Mercy, III
dame Elisabeth. Madame et le comte d'Artois, qui s'étaient séquestrés avec elle pendant sa maladie « et lui avaient marqué un attachement et des soins auxquels Sa Majesté avait été très sensible. » devaient y venir une partie de la journée. « L'abbé de Vermond n'avait pas suivi sa souveraine, » mais il était convenu qu'il se rendrait à Trianon une ou deux fois la semaine \ La suite de la reine était fort nombreuse : toute sa maison l'accompagnait; et comme le petit château et ses dépendances ne suffisaient pas à contenir tout ce monde, on l'avait logé à Trianonso us-Bois*.
Mercy était assez inquiet de la tournure que prendrait ce voyage. Pendant sa maladie, Marie-Antoinette, privée de la compagnie de la comtesse de Polignac, retenue en son hôtel par le même mal, avait été prise de l'étrange fantaisie, à laquelle le roi eut l'inconcevable faiblesse d'acquiescer, de se faire garder par quatre courtisans : le duc de Coigny, le duc de Guines, le comte Esterhazy et le baron de Besenval, à l'exclusion des dames du palais et de toutes les charges de sa maison, la dame d'atours et la dame d'honneur étant seules admises pendant quelques instants. Ces messieurs s'étaient établis à demeure dans la chambre de la reine, n'en sortant que pour prendre leurs repas. Ils avaient même prétendu y passer la nuit, et Mercy eut beaucoup de peine à obtenir qu'ils se retirassent de onze heures du soir à sept heures du matin. Il faut dire que Madame, le comte d'Artois et la princesse de Lamballe restaient en même temps auprès de la reine. On imagine ce qu'un arrangement si singulier excita de murmures et de plaisanteries. On mettait, dit Mercy', en question (( quelles seraient les quatre dames choisies pour garder le Roi au cas où il tomberait malade. » De leur côté, les quatre nouvelles femmes de chambre de la reine lui suggérèrent dans leurs
i. Mercy, HI, 305, 316.
2. Mercy, UI, 304. On fît garder par deux suisses la partie du jardin français qui avoisine le Grand-Trianon. Archiv. nat. OM876.
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conversations toutes sortes d'idées nuisibles : « des insinuations d'intrigue, des personnalités, des vues fausses en tout genre, » allant jusqu'à l'indisposer contre le roi. Ces messieurs suivaient Marie-Antoinette à Trianon, en qualité d' « externes » comme dit Mercy* : ils étaient autorisés à y passer la journée, sans y avoir de logement cependant. L'ambassadeur craignait que l'excès de leur faveur ne les portât à quelque démarche compromettante pour cette princesse.
Le baron de Besenval était une créature du duc de Choiseul et du comte d'Artois. Lieutenant général depuis 1762, grand-croix de l'ordre de Saint-Louis depuis 1766, il faisait fonctions de lieutenant colonel dans le régiment des gardes suisses qui avait appartenu au duc de Choiseul et dont la propriété revint au comte d'Artois avec la charge de colonel général des Suisses et Grisons. « Il avait une belle taille, une figure agréable, de l'esprit, de l'audace. » « Cinquante ans révolus, des cheveux blanchis lui faisaient obtenir cette confiance que l'âge mûr inspire aux femmes*. » La duchesse de Choiseul le trouvait fort aimable et écrivait à madame Du Deffand qu'il « mettait beaucoup dans la société. » « Cependant, ses manières étaient trop libres et sa galanterie de mauvais ton; même entre hommes, sa conversation était plus cynique que piquante et sa gaieté plus railleuse qu'enjouée. » Tous les contemporains s'accordent à reconnaître en lui un intrigant, d'autant plus dangereux qu'il cachait son astuce sous les dehors de rondeur et de franchise d'un bon et brave Suisse. « Il parlait de ses montagnes avec enthousiasme ; il eut volontiers chanté le ranz des vaches avec les larmes aux yeux. » C'est ce qui lui concilia les sympathies de la reine. Le duc de Lévis dit qu'il donna à Marie-Antoinette de funestes conseils ; il l'accuse de l'avoir poussée à s'affranchir de toutes les entraves de l'étiquette, et d'avoir développé en elle par ses applaudissements « un malheureux penchant pour la raillerie » qui éloigna