‹ Le Petit-Trianon (volume 3)Chapitre 251 sur 355 · La Marck, I · texte numérisé non relu

La Marck, I

3^1 4 LB HAMBAU.

Nous n'avons pas une seule fois rencontré le comte Fersen à Trianon. Il était cependant revenu à Versailles, après la guerre d'Amérique, et avait obtenu un régiment, le Royal -Suédois. Il se partageait entre sa patrie d'adoption et son pays natal. En France, il vivait à la cour quand les exigences du service militaire no l'appelaient pas en Flandre, où il tenait garnison*. La reine lui avait conservé les sentiments de la plus confiante amitié, comme le démontre la correspondance publiée par le baron de Klinckowstrom, correspondance où des ratures multipliées soulignent si maladroitement certaines expressions un peu vives. Mais il ne parut jamais dans la société des favoris, « bien qu'ils lui eussent fait toutes les avances pour l'y attirer. » Le comte de La Marck pense que c'est sur l'inspiration de Marie-Antoinette qu'il agit ainsi.

Depuis quelques années, la reine avait inspiré un amour insensé à un ancien conseiller au parlement de Bordeaux, nommé de Castelnaux, dont l'esprit était aliéné. Pour la voir, il la suivait partout, au jeu public, à la chapelle, au spectacle; il accompagnait la cour dans tous ses voyages, à Fontainebleau, à Saint- Cloud, sans parler jamais à personne. « A Trianon, » dit madame Campan', « la passion de ce malheureux homme devenait encore plus importune ; il mangeait à la hâte un morceau chez quelque suisse et passait le jour entier, même par la pluie, à faire le tour du jardin, marchant toujours au bord des fossés. La reine le rencontrait souvent quand elle se promenait seule ou avec ses enfants. Cependant elle ne voulait permettre aucun moyen de violence pour la soustraire à cette insoutenable importunité. Ayant un jour donné à M. de Sèze' une permission d'entrer à Trianon, elle lui fit dire de se rendre chez moi, et m'ordonna d'instruire ce célèbre avocat de l'égarement d'esprit de M. de Castelnaux, puis de l'envoyer chercher pour que M. de Sèze eût

i . Son régiment était cantonné à Valenciennes et à Maubeuge.

Page 1