de 1810. Il est dit dans le texte que le dessinateur rencontra Kotzebue avec madame Récamier à Saint-Denis. Les hostilités ayant recommencé avec l'Angleten^e à la un de 1803, Nattes a dil alors quitter la France. Son voyage doit donc être placé en

2. La maison du billard, le boudoir et la tour de Marlborough.

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