‹ Le Petit-Trianon (volume 3)Chapitre 73 sur 355 · I. Lettre du 25 février i · texte numérisé non relu

I. Lettre du 25 février i

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VOUS ayez des ordres à me donner. Mais je dois rendre compte à mon supérieur de mes projets et tentatives auprès de M. le garde des sceaux pour rétablissement de mon fils en Lorraine. Je me trouverais fort heureux si, après avoir rempli mes devoirs à cet égard, je pouvais obtenir vos bontés et votre protection pour Taîné de mes cinq enfants. » Mais Tirritation du directeur des bâtiments était trop profonde pour s'apaiser si vite. Au moment même où on lui remettait le billet de Mique, il était occupé à lui rappeler la demande qu'il lui avait adressée, le 24 janvier, d'un état des travaux et des dépenses du Petit-Trianon. Ces mots : « Je ne vous parlerai d'aucune affaire concernant les bâtiments » le firent bondir. « Je reçois dans l'instant même* votre lettre, monsieur, et j'interromps celle-ci pour y répondre. Vous me dites que vous ne me parlerez point de bâtiments. Eh ! Monsieur, quand donc ai-je refusé de vous entendre, et que peut vouloir dire cette précaution? Je vous entendrai sur tout et toujours avec grand plaisir. J'aurais désiré bien plutôt que vous me parlassiez beaucoup de bâtiments. Croyez que j'ai envie que le service soit bien fait, que les intérêts du Roi soient suivis avec zèle et scrupule; croyez que je n'ai pas d'autre envie; croyez que, en faisant ce qui est et qui va prendre sa marche, j'ai prévu des contrariétés; mais mon intention est assez pure pour en espérer le succès. Au reste, monsieur, ce que je pourrai faire pour concourir à vos vues pour M. votre fils, je le ferai avec un très grand empressement, et, si je puis contribuer au succès, j'en serai d'autant plus aise que je n'ai jamais eu à votre égard d'autres dispositions*. »

Le nouveau règlement que M. d'Angiviller défend avec tant de chaleur supprimait le premier architecte, dont l'action prépondérante ne laissait guère au directeur que les honneurs de sa charge, et répartissait ses attributions entre plusieurs fonctionnaires ayant le titre d'intendants généraux. Les premiers fu-

i. 26 février 1777.

ront: Mique, qui, nommé premier architecte le 21 mars 1775, n'eut plus, à partir de 1777, que Thonorariat de la fonction, Soufflot et Hazon. En maintenant un contrôleur général à la tête de ses bâtiments, la reine annihilait l'effet de la réforme tout au moins dans une partie du service. Le directeur espéra un instant qu'elle comprendrait d'elle-même l'anomalie d'une situation qui faisait dépendre de l'administration des bâtiments, pour les finances, un service dont le contrôle lui échappait. Mais il ne tfi^rda pas à reconnaître l'inanité de son espoir. « Sa Majesté », écrit-il à Mique, le 4 avril, « m'a fait l'honneur de me dire qu'il est dans ses intentions que tout ce qui concerne l'établissement de son jardin soit traité et suivi par vous. » Et, se résignant à faire la part du feu, il décida que les travaux de Trianon seraient divisés en deux parties : l'une comprenant le jardin anglais pour lequel il se réduisait au rôle de bailleur de fonds; l'autre, le château, les potagers et le jardin français qui rentreraient dans le département des bâtiments du roi, tout en étant dirigés, comme le jardin anglais, par Mique.

L'exemple de Turgot était trop récent pour qu'il no comprît pas le danger d'une résistance que la faiblesse du roi rendait d'ailleurs inutile. La tiédeur des premiers jours fera bientôt place au zèle le plus empressé. Je vous recommande « encore plus particulièrement aujourd'hui », écrira-t-il à l'architecte, le 27 avril, « de pousser les travaux en question avec la plus grande diligence et de satisfaire à ce que les ordres ultérieurs de S. M. pourraient prescrire au-delà des plans et devis que vous m'avez fait passer et que je n'ai désirés que pour ordre d'affaires. Dans tous les cas de ce genre, vous devez être d'autant moins arrêté sur l'expédition la plus prompte que le règlement arrêté par le Roi, le 26 décembre 1776, et dont je vous ai remis une expédition, y a pourvu par une disposition expresse. »

Il était heureux que le fameux règlement prévît les exceptions, car, à Trianon, à peine un devis sera-t-il approuvé qu'un projet nouveau viendra déranger toutes les combinaisons arrêtées. Le directeur aura beau faire remarquer que ces dépenses supplé-

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mentaircs, se présentant au moment « où les spéculations de Tannée étaient arrêtées, même avec l'incertitude de pouvoir les remplir toutes également », rompaient l'équilibre du budget des bâtiments : on n'en aura cure ; la reine ne supportait ni observation ni retard. Le directeur reconnaîtra qu'il n'y a qu'à obéir et sans délai. « Vous connaissez notre maîtresse, » disait un autre fonctionnaire de la couronne*, « elle aime à^jouirpromptement.» Aussi fera-t-il suivre d'un correctif les plaintes qu'il n'exhalera plus que timidement et tout bas : « Je vous répète cependant que mon premier vœu est que la Reine soit satisfaite, dussé-je essayer de remettre quelques autres parties* » ; et ailleurs : « Il s'agit de satisfaire la Reine : ce mot exprime tout pour vous comme pour moi. » Mais l'argent se trouvera moins facilement que les protestations de zèle ; les entrepreneurs qui ne seront payés que très irrégulièrement (on leur devait encore, le 31 août 1791, près de 500,000 livres') murmureront; et il courra bientôt, sur les dépenses de Trianon, des bruits qui, d'écho en écho, iront retentir jusqu'au tribunal révolutionnaire. Mercy signale un premier mouvement de l'opinion, dès le 17 septembre 1776*. M Le public, » écrit-il à Marie-Thérèse, « a vu d'abord avec plaisir que le Roi donnait Trianon à la Reine. Il commence à être inquiet et alarmé des dépenses que S. M. y fait. Sur son ordre on a culbuté les jardins pour y faire un jardin anglais qui coûtera au moins 150,000 livres. » S'il avait dit 150,000 livres par an, l'excellent ambassadeur eût été moins loin de compte. Mais ce qui surtout nuira aux finances, ce sera le désordre résultant de l'impossibilité de maintenir dans des limites réglées les budgets des divers services royaux, dont les prévisions seront sans cesse modifiées par le caprice d'une jeune reine qui n'avait alors, nous dit Mercy lui-même, qu'une pensée : le plaisir. *

\, M. de Fontanien, intendant et contrôleur général du garde-meuble du roi. Lettre du iO juillet 1780 à Mique. 0>1879.

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