Paris, 177Î5, in
autres de ces maisons renferment : Tune, un cabinet de lecture orné d'armoires en bibliothèques, remplies de livres, et l'autre, une salle de billard décorée de trophées de jardinage... » Toutes ces maisons, ainsi qu'une salle à manger et une grange dont nous parlerons tout à l'heure, avaient été élevées sur les dessins et sous la direction de Le Roi, architecte du prince. Elles étaient entourées d'un fossé d'eau vive qu'on traversait sur plusieurs petits ponts en bois.
Ces diverses fabriques étaient couvertes de chaume, et « présentaient l'extérieur d'une rustique simplicité, mais l'intérieur offrait un contraste frappant ». Tous ces rois, ces empereurs qui se promenaient à travers l'Europe, sans suite, sans apparat, logeant dans des hôtels garnis, jouissant intérieurement de la pensée que leur majesté rayonnait à travers leur incognito comme le soleil dans un nuage, ne s'amusaient à ce jeu que parce qu'ils savaient n'avoir qu'un mot à dire pour se voir entourés tout à coup des pompes et des honneurs souverains. On raffolait alors de changements à vue, de surprises, d'enchantements, comme dans les féeries. Ces têtes en ébullition qui discutaient les problèmes les plus ardus de la philosophie et de la politique, qui se frayaient des voies nouvelles dans les sciences mathématiques, physiques et naturelles, qui se passionnaient pour les voyages de découvertes, qui exhumaient les souvenirs et les monuments des générations éteintes, qui brisaient les barrières de l'esprit latin pour s'ouvrir aux influences de la Germanie et de l'Angleterre, n'avaient pas encore assez de toute cette fermentation d'idées : il leur fallait le rêve, l'impossible, le merveilleux. On dévorait les contes de fées : contes de Perrault, de la comtesse d'Aulnoy, de la comtesse de Murât, de mademoiselle de La Force, de mademoiselle Lhéritier, d*Hamilton, contes arabes, contes persans. Et il ne faut pas croire que ce soient seulement des personnes frivoles qui s'en amusent : les hommes les plus sérieux ne dédaignent pas de les lire. Le duc de Choiseul, à Chantcloup, y cherchait une consolation à sa disgrâce ; l'abbé Barthélémy et madame Du Deffand étaient oc-
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cupés à en fournir sa bibliothèque*. c( M. de Choiseul, » écrit la duchesse, sa femme, « se fait lire des contes de fées toute la journée. C'est une lecture à laquelle nous nous sommes tous mis ; nous la trouvons aussi vraisemblable que l'histoire moderne. » Les contes de fées ne manquaient pas dans la bibliothèque de la reine à Trianon*. L'engouement pour ces lectures devint tel que, en 1785, un libraire entreprit d'en publier une immense collection, avec de délicieuses gravures de Marillier, en quarante et un volumes in-8°', qui n'épuisa pas la soif du public pour ce genre de fictions, car trente-neuf volumes de voyages imaginaires ^ qui suivirent, trouvèrent encore des amateurs.
Les hameaux bâtis dans les parcs des grands seigneurs ménageaient aux visiteurs les surprises de la magie. On s'amusait bien, un instant, à la vacherie et au moulin, mais on n'entendait pas vivre soi-même en meunier ou en paysan. Quand on mettait le pied sur le seuil d'une chaumière croulante, la fée, qui changea pour Cendrillon une citrouille en carrosse et des souris en chevaux magnifiquement caparaçonnés, la touchait de sa baguette, et, en ouvrant la porte, on se trouvait dans un palais enchanté. A Chaillot, chez le comte d'Harcourt*, c'était l'intérieur d'une tente, décorée de trophées militaires, qui s'offrait tout à coup aux regards.
A Chantilly, les murs d'une grange délabrée, percés de mauvaises lucarnes aux vitres garnies de plomb, cachaient un salon superbe. « Des pilastres corinthiens accouplés, rouges, cannelés en argent, entourés de guirlandes de fleurs, en décorent le pourtour; ils supportent un entablement dont la frise est ornée de consoles et de guirlandes qui serpentent autour de la corniche. Le plafond représente un ciel où l'on