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bien que leurs jardinets qui, plantés suivant Tusage de la campagne, se prêtaient, par leurs accompagnements, à la plaisanterie de faire de chacune des dames de la reine une paysanne ayant ses occupations rurales. Aussi^ au logement de la meunière, voyait-on tourner la roue d'un petit moulin à eau. »
Ducliesne ne parle que d'une meunière. On a depuis imaginé toute une légende que M. Alexandre Monavon, régisseur de Trianon, a recueillie dans une Notice descriptive qui se vend à la porte du palais*. « Louis XVI, » dit-il, <« était, cela s'en va sans dire, le seigneur de ce singulier village en miniature; Marie- Antoinette en était la fermière; le comte d'Artois remplissait les fonctions de garde-chasse; le comte de Provence était lo meunier; le cardinal de Rohan, le curé; le prince de Polignac, le bailli. » Dans ce scénario, la grande maison de la reine est devenue la maison du seigneur ^ le bâtiment à côté, qui s'appelait avant 1789 la maison du billard, prend le nom de maison du bailli^ et le poulailler celui de presbythe* . Faire du cardinal de Rohan, qui ne parut qu'une fois en fraude au Petit-Trianon en 1782, et auquel Marie- Antoinette, à la cour, où il ne se présentait que très rarement, n'adressait même jamais la parole, le curé du hameau de la reine, hameau sans église d'ailleurs et dont la construction s*achevait à peine quand il fut emprisonné, c'est, on en conviendra, dépasser en fantaisie les plus invraisemblables romans. L'ensemble de cette légende, à la cure du cardinal près cependant, a été forgé de toutes pièces par un Allemand, le docteur Meyer, qui visita la France en 1796. « Le hameau, » dit-il, « était le réduit secret des plaisirs particuliers de la famille royale ; on s'y livrait à des amusements innocents et enfantins. Le roi se déguisait en meunier, la reine en paysanne.
!• Versailles, 1882, m-8«.
2. Cette histoire n'était pas encore imaginée en 1808, car Alexandre Delaborde donne aux maisons les noms indiqués dans les documents antérieurs à la Révolution, noms que reproduit d'ailleurs le procès-verbal d'estimation du 12 messidor an IV.
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Monsieur en maître d'école; et la famille habitait ce hameau plusieurs jours dans ce costume*; »
A part Tallusion de Duchesne à une meunière, dont j'ai parlé plus haut, on ne trouve rien dans les auteurs contemporains qui ait trait à une pareille plaisanterie. Madame Campan, dans la description qu'elle fait de la vie à Trianon, après la construction du hameau, ne dit pas un mot de l'histoire racontée par Meyer. « La reine, » dit-elle', « y avait établi tous les usages de la vie de château; elle entrait dans son salon, sans que le pianoforte ou les métiers de tapisserie fussent quittés par les dames, et les hommes ne suspendaient ni leur partie de billard ni celle de trictrac. Il y avait peu de logement dans le petit château de Trianon. Madame Elisabeth y accompagnait la reine; mais les dames d'honneur et les dames du palais n'y furent point établies. Selon les invitations faites par la reine, on y arrivait de Versailles pour l'heure du diner. Le roi et les princes y venaient régulièrement souper. Une robe de percale blanche, un fichu de gaze, un chapeau de paille étaient la seule parure des princesses; le plaisir de parcourir toutes les fabriques du hameau, de voir traire les vaches, de pêcher dans le lac enchantait la reine. »
C'était là, en effet, ce qu'il y avait de piquant pour ces princesses, qui ne connaissaient que le faste de la représentation et ne vivaient qu'entourées de courtisans et de laquais. Approcher de ces petites gens qu'elles n'avaient aperçues jusque-là que si loin et si bas qu'il semblait à peine qu'elles fussent du même limon, les voir vaquer aux occupations de leur ménage, étudier leurs idées et leurs sentiments, entendre leur langage simple et grossier était un amusement bien plus nouveau que de tenir des rôles empruntés, comme des enfants qui joueraient au monsieur et à la dame. On verra, trois ans après, toute la mai-
1. Fragments sur Paris, traduits par Dumouriez; Hambourg, 1798, 2 vol. in-8®, IL D'après le journal de Louis XVf, la famille royale a d'ailleurs, en Irois ans, soupe ou dîné quatre fois seulement au hameau.
son de madame Elisabeth s'inquiéter des tristesses du vacher de Montreuir, chercher à pénétrer 'son secret, découvrir que, tandis qu'il se consume à Versailles, sa fiancée* languit là-bas, en Suisse, et la marquise de Travanet, sœur de la marquise de Bombelles, composer sur cette idylle une chanson qui a surnagé dans la tourmente révolutionnaire.
Quand tu venais partager mes travaux,
Je trouvais ma tâche légère, T'en souvient-il? tous les jours étaient beaux.
Qui nous rendra ce temps prospère?
Pauvre Jacques! quand j'étais près de loi,
Je ne sentais pas ma misère, Mais, à présent que tu vis loin de moi,
Je manque de tout sur la terre.
Il nous reste trois charmantes miniatures de Van Blarcnberghe, exécutées en 1786, qui nous retracent l'aspect du hameau à cette époque. Dans Tune, on voit le moulin, avec des femmes qui lavent au ruisseau, et le bouvier Valy venant y faire moudre son blé porté par un âne qu'il pousse devant lui; un pécheur jette son filet dans le lac, tandis que la fille de la ferme y fait boire une vache [pL XVIII). — Une autre représente le boudoir de la reine, au milieu d'un jardin enclos d'une palissade rustique. Une vigne vierge tapisse les murailles et couvre un berceau élevé au-dessus do Tescalier, tandis que des roses grimpantes s'étendent sur un hangar à côté. Breval, en manches de chemise, a été remplir ses arrosoirs au lac et les emporte pour rafraîchir les fleurs et les légumes. Un enfant, sur le bord, excite un chien à se jeter à Teau. — La troisième vue est prise du jardin du boudoir, dans lequel Breval, au premier plan, donne des bouquets à deux promeneuses. Un jardinier, la pelle sur l'épaule, passe sur le chemin; une barque traverse le lac. A
\ . Jacques Besson, de Fribourg.