‹ Le Petit-Trianon (volume 3)Chapitre 75 sur 355 · LesJardinSf poème, ch. ni · texte numérisé non relu

LesJardinSf poème, ch. ni

3. Le plan, reproduit dans notre planche XI, a été dressé en 1783. Il nous représente le projet de Blique complètement exécuté. Les chiffres, qu'on voit marqués sur la partie spéciale au jardin de la reine, correspondent aux indications suivantes : i cour, 2 château, 3 jeu de bague, 4 temple, 5 groUe, 6 orangerie, 7 réservoir du Trèfle, 8 belvédère, 9 maison du jardinier, 10 comédie, 11 ménagerie, 12 pavillon de jeu, 13 salon frais, 14 communs, 15 chapelle.

avec un grand rocher. Une source, sortant de la montagne à quelques pas des poulaillers, transformés en foyers pour les acteurs, s'épanchera dans un petit lac derrière le rocher, à travers les fissures duquel elle s'échappera en bouillonnant pour former un plus grand lac aux bords èchancrés, qui baignera le pied des collines. Ce lac donnera naissance à une rivière, dont le lit sera barré par des quartiers de roche occasionnant différentes chutes d'eau. Une première île, toute petite, auprès du lac, une plus grande, au sud-est de l'enceinte, agrémenteront son cours. Devant le château, la rivière étendra deux bras dessinant une presqu'île, et ira se perdre près de la porte verte dans un ravin. Sur la rive gauche, elle sera bordée par une avenue d'arbres de Judée, derrière laquelle s'élèvera un monticule boisé qu'on appellera le bocage. En face, à l'autre boiit du jardin, sur la rive droite, était déji planté le bosquet vert. Entre deux, la plaine sera coupée par un bouquet d'arbres allongé qui aura le nom de Umaçon. Voilà pour le paysage.

Passant aux fabriques qui doivent le décorer, la principale consistera en un temple circulaire placé dans la grande île, visà-vis du château. Il y aura ensuite un ermitage avec sa cloche ; — un salon hydraulique, formé de pilastres et de colonnes d'eau jaillissante, où l'on respirera un air frais pendant les grandes chaleurs ; — un cabinet de treillage couvert de roses grimpantes; — un parc de moutons à la chinoise pour animer les pelouses; — des bancs chinois et des canapés turcs en pierre, « peints comme s'ils étaient d'étoffe*; » — une ruine sur le grand rocher, « représentant un temple ancien' entouré de débris supposés tombés du frontispice; » — enfin, pour permettre d'embrasser d'un coup d'œil toutes ces merveilles, un belvédère sur la montagne près

1. Si Ton veut se faire une idée de la façon dont on entendait le genre turc, il faut aller, à Fontainebleau, voir un cabinet orné de cette façon, dans les petits appartements de Marie-Antoinette.

2. « D'après la 44* planche des ruines de Balbec. » Elle représente un édifice circulaire d'un dessin très élégant. Voy. les Ruines de Balbec, autrement diteHéliopiAiSy dans la Cœlosyrie, par Robert Wood; Londres, 1737, in-folio, fig.

PROJET DE l'aRGHITBCTB MIQUE. 91

du rocher. — Mique demandait en outre que la grande serre botanique fût détruite et remplacée par une nouvelle à l'extrémité du fleuriste devant la maison de Richard*.

Marie- Antoinette approuva le plan pour le paysage, dont l'idée appartient au comte de Caraman. Elle écarta Termitage, le parc de moutons, le cabinet de treillage, le salon hydraulique, vieille machine surannée du temps de Louis XIV, et le simulacre de ruines dont une satire contre Is, jardinomanie* disait avec raison :

Tout ce grolesque amas de modernes ruines, Qu'est-ce qu*un monstre informe, un enfant décrépit?

Elle admit le temple et le belvédère et décida la démolition de la serre et sa réédifîcation sur un autre terrain*.

Le devis une fois arrêté, on fit faire, pour les édifices et les diverses parties du jardin, des modèles en relief. Le plus grand soin était apporté à la confection de ces maquettes, et tous les détails en étaient minutieusement finis. On les exposait devant la cour*. Elles étaient ainsi examinées sous toutes les faces ; chaque courtisan disait son mot, et le souverain jouissait par avance de l'œuvre projetée. Si certaines parties semblaient défectueuses, elles étaient refaites jusqu'à ce qu'on eût obtenu un résultat satisfaisant. Ces modèles à la vérité coûtaient cher*, mais bien des fautes se trouvaient évitées dans l'exécution, et l'on était sûr de l'effet à produire. Nous en reparlerons lorsque nous décrirons les diverses constructions du Petit-Trianon.

Page 1