‹ Le Petit-Trianon (volume 3)Chapitre 184 sur 355 · LA ROBE BLANCHB DE LA REINE · texte numérisé non relu

LA ROBE BLANCHB DE LA REINE

Les divertissements nocturnes furent un peu gâtés par la température qui était plus basse que d'ordinaire à cette époque de Tannée. « Je me porte bien, » écrit le roi de Suède, « à un furrieux rume près, que je dois au froid excessif qu'il fait ici. » Le ciel était couvert, mais il ne plut pas et le vent* ne contraria point rillumination qui fut plus éclatante encore que les précédentes. Aux éventails et aux ifs chargés de lumières, à ces lampions couverts qui donnaient, au dire de la comtesse de Sabran*, des reflets si doux et « des ombres si légères que Teau, les arbres, les personnes, tout paraissait aérien; » aux transparents figurant des amoncellements de roches près de la cascade, des touffes de roseaux, des buissons factices, des pots à bouquets, on ajouta cinq cent cinquante-huit autres transparents peints à la détrempe et soixante-douze à Thuile, représentant des rochers, des arbustes, des fleurs. Le feu derrière le temple consuma 6,400 fagots*.

L'effet des robes blanches, au milieu de cette féerie, devait être surprenant. Un costume était aussi imposé aux hommes invités à Trianon. Ce détail nous est révélé par un état de la garde-robe du duc de Guiche, conservé aux archives de Seine-et-Oise*. On y trouve énumérés les uniformes de chasse ou d'appartement qui étaient de rigueur dans certaines résidences. Il y avait des habits différents à la cour pour l'équipage du cerf, pour l'équipage du sanglier, un uniforme pour les chasses du comte d'Artois, un autre pour Choisy. Quand on était reçu chez le prince de Condé, il fallait trois costumes : pour la chasse du cerf, pour celle du sanglier, pour les salons. L'habit de Trianon était écarlale, avec une

1. Bibliolhèque du ministère de rintérieur : Almamtch royal annoté.

2. Correspondance de la comtesse de Sabran et du chevalier de Bouf fiers; Paris, 1873, in-S», 291.

3. Ils coûtèrent l,2171iyres. Arch. nat. Oi 1875, 1878, 1879, 1884. — Il existe aussi aux archives nationales une relation du voyage de Gustave 111, rédigée principalement au point de vue du cérémonial, mais qui ne contient aucun détail relatif à la réception de Trianon. K. i6i.

veste à fond blanc, brodée de fil d'or*. C'est toujours, comme on voit, la livrée de la reine. Il est probable que l'habit de Trianon n'était pas obligatoire pour les hommes autorisés accidentellement à se promener dans les jardins pendant une illumination ou un concert, et que les courtisans admis à la table ou aux spectacles de la reine le portaient seuls. En quittant la France*, Gustave III fit promettre à la reine de lui envoyer son portrait et celui de ses deux enfants. Elle tint parole et y joignit un souvenir du Petit-Trianon où le monarque avait été reçu avec tant de magnificence. Nous aurons à reparler de ce tableau que, par une délicate attention, elle commanda à un artiste suédois.

1. L*état de la garde-robe dit : « même galon que celui de Choisy, » sans décrire ce dernier. L*habitde Trianon du duc de Guiche datait de 1783.

2. D'après le journal de Louis XVI, le comte de Haga soupa le 19 juillet avec la famille royale et partit après souper. La reine de son côté alla s'établir à Trianon.

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