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L'auteur de la Correspondance secrète^ publiée par M. de Lescure*, nous met sous les yeux un tableau bien différent. « Le 24 août, veille de la fête du Roi, notre jeune Reine a surpris très agréablement son auguste époux par des divertissements auxquels il ne s'attendait pas. Les courtisans ont remarqué des moments de joie, puis de tendresse entre les deux époux, et prétendent même que la fête a été terminée par une scène passionnée dont la France verra les heureux effets dans neuf mois. »
Qui des deux chroniqueurs dit vrai? Il y a toute apparence que c'est le second, le « refus impitoyable » n'étant guère dans le caractère de Louis XVL Quoi qu'il en soit, les Mémoires secrets complètent ainsi leur récit, le 7 septembre : « La fête que la Reine devait donner au Roi le jour de la Saint-Louis n'ayant pu avoir lieu, comme on l'a dit, a été renvoyée à un temps plus opportun. S. M. a déterminé le Roi à l'agréer, et ce monarque, toujours disposé à se prêter aux plaisirs de son auguste compagne, s'est enfin rendu au Petit-Trianon mercredi. Rien de si délicieux, et il paraît que ce retard n'a servi qu'à rendre le divertissement un peu plus cher, car on l'évalue encore plus haut qu'on ne l'avait fait. »
Cette fête dut en effet être très dispendieuse. Elle dura tout le jour*. « Le parc représentait une foire : les dames de la cour étaient les marchandes, la Reine tenait un café comme limonadière; il y avait des théâtres et des parades çà et là. » D'après les mémoires de dépenses, on avait figuré sur la pelouse, au moyen de planches et de châssis, une place publique avec des bornes et des fontaines placées dans des niches : on y voyait des boutiques
{ . Correspondance secrète inédite sur Louis XVI, Marie- Antoinette, la cour et la ville, de illl à ild2, publiée d'après les manuscrits de la bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg; Paris, 1866, 2 v. in-8% I, 93.
2. S'il fit le même temps qu'à Paris, où il tomba une forte pluie dans la matinée, par un venlN. 0., le jardin dut être mouillé. Voir les observations météorologiques manuscrites, consignées, depuis 1774, dans une collection de YAlmanack royal appartenant à la bibliothèque du ministère de Tinlérieur. Le Journal de Paris, qui commença à paraître le !•' janvier i777, fournil quotidiennement les mêmes renseignements.
100 LB JARDIN AKQLAIS.
de boulanger, charcutier, rôtisseur et pâtissier. Ailleurs, une guinguette était entourée de vingt et un berceaux de treillage, chacun d'eux portant le nom d'une maison royale sur un écriteau. Plus loin, on rencontrait un thé&tre en plein vent, à la façade ornée de motifs d'architecture. Sur un autre point, c'était un cabinet de Cornus dont la devanture offrait diverses inscriptions. Des guirlandes de fleurs' reliaient entre elles toutes ces fabriques, etaumilieudujardin,surunsocle peintenmarbre rouge, s'élevait un pavillon d'où l'on embrassait l'ensemble de la décoration. Le soir, le jardinfut éclairé par 2,600 lumières colorées*. Arextérieur, « les avenues du ch&teau étaient bordées de boutiques de marchands de Paris qu'on avait engagés à venir et à chacun desquels on paya quatre louis pour ses faux frais. » Carlin, le célèbre arlequin do la comédie italienne, et Dugazon, de la comédie française, cachés dans des carcasses d'osier en forme de pie et do dindon', firent une parade dans la boutique d'un oiseleur. Sur le théâtre improvisé, on représenta des proverbes entremêlés de couplets*, l'opéra-comique des Sabots*^ et un ballet grotesque, les Meuniers, où l'on voit figurer un homme habillé en femme, un président,! un commissaire, des meuniers, des savoyards et des paysans allemands. Enfin, au jeu de bague, entouré pour la circonstance d'un amphithéâtre de gradins, sur lesquels on avait peint quarante vases de porcelaine garnis de fleurs, il y eut une fête chinoise, à laquelle les musiciens des gardes françaises, travestis en chinois, prêtèrent leur concours*.
« En dépit de M. Necker, » continuent les auteurs de la Cor-
i. La seule façon des guirlandes coûta 1,439 liv. 10 s.
2. 11 y avait, entre autres, 1 ,828 lanternes en fil de fer, dont 509 grandes, 574 moyennes et 745 petites, avec fond, anses et bobèches de fer-blanc.
3. Parmi les accessoires, on remarque une brouette blanche semée de fleurs de lis qui servit sans doute à une autre parade.