‹ Le Petit-TrianonChapitre 101 sur 314 · Comédie en vers libres · texte numérisé non relu

Comédie en vers libres

ISS LE JARDIM ANGLAIS.

détailB accessoires, a élé plus que suffisant pour remplir les journées. Le Roi, en assistant assidûment à tous ces apprêts, a donné preuve du gont qu'il prend h ce genre de dissipation. Il ne s'est plus trouvé de moments pour le jeu, non plus que pour les promenades du soir, de manière que ces avantages semblent compenser quelques inconvénients qui tiennent & la nature de Tohjet dont il est question. La Reine a persisté dans la résolution de n'admettre d'autres spectateurs que les princes et princesses de la famille royale sans personne de leur suite. Je sais par les gens de service en sous-ordre, les seuls qui aient entrée au thé&tre, que les représentations s'y sont faites avec beaucoup d'agrément, de grâce et de gaieté, et que le Roi en marque une satisfaction qui se manifeste par des applaudissements continuels, particulièrement quand la Reine exécute les morceaux de son rôle. Ces spectacles, qui durent jusqu'à neuf heures, sont suivis d'un souper restreint à la famille royale et aux acteurs et actrices. Au sortir de la table, la cour se relire et il n'y a point de veillée. »

Cependant l'ardeur de « la troupe des seigneurs », comme l'appellent les mémoires des ouvriers employés à ces spectacles, allait croissant, et, après avoir déjà joué six pièces en un mois, elle en mit à l'étude deux nouvelles : Rose et Colas^ de Sedaine et Monsigny, et le Devin de village^ de Jean -Jacques Rousseau.' Elles furent représentées le 19 septembre. La première est une paysannerie t^^s divertissante et qui a beaucoup amusé nos pères. Les ariettes de Monsigny devinrent populaires, et l'on chantait encore au fond de la province, il y a cinquante ans, la chanson de Colas : C'est ici que Rose respire, et celle do Rose : // était un oiseau gris. Mathurin', gros fermier, et Pierre Leroux, vigneron, se sont accordés pour marier leurs enfants, mais ils voudraient retarder la noce jusqu'à l'hiver. L'impatience des deux Tiancés et les indiscrétions de la mère Bobi, qui a surpris

I. C'était le duc de Guiche qui tenait ce rôle. Arch. de Seine-et-Oise, E. 1187.

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que peut Tèire un spectacle de société. » Madame Campan, d'accord avec l'ambassadeur, remarque aussi que « le rôle de Colette fut réellement très bien joué par la reine. » « J'observais, » continue Mercy , « que le Roi s'en occupait avec une attention et un plaisir qui se manifestaient dans toute sa contenance ; pendant les entr'actcs, il montait sur le thé&tre et allait à la toilette de la Reine. Il n'y avait d'autres spectateurs dans la salle que Monsieur, Madame, la comtesse d'Artois, madame Elisabeth; les loges et balcons étaient occupés par des gens de service en sous-ordre, sans qu'il y eût une seule personne de la cour. »

« La reine, » dit de son cdté madame Campan', « riait beaucoup de la voix de M. d'Adhémar, belle anciennement, mais devenue très chevrotante : l'habit de berger, dans le rôle de Colin du Devin de village, rendait son &ge fort ridicule, et la reine se plaisait à dire qu'il était difficile que la malveillance pût trouver quelque chose à critiquer dans le choix d'un pareil amoureux. » Quoi qu'en dise Mercy, il est probable que le Devin de village fut médiocrement interprété, car on le remit en répétition, au mois d'octobre, avec le Roi et le Fermier ^ pour une représentation qui eut lieu le 12*. (x) fut la dernière. Mercy en parle ainsi : u Le voyage de (ihoisy* a eu lieu du 1"" de ce mois jusqu'au 6... Leurs Majestés sont revenues «'i Versailles... d'oti le Roi a été passer trois jours à Compiègne* pour y chasser. » Avant le départ pour Marly (il eut lieu le i3, d'après le journal de Louis XVI), « il y a encore eu une pièce de thé&tre représentée à Trianon. C^e sera sans doute la clôture de ces petits spectacles de société qui ne pourraient avoir lieu dans la saison plus

2. Mémoires de Dellocq et Duvergé, garçons de chapelle à qui on paie, pour avoir transporté les instruments à Trianon : le 9 oclolii'C, pour la répélilion do la pièce le Roi et le Verwier, 18 liv. ; le lo et le H, pour la rùpétitioii du Devin de village, 30 livres ; et le 12, pour la représentation, 18 livres. 0 * 3057.

4. Du 8 au 11. C*est pendant ce temps qu*on fll les répétitions.

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calme : « Je ne saurais qu'approuver rempressement de ma fille de vous faire assister, h rincognilo, à une des représentations à Trianon. Si môme des inconvénients ne s'y sont pas mêlés jusqu'à présent, je n'en serai pas moins bien aise de les voir finir, et je trouve très fondées les observations que vous avez faites à cet effet à ma fille. »

Si l'ambassadeur l'avait plus complètement renseignée, elle se fût montrée moins tranquille. Mercy ne parle pas de la brouille qui survint à ce sujet entre Marie-Antoinette et sa belle-sœur, la comtesse de Provence. Les Mémoires secrets la racontent et, si l'on peut élever des doutes sur l'exactitude des détails, la cbose est trop vraisemblable pour que le fond du récit ne présente pas quelque vérité. « La Reine aurait désiré, pour mieux s'autoriser à prendre le divertissement dont elle a la passion aujourd'hui, que Madame eût joué la comédie avec elle. » Elle se rendit chez cette princesse avec le comte d'Artois pour l'y déterminer. Mais Madame, qui avait volontiers consenti à réciter des rôles dans un cabinet du château de Versailles, en famille, ne put se résoudre au personnage d'actrice sur les planches d'un vrai thé&tre, devant des spectateurs , et rejeta bien loin la proposition comme indigne d'elle. « Mais des que moi, reine de France, je la « joue, vous ne devriez pas avoir de scrupule. — Si je ne suis pas « reine, je suis du bois dont on les fait. » Marie-Antoinette, trouvant le parallèle mauvais, fit sentir à sa belle-sœur qu'elle regardait la maison de Savoie comme fort au-dessous de la maison d'Autriche qui, suivant elle, ne le cédait pas mc^me h celle de Bourbon. Sur quoi, le comte d'Artois, qui était demeuré muet jusqu'alors, intervint et dit eu riant à la reine : « Je crai- « gnais. Madame, de me mêler h la conversation, vous croyant « f&chée; mais pour le coup, je vois bien que vous plaisantez.' »

Mercy nous a fait connaître les précautions' prises au début

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