PLAN DU JARDINIBR ANTOINE RICHARD
gistes le rôle de dessinateurs de jardins, laissé jusque-là aux architectes; mais il ne lui suffisait pas de parler aux yeux du spectateur par une suite de tableaux variés, il s'adressait à son âme, et, par des inscriptions en vers, mises à propos sur un vieux saule au tronc noueux, sur un cabinet de verdure propre à la méditation, près de la roue d'un moulin, sur des ormeaux marqués des traces d'une inondation, en face de la vue d'un monastère , il lui suggérait des réflexions philosophiques ou sentimentales*. Il ne parait pas que ce jardin littéraire ait fait grande impression sur Marie- Antoinette, qui ne visait pas au bel esprit. Elle se contenta du projet de M. de Garaman, dont le motif principal était, comme à Roissy, une rivière descendant du point le plus élevé et faisant le tour de l'enceinte, avec de vastes pelouses ornées de fleurs sous les fenêtres du château, et trois groupes principaux de bosquets disposés de manière à former des points de vue. La supériorité de ce plan {pi. XI) sur celui de Richard saute aux yeux. Ce n'est plus un fouillis d'objets de toutes sortes entassés sans idée pittoresque. Il y a dans le tracé de M. de Garaman un véritable sentiment de la perspective et du paysage. Nous l'étudierons plus loin avec détail.
Richard, paraît-il, supporta difficilement la concurrence du jardinier grand seigneur. Le sans-gêne avec lequel celui-ci traitait les potagers de son père, au beau milieu desquels il plantait une montagne et creusait un lac, n'était pas fait assurément pour lui plaire. Les deux pièces suivantes laissent deviner des froissements. « Je vous envoie, monsieur, » écrit le comte de Noailles à M. d'Angîviller, directeur général des bâtiments, « le billet du sieur Richard fils. Il sera très soumis à vos ordres et a assez d'intelligence pour les bien exécuter; aussi, je crois comme vous que le règlement est très inutile. J'envoie la copie du billet à M. de Garaman : vous garderez l'original. Je suis avec beaucoup d'estime, de con-
1. Grimm. Correspondance littéraire, etc., édition Tourneux; Paris, 1877- 1882, 16 ▼. in-8% X, 522. — Madame Lebrun, I, 102. — Watelet. Essai sur les jardins: Paris, 1774.
sî dération et d'amitié, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur. NoAiLLES. » Voici rengagement souscrit par Richard: (( Je n'ai présenté mon plan à la Reine que parce que Sa Majesté me Ta ordonné et demandé; mais, dès que la Reine a jugé à propos d'en adopter un et de le signer de sa main, je serai soumis à tous les ordres qui me seront donnés par M. le comte de Caraman et par M. Mique, et les exécuterai fidèlement et promptement. Richard fils*. » A ce premier déboire se joignit bientôt une autre difficulté. On se rappelle que Belleville, jardinier du Grand-Trianon, avait eu jusqu'à ce jour tout le service dans ses attributions, à Tcxception des potagers et des collections botaniques. Il prélendit que rétablissement du jardin anglais était de son ressort, et Gabriel le chargea des plantations et terrassements nouveaux. Le jardin botanique étant supprimé, la situation des Richard allait être réduite presque à néant. La rivalité de Belleville était d'autant plus redoutable que son fils aussi avait été en Angleterre et en Hollande à l'école des jardiniers les plus célèbres*. L'intervention du comte de Noailles, protecteur des Richard, fit cesser le conflit et décider qu'à partir du 1°' janvier 1775 ces derniers auraient exclusivement le soin du Petit-Trianon*.
Au mois de septembre, Gabriel avait demandé sa mise à la retraite*, et l'on avait donné la direction des travaux à un autre architecte, Richard Mique\ C'était un Lorrain, et Ton sait que Marie-Thor«^sc avait recommandé d'une manière spéciale tous les Lorrains à sa fille. Mique était né à Nancy, le 18 septembre 1728, de Simon Mique, architecte, et de Barbe Michel. Il étudia d'abord l'architecture à Strasbourg, puis il suivit, à Paris, les leçons de
\. Oid879.
2. OM084. Congé accordé, le 4 mars 1766, à Belleville fils, adjoint à son père, « pour aller en Hollande et en Angleterre se perfectionner dans la culture des jardins ».