PREMIER VOYAGE DE LA REINE. 12S
glant'. « Du fond du cœur, » dit-il, « je devins l'ennemi mortel de la reine. » Cette déposition d'un homme taré et hostile, malgré la forme sentimentale dont il Ta enveloppée, a donc peut-être encore moins de valeur que les bruits dont je parlais tout Theure*.
Revenons au premier voyage de Trianon. Le roi ne paraît pas en avoir été très satisfait. « Les vingt et un jours de séparation d'usage pour la rougeole étaient finis, deux jours avant que la Reine revînt à Versailles. Monsieur, frère du Roi, avait été dîner chez la Reine. Le Roi n'y avait point paru, ce qui, joint à quelques propos de ce monarque sentant l'indifférence sur ce qui se passait à Trianon, avait fait raisonner la cour et la ville. La Reine me marqua d'en être fort mortifiée et piquée ; je tâchai de la calmer, et, en la suppliant de ne témoigner aucune vivacité, je proposai la forme qui me paraissait la plus propre à dissiper ce petit nuage. La Reine, ayant daigné se prêter à ce très humble avis, tint la meilleure contenance à son retour, et, dès le lendemain, elle se retrouva comme auparavant avec le Roi qui fut plus doux et plus empressé que jamais'. »
Faut-il après cela s'arrêter à discuter l'authenticité d'une lettre de Marie-Antoinette à sa mère, publiée par M. d'Hunolstein, laquelle est datée de Trianon et commence ainsi : « Je me suis établie ici depuis deux jours avec le Roi... » Ce n'est pas la peine, n'est-ce pas*? Nous savons maintenant, et de reste, que Louis XYI ne fît pas même une apparition à Trianon, au mois
1. « Ne me parlez plus de M. de Tilly, qui vil publiquement avec une aclrice, aux dépens de M. de Veimerange qui, dit-on, vole l'Étal, » Tilly se défend énergiquement d'avoir vécu aux dépens de M. Veimerange, intendant de la direction des postes et relais, sous les ordres du duc de i olignac ; mais il avoue s'être servi de lui, par l'entremise de sa maîtresse, pour favoriser un agiotage aux bénéfices duquel il prenait part.
2. Tilly, II, chap. xvii, xviii. III, suite des Mémoires. — On sait que lord Holland, dans ses Souvenirs, a raconté que madame Gampan avait dû faire échapper Fersen de la chambre de la reine, le matin du 6 octobre 1789. Celle assertion est formellement démentie par le comte de La Marck.